Adeline Dubost
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Billet de blog 23 sept. 2017

Le paradoxe du mouton

Crier au mouton – ou au bobo-islamo-gaucho-politico-correcto-etc – est aujourd’hui le meilleur moyen de paralyser le débat. Un peu de sarcasme et quelques visuels pour répondre à celles et ceux qui, d’une voix décidément bien uniforme, évitent l’affrontement sur le terrain des idées en se retranchant derrière ces qualificatifs fourre-tout...

Adeline Dubost
Elève avocate féministe et défenseuse des droits humains
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© Sage (Instagram: elisagnvy)

« Moutons ! Moutons ! » bêlent à l’unisson les vrai-e-s libres penseur-se-s à l’encontre des bobos-islamo-gauchos- politico-correcto. Ou des bisounours bien-pensantes. Ou de tout cela à la fois, bien sûr, point d’avarice (ni de logique) ici. Un petit saupoudrage de « pensée unique » (un in-con-tournable de ces dernières années) et de « victimisation » au goût de chacun-e, et voilà une recette des plus simples qui, ma foi, semble s’accommoder à toutes les sauces !

Moutons ! Moutons ! Bêlent en coeur les vrai-e-s libres penseur-se-s © Sage (Instagram: elisagnvy)

Un argument développé, chiffré, sourcé ? Cela ne saurait mettre en échec les vrai-e-s libres penseur-se-s autoproclamé-e-s : « fake news ! » (fausse information) leur suffit-il de bêler (toujours à l'unisson). Qu’il faut être candide (ou stupide) pour croire encore aux chiffres officiels, délivrés par des agences contrôlées par le gouvernement et peuplées d’expert-e-s à la solde de l’élite politico-médiatique ! Une naïveté digne d’un bisounours politiquement correct (ou d’une bobo bien-pensante, au choix). Qu’il faut être aisément manipulable pour faire encore confiance aux médias mainstream et aux menteurs de chez Médiapart, qui n’ont pour but que la propagation de la pensée unique et ne relaient que des fake news (exceptions faites des rares fois où lesdites news trouvent leur place dans le schéma de réflexion d’une vraie libre penseuse, cela va sans dire). Il ne s'agit pas de dire ici que la presse "mainstream" est irréprochable, mais simplement que rejeter en bloc ce qu'elle propose sous des prétextes fallacieux, ce n'est pas faire preuve d'esprit critique; contrairement à ce que ceux et celles qui agissent ainsi tentent de faire croire.

En outre, le vrai libre penseur a bien sûr accès à des sources d’information fiables et objectives. Son expérience personnelle et celle de sa voisine, naturellement, mais également des sites non orientés politiquement tel que françaisdesouche.fr ou toutlemondenousment.com. Selon les cas, il faut ajouter la volonté du peupleTM, que lui-seul est en mesure de comprendre, ou alors sa fine analyse politico-sociétale personnelle, car lui-seul est en mesure de porter un regard réellement éclairé sur le monde.

Ainsi, quelques qualificatifs fourre-tout suffisent : les idées de l’adversaires, et l’adversaire également, sont disqualifié-e-s, marqué-e-s du sceau du ridicule. Le tour de passe-passe mérite d’être souligné : ce sont des concepts entendus mille fois, jamais définis, inconsistants qui permettent à certain-e- s de faire passer les idées qui leur déplaisent pour éculées, convenues et simplistes. Et a contrario de présenter d’autres idées, vieilles comme le monde – « pas d’étranger chez moi ! » – comme novatrices et osées. C’est avec le même culot que les vrais libres penseur-se- s continuent de se présenter en martyrs de la pensée, prétendant qu’on les muselle alors même qu’il devient impossible d’échapper à leurs bêlements, et que leurs idées se sont propagées à travers la société et ont contaminé bien des courants politiques, parfois sous une forme plus policée.

© Sage (Instagram: elisagnvy)

Puisqu'ils ne prennent guère la peine de définir les concepts dont ils se servent pourtant à outrance, voici un petit dictionnaire pour comprendre les vrai-e-s libres penseur-se- s.

