Qui aurait cette idée folle...

...d'aller voter en masse en faisant mentir les sondages à la fois sur le taux d'abstention et sur les partis élus.Car oui, il faut voter aux élections européennes, et non, le vote ne sert pas à rien.

...d'aller voter en masse en faisant mentir les sondages à la fois sur le taux d'abstention et sur les partis élus.Car oui, il faut voter aux élections européennes, et non, le vote ne sert pas à rien.

Nous avons tous des projets que nous n’avons pu faire aboutir qu’à force de patience, de temps et d’action. Il faut s’inspirer de cela pour voter le 7 juin prochain. Rappelons-nous que c’est l’Europe qui a voté deux fois contre la loi Hadopi, qui a diminué, pour les téléphones mobiles, le prix des SMS et de « l’itinérance* », qui a répertorié les substances chimiques dangereuses… mais à l’inverse c’est l'EMEA (Agence Européenne du Médicament) qui oublie ses obligations de transparence quant à ses décisions : elle ne publie pas les divergences d’opinion entre experts et donc laisse les professionnels de santé et les patients sans éclairage notamment à propos des effets secondaires des médicaments, des raisons de leur éventuel retrait du marché ou des interactions médicamenteuses. Ainsi les agences du médicament qui dépendent des firmes pharmaceutiques ont vu leurs redevances passer de53 % en 1998 à plus de 70% aujourd’hui.

 

Plus nous serons nombreux à voter, plus cela sera utile. Et je ne dis pas « votons utile » au sens où l’entendent l’UMP, le PS mais « votons utile » pour montrer enfin que le bulletin de vote pour élire un député européen est notre chance d’envoyer un coup de semonce à tout ce monde politique.

Nous avons le moyen de ne plus cautionner un système qui génère des politiques inefficaces en appliquant une sanction extrémiste : rétrograder des deux premières places, les deux partis qui nous mènent en bateau depuis des lustres. Aux courses (hippiques, formule 1) cela se fait bien. Celui qui « vole » le départ se repositionne en dernière position pour le second départ.

 

« C'est n'importe quoi cette campagne», aurait hurlé Xavier Bertrand pendant que son alter ego et ennemi déclarait « qu’en dessous de 25%, les élections européennes seraient un échec ». Et ce n’est pas le clip où les « chefs parlent et les imbéciles récitent les paroles des chefs comme des perroquets » qui peuvent convaincre de voter UMP. Cette technique du lipdub (anglicisme qui signifie playback), est une vidéo réalisée en plan séquence et en playback par des particuliers. Du monde de l’entreprise dont elle est issue, elle communique sur l’entente d’une équipe professionnelle, ce qui en aucun cas ne peut s’appliquer à la politique. Car en politique on ne communique pas on agit. Même si les propos de Mme Rachida Dati répondant à une question sur le rôle de l’Europe : «[…] de ce qu’on lui donne à s’occuper, avec les personnes qui peuvent porter ses affaires à s’occuper » pourrait justifier le playback.

 

Quant au PS, sa machine à arguments tourne à vide également. La réconciliation médiatisée de Martine et Ségolène à Rézé dévoile les stratégies sans lendemain de la pêche aux voix et cache les fêlures du référendum de 2005. Il y a bien le Manifesto, mais il faut savoir qu’il y a la version européenne (ce que l’on dit avec les collègues européens) et la version nationale (ce que l’on dit aux Français tout en sachant que le contraire sera voté à ce même parlement européen).

 

Il est en effet curieux de constater que, dès que les politiques se mettent à parler dans la langue européenne, leurs tristes penchants (mensonge, lâcheté, duplicité) se font jour.

 

Alors la politique est-elle un métier ?

Au sens propre du mot : non si l’on s’en tient à la définition du Comité Central de la Commune de Paris qui appelait le 26 mars 1871 la population parisienne à choisir ses représentants : « Les hommes qui vous suivront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables […] Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres ».
D’où l’idée de mandat unique, à la limite une fois renouvelé. Dix ans sont amplement suffisants pour faire ses preuves.

 

D’un autre côté, compte tenu que l’Europe est une véritable usine à gaz, cela implique pour les députés des compétences diverses dans tous les domaines : savoir susciter le vote de leurs électeurs et le justifier ensuite par une écoute intelligente afin de la retranscrire en textes de lois, c’est-à-dire une somme de savoirs qui relèvent du domaine de la professionnalisation.

Or si on examine les profils de la majorité des élus, ils ont fait de la politique leur métier pour vivre de la République, et plutôt bien, mais non pour la servir. Et une fois en poste, ils la servent mal.

D’où l’importance d’avoir à côté d’élus compétents, des citoyens conscients d’avoir aussi des devoirs envers cette République à savoir s’éduquer, s’informer, voter mais aussi militer et peut-être un jour postuler.

Car on ne peut pas aller à la pêche le dimanche et le lundi critiquer le choix des copains qui ont compris, eux, qu’ils doivent exercer un devoir de regard critique sur ceux qui sollicitent leurs votes. Cela s’appelle aussi la démocratie…

 

Pour conclure en paraphrasant Victor Hugo : l’Europe est à terre mais l’idée est debout. Alors votons pour qui nous voulons mais votons !

 

Quelques éléments de réflexion d'ici au 7 juin

 

La campagne s’arrête officiellement le 5 juin. Mais l’UMP va vouloir nous en mettre plein la vue le 6 juin avec la venue du Président américain.Et comme dit le Canard Enchaîné (n° 4623 du 3 juin), « si l’UMP est en tête le 7 juin au soir, ce parti viendra claironner que « ce sera la première fois qu’un parti au pouvoir réussit cet exploit. Faux : Simone Veil et l’UDF en 1979 et François Hollande en 1999 en ont fait autant. Mais dimanche à l’heure des résultats, TF1 ou Le Figaro n’auront sûrement pas le mauvais goût de le rappeler ». Et encore moins si les résultats se rapprochaient de ce sondage d'intentions de vote définitives pour les élections européennes, réservé aux lecteurs réguliers d'Horizons, certes sur un échantillon non représentatif de 169 personnes.

 

- UMP : 3,61%

- Parti Socialiste : 10,65 %

- Modem : 10,05 %

- Europe Ecologie : 4,14 %

- Front National : 3,55 %

- Libertas : 0 %

- Nouveau parti anticapitaliste : 2,95 %

- Front de gauche : 39,64 %

- Debout la République : 11,24 %

- Abstention ou refus de vote : 14,20 %

 

La difficulté du choix peut aussi se contourner si l’on s’intéresse à la résoudre :

 

Par la connaissance :

le site des élections ,

 

Par l’humour et quelques clips certes simplistes :

la vidéo sombre et glauque,

les cyclistes qui s’arrêtent pour voter,

les cambrioleurs citoyens.

 

Et pour finir, afin de mieux peser le pour et le contre, un moment de détente en allant visiter les sites internet d’autres listes : Cannabis sans Frontière, le Parti humaniste, le Rassemblement pour l’Initiative Citoyenne, l’Union des gens, La terre sinon rien, les royalistes ou l’Europe de Gibraltar à Jérusalem

 

 

*Itinérance ou roaming : fonction d'un système de téléphonie cellulaire, qui consiste à permettre à l'abonné d'un réseau d'utiliser son appareil dans une zone autre que celle où il a été enregistré, mais dans laquelle il peut être localisé.

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