Pr Chermann: rétrovirologue avant tout!

Le Prix a été décerné par le Comité Nobel aux Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, pour la découverte du virus du sida. Le professeur Chermann faisait partie de l’équipe... Et cette reconnaissance met fin, vingt-cinq après, à la polémique sur la paternité de la découverte du virus.

Le Prix a été décerné par le Comité Nobel aux Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, pour la découverte du virus du sida. Le professeur Chermann faisait partie de l’équipe... Et cette reconnaissance met fin, vingt-cinq après, à la polémique sur la paternité de la découverte du virus.

L’entretien avec Emanuelle Dancourt sur la chaîne Public Sénat est intéressant à plus d’un titre, notamment par l’explication du peu de considération par le milieu scientifique de l’époque pour les travaux de recherche européens, puisque sans validation américaine, point de reconnaissance.

 

Ce témoignage d’un de ses pairs, le Docteur Lucien L.C. Sagaert (Lauréat de l'Académie de médecine) apporte un éclairage complémentaire.


« Le prix Nobel de médecine 2008, qui devait être normalement attribué aux trois codécouvreurs du sida, ne l'a l'été qu'à deux d'entre eux, aux Professeurs Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier ; un oublié le professeur J.C. Chermann. C'est pour le moins un oubli volontaire, une injustice, voire un scandale.
Il est vrai que depuis 1901, date de la première distribution des prix aux lauréats du Nobel, celui-ci avait déjà été contesté en 1962 par l'Américaine Rosalind Franklin, en 1989 par le Français Dominique Stehelin, qui eux aussi ont été victimes d'un oubli, ou de la "règle des trois". Cette règle désuète empêche de décerner le prix Nobel à plus de trois chercheurs dans la même discipline. Rappelons que le Prix Nobel fut fondé par testament en 1896 par Alfred Nobel pour récompenser les bienfaiteurs de l'humanité. Ces prix sont décernés chaque année ; ils sont au nombre de cinq : chimie, physique, physiologie et médecine, littérature, paix. A partir de 1969, on y ajouta un prix pour l'économie.
Déjà en 1965, l'Institut Pasteur a eu trois prix Nobel avec Jacques Monod, François Jacob et André Lwoff, pour leurs travaux sur la biologie cellulaire, portant haut le renom de Pasteur et de la France.
J'ai bien connu, pendant les années 1970-1974, Jean-Claude Chermann et son élève Françoise Sinoussi, à l'Institut Pasteur, à Garches ; le chef de service était le professeur Marcel Raynaud, qui dirigeait plusieurs laboratoires. Mon laboratoire était contigu à celui de Chermann, c'est dire que nous étions voisins ; il était virologue, moi biophysicien ; nos rapports étaient cordiaux. J-C. Chermann aimait séduire et convaincre. Au laboratoire, à la paillasse, il était un manipulateur habile ; comme professeur, il était efficace, si l'on en juge par les résultats qu'il a, notamment, obtenus avec F. Sinoussi. Pour le définir, en un mot, c'était un fonceur.
Françoise Sinoussi était une jeune personne attirante, aux longs cheveux blonds, aux grosses lunettes ; elle aimait apprendre, et elle apprenait bien. Elle devait passer sa thèse de doctorat en sciences naturelles en juin 1974. En 1988, l'Académie Nationale de Médecine lui décerna le prix Léon Baratz pour la récompenser à l'Institut Pasteur de Paris, de sa contribution majeure à la découverte et à l'Étude du VIH I et à la mise au point du dépistage sérologique.
Maintenant une question se pose. Pourquoi le professeur Chermann a-t-il été évincé du prix Nobel de médecine? Si l'on connaissait la réponse à cette question, elle permettrait de lever une incertitude, mais malheureusement on ne peut formuler que des hypothèses. Celles que nous retiendrons sont au nombre de trois:


- la règle des trois
- la démission du Pr Chermann de l'Institut Pasteur, en 1987, à la suite d'un différent survenu au moment de la signature d'un compromis, la même année, entre la France et l'Amérique associant le Pr Robert Gallo à la découverte du virus du sida afin de partager les royalties découlant du contrat. En définitive, Chermann devait signer l'accord à la demande pressante du directeur de l'Institut. Dégoûté, Chermann donna alors sa démission de l'Institut Pasteur.
- Si la Fondation Nobel a beaucoup d'attributions, elle a notamment en charge par la voie d'un comité propre à chaque branche et selon les propositions de personnalités éminentes dans les six domaines, d'établir les listes préalables de nominations communiquées aux différentes instances qui attribuent le prix.

Le Pr Jean-Claude Chermann a-t-il été mentionné sur la liste ?


Puisse ces lignes contribuer à faire reconnaître les mérites du Pr Chermann et le réhabiliter dans ses droits, afin que lui aussi soit considéré comme Lauréat du prix Nobel de médecine 2008
».

Un comité de soutien s’est constitué. Ses membres demandent, aux plus hautes instances, que soit réparé ce qu’ils considèrent comme une parfaite injustice.

Après la découverte, Jean-Claude Chermann s'est installé à Marseille où il a dirigé le laboratoire de recherche sur les rétrovirus, avant de s'intéresser à l'industrie, avec la société URRMA Biopharma, sur la zone industrielle d'Aubagne.

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