© Sage(Instagram: elisagnvy)

Bobo : terme employé pour désigner une personne dont les valeurs et le mode de vie sont jugées éloignées de celles du peuple par son interlocuteur-trice. En effet, les vrai-e-s libres penseur-se-s détiennent le pouvoir de déterminer la seule et unique volonté du peupleTM et, a contrario, qui est bobo et qui ne l’est pas. Précision : le terme est dérivé de bourgeois, mais attention à la confusion ; vivre dans un château n’est apparemment pas un mode de vie suffisamment éloigné de celui du peuple pour faire de vous un-e bobo.

La famille Le Pen posant devant leur demeure, le château de Montretout.

Bien-pensant : personne qui pense bien, mais en fait c’est mal.

Bisounours : nounours coloré habitant un arc en ciel avec ses potes tou-te-s d’une couleur différente et dont les tee-shirts arborent des symboles différents, qui vivent en paix et pensent tout simplement que cela peut continuer.

Gaucho : personne qui a des idées classées à gauche, ou qui exprime une fois dans un échange une idée classée à gauche par son interlocuteur-trice. Attention, le concept d’idée classée à gauche peut être piégeux. Par exemple, « il faut aider les sans domicile fixe » est une idée classée à gauche, sauf quand des réfugié-e-s frappent à nos portes.

Fake news (fausse information) : concept permettant de décrédibiliser toute information qui va à l’encontre du schéma de pensée des vrai-e-s libres penseur-se-s. Une information provenant d’un média mainstream a de très grandes chances d’être une fake new, mais attention, le concept demande de savoir faire preuve d’un certain discernement, et sa définition varie selon qui l’utilise. Par exemple, l’information selon laquelle Marine Le Pen a fait bénéficier des proches d’emplois fictifs (au parlement européen) est une fake news, mais celle selon laquelle François Fillon a fait de même avec sa femme, non. Sauf pour les partisan-e-s indécrottables de ce dernier, bien sûr. Vous suivez ?

© Xavier Gorce

Islamo : personne qui ne pense pas que les musulman-e- s sont des monstres assoiffé-e-s de sang qui complotent pour « nous » (concept indéfini) grand-remplacer. Et qui considère qu’on peut être français-e même si on ne mange pas de saucisson.

Mouton : animal qui ne se déplacerait qu’en troupeau et obéirait toujours à l’effet de groupe, contrairement bien sûr aux vrai-e-s libres penseur-se-s, qui dénoncent les moutons d’une seule et même voix - mais toujours de manière éclairée, unique et originale, évidemment.

Pensée unique : concept selon lequel tout le monde (sauf les vrai-e-s libres penseur-se-s) penserait la même chose et empêcherait les autres d’exprimer leurs idées… Ou plus vraisemblablement, concept utilisé par tou-te-s ceux et celles qui bêlent librement la même chose pour empêcher les autres d’exprimer leurs idées.

© Sage (Instagram: elisagnvy)

Politiquement correct : concept selon lequel il serait risible de remplacer certains mots ou expressions par d’autres termes qui n’attaquent aucune minorité et/ou reflètent la réalité. Par exemple, le remplacement par le magazine Time du titre d’« homme de l’année » par celui de « personne de l’année » relève du politiquement correct, bien que des femmes se soient effectivement vu remettre ce titre. Un terme politiquement correct se reconnaît facilement : dès qu’il est utilisé, l’on assiste à une levée de boucliers pour réclamer le retour à l’usage traditionnel. A l’inverse, se proclamer « politiquement incorrect » fait toujours son petit effet en société. 

© Gros

Attention cependant, ce concept ne marche pas à tous les coups : des déclarations telles que « les blanc-he- s sont racistes ! » ou « les hommes sont des oppresseurs ! », malgré leur caractère indéniablement politiquement incorrect, vous vaudront aussitôt la vindicte populaire. Ou pire, la perte de votre emploi, comme c’est arrivé à la mannequin Munroe Bergdorf, renvoyée de l’Oréal pour des “propos jugés racistes envers les blancs” (source).

© Sage (Instagram: elisagnvy)

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