Squat de Gennevilliers, l’improbable solution

Retour au squat de Gennevilliers quelques jours après notre premier reportage. Menacés d’expulsion, les squatters dénoncent les perpétuelles provocations de la police et se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. par William Tissandier  


Retour au squat de Gennevilliers quelques jours après notre premier reportage. Menacés d’expulsion, les squatters dénoncent les perpétuelles provocations de la police et se sentent abandonnés par les pouvoirs publics.

par William Tissandier

 

Dernière provocation en date : une hypothétique rencontre avec le préfet. A la seule condition de dégager immédiatement du squat, situé entre la mairie et le commissariat. « Cette solution nous conviendrait », confie un responsable du DAL, Droit Au Logement, « si seulement on nous proposait un endroit décent où reloger les occupants du squat ». Cette rencontre entre le préfet, un représentant du DAL et un porte-parole des familles est prévue demain à 15h à la préfecture.

C’était le 8 avril. Les forces de l’ordre évacuent 50 ménages dont 11 familles avec enfants d’un immeuble basé à Gennevilliers. Appartenant à GDF-Suez, les autorités justifient l’expulsion en raison de l’état insalubre du bâtiment. Au cœur d’un nouveau plan d’urbanisme, l’immeuble doit être rénové. Depuis, plus de nouvelles de l’entreprise. Selon le DAL, « il est inquiétant de voir une entreprise comme GDF-Suez, qui a dégagé 4,5 milliards d’euros de bénéfice, ne pas porter secours à ces familles en situation très précaire. Même si la direction générale n’y est pas obligée, c’est un geste humain ». Trois jours plus tard, le dimanche, à 6 heures du matin, la police procède à une interpellation musclée. Division des squatters en deux parties. D’un côté, les personnes en situation régulière, de l’autre, les sans-papiers. Huit squatters sont interpellés et envoyés en centre de rétention. Seuls quatre d’entre eux ont été libérés. Tandis que les autres ont vu leur durée en rétention prolongée de quinze jours. Lors de l’intervention de la police, un sans-papiers est blessé. Il se trouve toujours à l’hôpital. Impossible d’avoir de ses nouvelles. « On ne comprend toujours pas le motif de cette interpellation, se demande un membre du DAL. La police justifie son intervention par la présence dans le squat de sans-papiers. Alors pourquoi avoir déplacé tout le monde ? ». Les tentes sont également confisquées et chaque famille s’est vue attribuer une amende de 35 euros pour leurs affaires posées au sol, considérées, par les policiers, comme des « ordures et des déchets ».

Silence radio de la mairie. Les familles s’impatientent devant le peu de mesures proposées par les autorités. Ils s’inquiètent du silence radio de la mairie « Nous nous sentons abandonnés, déplore le porte-parole des familles. Le côté humain est totalement effacé, on refuse même de scolariser nos enfants ». Seules propositions de relogement de la préfecture du département le plus riche de France : se déplacer dans les communes voisines, en Seine-Saint-Denis. Un moyen détourné pour se débarrasser du problème. Le refus de scolariser les enfants entre dans cette logique, qui obligerait les autorités à se pencher rapidement sur les conditions de logement des parents.

GDF-Suez fait la sourde oreille. Contacté par téléphone, GDF-Suez refuse de répondre à toute question. Même silence du côté de la préfecture qui attend la réunion programmée vendredi. Le DAL « ne fonde pas trop d’espoir sur cette rencontre aux conditions intenables pour les familles. On n’a pas d’endroit où aller d’ici là. On attend une véritable action groupée du conseil général, de la préfecture ainsi que du propriétaire de l’immeuble, GDF-Suez. » Malgré tout, les familles ne sont pas prêtes à lâcher. « On restera là jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, reprend le porte-parole des familles. Je reste optimiste, on va obtenir gain de cause ». Sur le bitume, l’attente devient intenable.

 

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