Chessex la mémoire...

Suite (et fin ?) de la polémique qui secoue la commune suisse de Payerne après la parution du dernier ouvrage de Jacques Chessex.

Suite (et fin ?) de la polémique qui secoue la commune suisse de Payerne après la parution du dernier ouvrage de Jacques Chessex. Dans un article précédent, nous étions revenus sur les événements : Le meurtre en 1942 d'Arthur Bloch, juif, marchand de bestiaux par des nazillons locaux. Plus d'un demi siècle après les faits, le roman de Chessex suscite toujours le malaise au sein de la petite commune de la Broye.

 

On prend les mêmes et on en remet une couche. Les autorités payernoises viennent de nommer une commission extraparlementaire afin de plancher sur le cas "Arthur Bloch". Il n'est toujours pas question de plaque commémorative sur la place de la ville mais de "faire un acte politique", confiait Gérald Etter, municipal en charge du dossier au journal 24heure. Mais en quoi consistera cet acte politique ? Mystère. Quoi qu'il en soit, les conseillers communaux de droite comme de gauche appuient leur municipalité : Fabienne Mora, conseillère municipale socialiste affirmait ainsi dans le même article : "ce n'est pas l'Histoire qui dérange, c'est Chessex". Ce diable de Jacques Chessex qui écrit que les Payernois et les Payernoises sont "des bouffeurs de pieds de porc et de saindoux". Pour qu'un véritable acte politique ait lieu, il faudrait peut-être que les autorités communales commencent par lire l'ouvrage de l'écrivain, et regarder le documentaire réalisé en 1977 par Jacques Pilet et Yves Dalain, mais on est encore loin du compte. L'archiviste et le syndic de Payerne, les deux personnalités locales qu'on a le plus entendu sur l'affaire, confessent n'avoir pas encore ouvert un juif pour l'exemple (qui se lit en une matinée...).

 

Le malaise ne se limite pas aux seules autorités communales. On organisait les Brandons à Payerne, cette fin du mois de février. Au menu, plus de 15'000 personnes attendues pour fêter la fin de l'hiver. Il s'agissait de "Chessex l'hiver" lors de cette 114e édition. Si la plaisanterie ne paraît pas à priori méchante, d'autres allusions d'un goût fort criticable ont pu être recensées. Tel ce récipient sanguinolent qui réserve à Chessex le même sort qu’à Arthur Bloch, la victime de l’époque, dont le cadavre avait été découpé et mis dans des boilles.

 

Question critique, Jacques Chessex n'est pas en reste. Il faut reconnaître que le bonhomme a un côté crispant. Dans une courte interview accordée au 24heure où on lui demande son avis sur le documentaire réalisé 30 ans plus tôt, l'écrivain vaudois y voit une sorte de concurrence qui le pousse à affirmer qu'il était "sur le coup" avant les journalistes du Temps présent. Dans la suite de l'entretien , Chessex s'enfonce en affirmant posséder la "paternité" de cette histoire.

 

Le seul qui semble tirer son épingle du jeu reste Jacques Pilet, qui revient sur les conditions de l'élaboration du reportage effectué à Payerne à une époque où la plupart des acteurs du drame étaient encore vivant. Quand on lui demande si la présence d'une plaque commémorative réglerait le problème ce dernier rétorque qu'il ne croit pas tant à la valeur des plaques et des noms des places qu'au travail de mémoire dans les têtes : "Là encore, il y a à faire. Lorsque notre film est sorti, suscitant de fortes oppositions, j'ai été confronté aux mêmes attitudes de banalisation que nous voyons aujourd'hui".

 

 

Guillaume Henchoz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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