(Ne pas) camper sur ses positions

L'heure est aux campements de migrants, faute d'autres solutions réelles. A Chambéry comme dans beaucoup d'autres endroits de France. Malgré les mots répétés de notre président, les faits sont toujours aussi crus. L'hébergement d'urgence ressemble en ce moment à une coquille vide. Où est le dialogue entre les différents acteurs, dialogue qui permettrait de surmonter les obstacles ensemble ?

Depuis plusieurs mois à Chambéry, manifestation après manifestation, article de presse après article de presse, criée après criée, mains tendues après mains tendues, nous répétons que : d'une part, il est pour nous inadmissible de laisser des gens dormir dehors, et d'autre part, nous pensons que si solution il y a, elle doit être imaginée et mise en oeuvre ensemble, institutionnels (services de l'états, mairies, département), associations, citoyens. 

L'été a passé. Les personnes migrantes étant délogées à plusieurs reprises par la police de leurs abris de fortune en centre ville, un campement s'est mis en place dans un jardin privé. 15 puis 20 puis 30 puis 45 personnes maintenant. Les majeurs veillent sur les mineurs. Les citoyens, les associations, le voisinage se mobilisent pour qu'il y ait de la décence dans la vie de ces personnes migrantes, en demande d'asile. Le temps qui change avec le mois de septembre, et l'angoisse des lendemains d'hiver est là.  "Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?" (du côté de la préfecture)... "Hélas non... Et d'autres, trop, sont encore dans la rue".

A l'adresse des préfets : la seule voix que je vous propose d'écouter, inlassablement, est celle de l'exigence. L'exigence  qui permet d'aller au bout des projets, des paroles ou des rencontres, celle qui permet d'être fiers ensemble. Tous ensemble. On ne peut pas se satisfaire d'en laisser certains au bord de la route. On ne peut pas faire comme si. On ne peut pas se persuader qu'il n'y a pas d'autres solutions. Cette exigence-là peut porter plusieurs noms : résistance, lutte pour la dignité de chacun, acceptation de ses limites, bienveillance et confiance envers les partenaires. Cette exigence va parfois à rebrousse poil en nous, ce n'est pas la solution de la facilité. Il y a là un appel à une certaine conversion, d'autant plus que la situation est inédite : travailler ensemble avec nos forces et nos faiblesses respectives, sans avoir a priori ce qui en sortira, mais en se disant que la seule vraie solution est là. C'est ce chemin-là qui ouvre les portes et qui permet de lever les montagnes. Il n'y a pas de honte à avoir. Il n'y a aucune naïveté dans cette démarche. Il n'y a pas de palme à en attendre. Simplement d'être allé au bout de son exigence intérieure.

A l'adresse de Monsieur Macron. Cher Monsieur, j'ai lu attentivement à la fois votre discours d'Orléans et votre discours récent aux préfets. On se croirait presque à la curie romaine quand François tente de reprendre les choses en main. Il y a dans votre propos sur l'hébergement d'urgence une exemplarité, une exigence qui parait sans faille. Vous avez le courage de l'énoncer. Il y a même de la colère dans vos mots. Bravo pour cela. La manière dont vous portez votre propos a une portée symbolique. Cependant, cette politique doit être engagée par votre ministre de l'intérieur. Les faits décrits à Calais, à Grande Synthe, à Lyon, la ville de Gérard Collomb (traque incessante aux campements dans Lyon 3è), ne va pas nécessairement dans le même sens. Comment pouvez-vous résoudre cette apparente distorsion ? 

Encore un petit mot. On se souvient que des conflits entre différentes populations migrantes ont eu raison du camp humanitaire de Grande Synthe. "S'ils peuvent être aussi violents entre eux, alors nous avons raison d'être méfiants et de nous tenir loin d'eux". A Chambéry aussi des conflits entre groupes de nationalités différentes ont été observés à plusieurs reprises. Tous ceux qui les côtoient, en revanche, n'ont éprouvé à aucun moment de l'insécurité. Au contraire. Et un peu plus ces derniers jours, les liens se re-tissent entre ces différents groupes. Compagnons d'infortune. Les deux vidéos tournées jeudi dernier au lac du Bourget, lors de l'évènement Article 13, organisé par Emmaüs en témoignent.

https://vimeo.com/232963655

Emmaüs et les collectifs de soutien aux migrants appellent au respect de l'article 13 de la DdDH

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