Je faisais le point il y a deux jours (voir article en infra) sur l'initiative de l'UDC concernant les naturalisations. Comme pour l'affiche des moutons noirs (http://www.moutonsdegarde.ch/mdg/view.php), cette initiative et l'image inepte qui l'accompagne a suscité de vives réactions en Suisse, réactions parfois très concrètes (http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/vaud/detail_vaud/(contenu)/225908). Le nouveau désir de politique -ou le désir d'une nouvelle politique- que j'évoquais dans une tribune après les émeutes de Berne (http://www.rue89.com/2007/10/13/elections-suisses-un-nouveau-desir-de-politique) semble prendre forme.
D'ailleurs les sondages concernant les votations du 1er juin le confirment. Voici la dépêche ATS de ce matin:
Si la votation avait eu lieu le week-end dernier, l'initiative de l'UDC pour des naturalisations par le peuple aurait été rejetée par 56% de non contre 33% de oui. A la mi-avril, les partisans étaient encore 48% et les opposants 37%. Le changement est encore plus grand pour l'article constitutionnel sur l'assurance maladie, désormais rejeté par 45% des sondés, contre 39% d'opinions favorables. Lors du premier sondage, 62% étaient pour, 18% contre.
Quant au troisième objet, l'initiative dite "muselière" qui réduit la possibilité pour le Conseil fédéral et l'administration de s'exprimer lors des campagnes de votation, le non prédomine à 60% (57% à mi-avril), le oui ne recueillant que 26% (27%) des suffrages.
Selon l'institut gfs.bern, qui a réalisé ce sondage, le renversement de situation envers l'initiative sur les naturalisations est dû notamment à une mobilisation moins forte que de coutume de l'électorat UDC. Mais surtout, la base des deux autres partis bourgeois y est désormais opposée, le PRD à raison de 52% contre 34% de oui et le PDC à 63% contre 32% de oui.
Il y a un mois, l'électorat de ces deux partis était encore majoritairement favorable à l'initiative à hauteur de 57% et 50% respectivement. A gauche, le rejet est de 86% chez les socialistes et de 74% chez les Verts, là aussi nettement plus fort que lors du premier baromètre. Seule la base de l'UDC soutient son propre texte à raison de 80%, contre 74% il y a un mois.
Ce ne sont pas seulement des naturalisations dont il sera question le 1er juin mais aussi du système de santé.
La Suisse peut donner l'image d'un pays très libéral sur le plan économique; ses citoyens ont néanmoins une conscience marquée des questions sociales:
- L'annonce (même fictive) de la privatisation des CFF (les chemins de fer suisses) a provoqué un tollé il y a qq jours : http://schwaab.blog.24heures.ch/archive/2008/05/18/privatisation-des-cff-m-leuenberger-deraille.html.
- Les syndicats suisses sont très développés et anciens, même si les grèves sont plus rares qu'en France (http://www.swissworld.org/fr/economie/main_d_oeuvre_et_emplois/syndicats/).
- On trouve, comme ailleurs, des opposants radicaux à l'odre économique dominant: (http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/vaud/detail_vaud/(contenu)/136779). Les manifestations anti-capitalistes du 1er mai (et les débordements qui les accompagnent) sont d'ailleurs une (presque) tradition.
Pour en revenir au système de santé sous les feux de l'actualité, la majorité des Suisses seraient donc contre une dérive à l'Américaine. C'est une bonne nouvelle (même si, je peux vous l'assurer, les assurances maladies sont très chères en Suisse ainsi que les soins. Même non remboursé, je continue à aller chez le dentiste en France... On est loin de la sécurité sociale à la Française...).
Voici donc quelques liens pour vous guider dans ce débat sur la santé:
-Ce groupe FB intitulé "Vous avez aimé "Sicko"? Ne manquez pas... la votation du 1er juin! http://www.facebook.com/group.php?gid=12950430811 et le lien vers leur site : www.non-au-diktat-des-caisses.ch
-Une analyse sur le site de la TSR: http://info.rsr.ch/fr/suisse/1er_juin_sante_campagne_pour_le_oui_lancee.html?siteSect=200101&sid=9034673&cKey=1210327749000
- Le forum: http://infrarouge.tsr.ch/forum-279_4-votations-juin-tout-pouvoir-caisses.html
Et ces qq témoignages:
ARTICLE CONSTITUTIONNEL SUR LA SANTÉTout le monde à la même enseigne!
