La barrière de Roestis

La barrière de Roestis. Le Roestigraben, littéralement le "fossé de Roestis". Cette expression, qui fleure bon la métaphore culinaire -puisque les Roestis, ces pommes de terre coupées en fines lamelles, constituent un plat helvétique des plus typiques- désigne le fossé culturel qui sépare la Suisse romande de la Suisse alémanique.

La différence linguistique est l'une des raisons de ce fossé, mais celui-ci est bien plus profond qu'une simple question de langue -quoique les linguistes savent qu'une langue façonne profondément la vision du monde, la weltanschauung.

Après quelques notions géographiques sur la barrière de Roestis tirées d'un site ferroviaire, je vous propose un article paru ce jour dans un journal romand, le 24 Heures. Cet article donne àmon sens un bon exemple de la barrière de Roestis.

 

 

 

Notions géographiques:

 

La «barrière de Roestis» commence dans le nord, à l'ouest de Laufen (Laufon) entre les deux gares de Liesberg et Soyhière (les deux sans arrêt des trains de voyageurs), situées à la grande ligne de Basel (Bâle) à Delémont.
Auparavant la frontière linguistique a divisé l'ancien canton de Berne. Un conflit linguistique et le référendum de 1978 étaient les causes pour la fondation du canton de Jura le 1 janvier 1979, né des districts de Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes. Cependant quelques communes au sud et autour de Moutier sont décidés de rester chez Berne. En 1994 le Laufonais a été transferé du canton de Berne au canton de Bâle-Campagne et en 1996 la commune de Vellerat du canton de Berne au canton de Jura.
On continue à travers le Seeland bernois à l'ouest de Bienne, où la frontière linguistique est traversée par le train entre les gares de Ligerz (Gléresse) et La Neuveville. Le panneau de gare de Bienne est bilingue: «Biel / Bienne».
Le canton de Fribourg aussi est bilingue. C'est ici que les Suisses alémaniques sont en minorité et ils se plaignent que la langue judiciaire et administrative soit le français. D'autre part les Romands observent avec défiance l'afflux d'un nombre croissant de Suisses alémaniques qui, travaillant à Berne et habitant dans les villages situés à l'est du canton, changent par leur présence, la proportion entre les personnes qui parlent français et ceux qui parlent allemand. Quand on fait le voyage de Berne à Lausanne, on passe le «fossé» par le pont sur la gorge de la Sarine entre Düdingen (Guin) et Fribourg.
Au canton de Vaud on peut localiser la frontière linguistique au moyen des gares du Chemin de fer Montreux-Oberland bernois (MOB) entre la station fameuse de Gstaad et Château-d'Oex: À Saanen (Gessenay) on parle encore l'allemand, à Rougemont on a déjà traversé le «Roestigraben».
Au sud des Alpes bernoises il y a le canton de Valais (en allemand: «Wallis») qui lui aussi est bilingue. Quand on prend le train de Brig (Brigue) à Sion par Leuk (Loëche) le long du Rhône, on traverse la frontière linguistique entre les gares de Salgesch (Salquenen) et Sierre/Siders.

 

 

 

 

 

Article du 24 juin, 24 Heures:

 

Tenue correcte exigée chez les profs alémaniques
En Suisse alémanique, des enseignants sont remis à l’ordre: pas question de se montrer trop découverts face aux élèves! Mais côté romand on compte plutôt sur le bon sens de chacun.
CAROLINE ZUERCHER

 

Pas question de découvrir une poitrine ou un sous vêtement! Après les élè ves, les profs sont priés de se rhabiller. Comme le relevait la SonntagsZeitung, la commune de Sirnach (TG) appliquera dès la rentrée d’août un règlement qui bannit minijupes et shorts trop courts. A en croire le jour nal dominical, des voix s’élè vent dans d’autres cantons alé maniques. Tenue correcte exi gée? La problématique ne semble pas avoir pris la même ampleur dans les régions fran cophones. Tour d’horizon non exhaustif.
«Le look des enseignants, c’est une question de respect, souligne Georges Pasquier, pré sident du Syndicat des ensei gnants romands (SER). Mais il me semble que nous avons tous les instruments pour gérer cette question» (ndlr: sans pas ser par des règlements supplé mentaires).
Depuis dix ans, la profession s’est notamment do tée d’un code de déontologie, prônant le respect face aux élè ves.
A en croire les syndicats, les écarts vestimentaires sont ra res. Nos interlocuteurs men tionnent tout de même un string qui a provoqué des criti ques parentales, ou encore des shorts ayant surpris l’adminis tration genevoise. «Je n’ai tout de même pas le sentiment que mes collègues se promènent en slip dans les classes», ironise Jacques Daniélou, président de la Société pédagogique vau doise. Avant d’ajouter: «La meilleure pédagogie est celle de l’exemple. Si un collègue exige des enfants une tenue correcte, il doit aussi appliquer la règle pour lui-même.» Jusqu’à présent, ce sont sur tout les élèves qui ont entraîné critiques et règlements. L’éta blissement secondaire Léon Michaud, à Yverdon, leur a ainsi imposé un comportement et des tenues adéquats. Depuis, «trois ou quatre» écoliers se sont vu prier de mettre un T-shirt, selon le directeur. Gus tave Millasson n’envisage toute fois pas de soumettre les profs au même régime. «Ce sont des adultes», souligne-t-il, avant d’ajouter qu’en cas de nécessité, la question peut se discuter individuellement. A Genève également, on mise sur le bon sens. «Quelques parents se sont demandé s’il ne faudrait pas interdire les piercings et les tatouages, mais nous n’avons pas voulu entrer dans ce genre de discussions», précise Abdel hak Fezza, président de la Fédé ration genevoise des associa tions de parents d’élèves du cycle d’orientation.
La Suisse romande paraît donc encore loin des remous alémaniques. Olivier Baud, pré sident de la Société pédagogi que genevoise (SPG), avance une explication: «De façon gé nérale, les pressions des pa rents sont plus grandes en Suisse alémanique. Leurs lob bies sont plus importants.» Du côté des élèves, toutefois, on se montre critique. «Certaines en seignantes ont parfois tendance à s’habiller de façon légère, raconte une collégienne. J’en ai vu avec des décolletés plon geants, ce qui suscite les discus sions chez les garçons.» Cette jeune fille de 17 ans y voit deux problèmes: «Ces adultes per­dent notre respect; et, en plus, c’est injuste de nous demander de faire attention si les profs, eux, s’habillent n’importe com ment!

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