France en vue?

L’Assemblée nationale est en train de devenir une cour des miracles. En cette session du 7 juillet dite exceptionnelle où les questions au gouvernement sont quand même autorisées, on aperçoit, sur les bancs clairsemés, quelques élus l’esprit déjà en vacances. Le Premier Ministre est là sans y être mais, lorsqu’il est interpellé, il fait répondre par les seconds couteaux.

L’Assemblée nationale est en train de devenir une cour des miracles. En cette session du 7 juillet dite exceptionnelle où les questions au gouvernement sont quand même autorisées, on aperçoit, sur les bancs clairsemés, quelques élus l’esprit déjà en vacances. Le Premier Ministre est là sans y être mais, lorsqu’il est interpellé, il fait répondre par les seconds couteaux.

D’ailleurs, ce mardi, cela semblait être le baptême du feu des nouveaux nommés. Tous avaient un papier qu’ils lisaient comme si la question avait été connue d’avance ou alors ils récitaient du par cœur.

Christian Estrosi à propos du grand emprunt et une réponse pleine de vide, Rama Yade ânonnant sur la candidature des futurs jeux de 2016. Elle a bien pouffé à un moment donné sur des plaisanteries de Jean Glavany, ce qui a réveillé un peu l’hémicycle, mais le Premier Ministre n’a pas rit. D’ailleurs François Fillon ne rit jamais. La mignonne n’en continua pas moins de trébucher. Que les mots soient écrits ou qu’elle s’exprime en direct, elle a toujours cette suffisance de la jeunesse arrivée trop précocement à certaines fonctions qui demandent du charisme et de la modestie dans le propos tel : « le bilan est beau et incontestable ».

Depuis le « casse-toi pauvre con » du résident de l’Élysée, la novlangue politique aura souvent fait rougir l’hémicycle avec : le « allez vous faire foutre » de Rachida Dati visant une députée PS ou le « taisez-vous » de Rama Yade en direction d’un journaliste.

 

« Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible» disait Antoine de Saint-Exupéry. Au Québec, il est de bon ton que les valeurs d’un gouvernement soient mises en première ligne pour baliser le chemin de la population à savoir : la compétence, la loyauté, le respect, l’intégrité et l’impartialité.

 

Alors comment ce gouvernement français peut-il saper à ce point les fondations d'un pays et se dire préoccupé par l'état de ce dernier ? En regardant nos élus évoluer sous les ors de la République, après l’indifférence et le mépris, on sent poindre la colère et bientôt la haine. C'est un sentiment terrible, la haine. C'est d’abord la preuve du silence assourdissant des contre-pouvoirs et que ces politiciens là sont en train de tuer la population à petit feu tout en vivant grassement sur son cadavre. Une population qui ne sait plus quoi entreprendre de peur de risquer sa liberté. Même voter ne lui semble plus la solution. En effet à quoi sert de « changer de gueules » si l’inefficacité perdure. A quoi sert un gouvernement de trente-huit membres qui devrait s’élargir encore de quelques éléments ? «Ce n’est pas la Ve République bis […] mais la IVe ter», ironise François Baroin.

A quoi sert le droit de suite des journalistes quand ils ne l’utilisent pas face à Martin Hirsh par exemple, venu présenter « son » RSA. Ce jour-là, à France Inter, le standard a dû exploser. Je connais un auditeur qui aurait aimé lui dire : « à quoi bon le RSA qui m’octroie 407 euros plus l’indemnité CAF de 266 euros quand le RMI me permettait de percevoir 454 euros plus la même indemnité CAF ? Et en plus je suis maintenant étiqueté au Pôle Emploi et dois répondre aux mêmes obligations qu’un chômeur ».

 

Sans compter les problèmes d’État révélés par une certaine presse encore libre. Quoiqu’après Karachi, Tibéhirine, c’est un entrefilet dans Le Figaro (7 juillet) qui nous apprend que le Conseil d’État, dans son rapport annuel, a révélé « au détour d’une phrase que le gouvernement lui a donné 24 heures, en Janvier 2008, pour se prononcer sur le projet de loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne. Un délai beaucoup trop court pour un texte aussi important et complexe. Maniant la litote, le Conseil d’État regrette donc dans son rapport annuel que ce projet de loi essentiel ait dû être examiné trop rapidement ».

 

Par une négligence coupable, nous avons perdu le savoir-être ensemble et avons laissé le bâtiment à des capitaines qui ne raisonnent qu’à la petite semaine sur des hypothèses non validées. Alors leur demander d’improviser dans des situations nouvelles par gros grain qui plus est ! Reste alors l’artificiel, les grandes causes nationales, les plans santé perpétuellement reconduits mais jamais aboutis. Histoire de tenir le cap un peu plus longtemps avec « un coup d’avance » pour en 2012, essayer d’enflammer à nouveau les foules.

Le bateau est-il en train de couler parce que les marins n’ont plus envie de vider la cale doutant d’entendre un jour la vigie crier « France en vue » ?

 

 

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