L’insertion dans le pétrin

La première boulangerie solidaire a ouvert ses portes à Paris. Un moyen pour les personnes exclues du marché du travail de retrouver un emploi. par Antoine de Brun. 

La première boulangerie solidaire a ouvert ses portes à Paris. Un moyen pour les personnes exclues du marché du travail de retrouver un emploi.

par Antoine de Brun.

 


Une boulangerie pour sortir du pétrin. L’initiative ne manque pas de sel. C’est pourtant le concept de la boulangerie Farinez-vous qui s’est installée depuis quelques mois entre le quartier des affaires de Bercy et la gare de Lyon. Lauréat de l’Appel à projet pour l’économie sociale et solidaire 2009, la petite entreprise s’est donnée pour fonction de favoriser le retour à l’emploi des personnes exclues du marché du travail par la fabrication et la vente de pain. Pour les deux entrepreneurs, l’emploi passe par l’insertion. Un véritable leitmotiv. Juriste de formation, Domitille Flichy, 32 ans, s’est toujours intéressée aux problématiques sociales. Avec Antoine Soive, elle a trouvé un partenaire pour passer à l’action. Ce dernier n’en est pas à son coup d’essai. Le boulanger-pâtissier de 25 ans, responsable de la formation en production, a déjà participé à des projets d’entreprenariat social autour de la fabrication du pain en Inde, au Niger et au Vietnam.

Les responsables tiennent à se démarquer des chaînes de restauration rapide, dont ils dénoncent les prix prohibitifs. La boulangerie propose des produits de qualité. Des baguettes et autres croissants fabriqués sur place, réalisés selon des méthodes traditionnelles à partir de farine de française et de levain naturel « à des prix accessibles pour la plupart des gens ». Leur volonté ? « Promouvoir une approche de l’économie qui soit harmonieuse et en accord avec nos valeurs humaines et sociétales ». Notamment celle du respect de la valeur travail. Sur les cinq personnes employées, trois sont en insertion. Des contrats de 2 ans maximum, renouvelables tous les 4 mois, selon l’investissement de chacun. Le tourier, celui qui s’occupe de la préparation des viennoiseries, est passé du contrat d’insertion au CDI. Comme il est « compliqué de définir ce qui relève de l’insertion », les deux responsables travaillent en partenariat avec des structures de suivi social, des centres d’hébergements et de réinsertion, dont ils assurent le suivi de leurs employés.

Après une période de chômage, Nathalie, la cinquantaine, a bénéficié de l’aide de l’association Terre et Emploi. Elle a passé un diplôme reconnu par l’Etat. Arrivée comme vendeuse en septembre dans la boulangerie, elle ne tarit pas d’éloge sur sa nouvelle famille. « On est tout le temps en pleine action », avance-t-elle avec enthousiasme. « Une fois par semaine, on discute avec le groupe. Et les patrons sont à l’écoute ». En ce milieu d’après-midi, les deux responsables accusent la fatigue. Debout depuis 5 heures du matin, Domitille et Antoine ne « font pas dans la pitié. On peut tous galérer ». La journée continue. Les voilà replongés dans les formulaires administratifs.

 

 

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