Je voterai oui au projet d’article constitutionnel visant à promouvoir la qualité et l’efficacité économique dans l’assurance maladie. J’espère qu’il y aura une meilleure répartition des fonds entre les différents hôpitaux publics du canton de Vaud.
Des directeurs d’hôpitaux psychiatriques se font des cheveux blancs en cherchant des solutions, avec le peu de moyens que l’Etat leur accorde, pour soigner les malades qui affluent.
Ils sont obligés de traiter des patients qui ont des maladies graves en consultations ambulatoires, sans psychothérapie digne de ce nom, ce qui n’est pas fait pour diminuer le nombre de suicides. Ils manquent cruellement de médecins qualifiés. Les traitements ambulatoires ne rentrent pas en ligne de compte dans les dépenses du canton. Ce fait arrange les autorités pour faire des économies, surtout pendant ces dernières années de «vaches maigres».
Le projet sur lequel nous votons nous promet la qualité des soins, une meilleure coordination de la médecine de pointe
Margrit Bettex,
Ecublens
SANTÉ
Accessibles à tous
A propos de l’article intitulé «Un médecin qui fait soigner les Suisses à l’étranger» ( 24 heures
du 8 mai 2008):
Se faire soigner à l’étranger ou ce qu’on appelle communément «tourisme médical» se développe du nord vers le sud, pas seulement pour les raisons fréquemment invoquées de coût et de délais longs pour les interventions. Mais également pour la compétence des chirurgiens du Sud et la qualité de la prise en charge dans des structures hospitalières privées qui n’ont rien à envier à celles qu’on connaît en Europe ou aux USA.
Dans les disciplines dentaire ou de la chirurgie esthétique, dont les soins sont exagérément chers et rarement pris en charge par les assurances en Europe et en particulier en Suisse, il est certain que le fait d’aller en Hongrie, en Tunisie ou en Thaïlande offre une opportunité à des patients de concrétiser une intervention mûrement réfléchie et qui n’aurait pas pu avoir lieu dans leur pays par manque de moyens financiers. Il n’est pas étonnant que 50% des sondés ont répondu par l’affirmative à des interventions à l’étranger.
Bien avant cette nouvelle société de Genève, un organisme suisse à Lausanne, Label Esthétique, permet à des patients suisses d’être pris en charge pour leur intervention à l’étranger à des prix 50% moindres qu’ici. C’est une bonne façon de démocratiser l’accès à des interventions auxquelles seule une catégorie de la population pourrait avoir droit…
Sami Arfa,
Pully
Soins dentaires à l’étranger
En ce qui concerne le traitement spécifique des implants, c’est l’un des seuls domaines de la médecine dentaire qui demande un suivi sans faille.
Implanter est une chose, réussir à long terme en est une autre.
Par ailleurs, que se passe-t-il avec les assurances si le patient développe une surinfection?
Une patiente ayant été opérée au Maroc dans le domaine de la chirurgie plastique a dû payer plusieurs centaines de milliers de francs une hospitalisation au CHUV pour de longs mois. II est vrai que l’on peut subir la même mésaventure en Suisse mais je ne connais pas de cas qui n’a pas été pris en charge par son assurance maladie.
Certaines assurances ont l’air intéressées par les soins dispensés à l’étranger et parlent d’une prise en charge éventuelle.
Alors, donnant-donnant: nous devrions pouvoir cotiser à des assurances privées à l’étranger et payer les modestes primes que connaissent nos voisins.
Les coûts des salaires, dans un hôpital ou une clinique, représentent 70% des charges globales. Il est normal que l’on paie plus dans un pays qui atteint un niveau salarial tel que le nôtre. Enfin, ces intermédiaires ne sont ni des Pestalozzi ni des Albert Schweitzer; leur but premier est purement financier.
Dr Jean-Baptiste Perret,
Lully