L'insécurité dans le texte

Peut-être serait-il temps de décrypter ce terme qui revient opportunément dans le discours de ce président.Petit retour en arrière. Si le plébiscite, soutenu à tort par la Gauche en avril 2002, a permis l’élection de Jacques Chirac sans contrat ni sans aucun engagement vis-à-vis de la France, en 2007 Nicolas Sarkozy avait séduit car dans le contexte de l'époque, son diagnostic paraissait bon : la société avait peur.

Peut-être serait-il temps de décrypter ce terme qui revient opportunément dans le discours de ce président.

Petit retour en arrière. Si le plébiscite, soutenu à tort par la Gauche en avril 2002, a permis l’élection de Jacques Chirac sans contrat ni sans aucun engagement vis-à-vis de la France, en 2007 Nicolas Sarkozy avait séduit car dans le contexte de l'époque, son diagnostic paraissait bon : la société avait peur.

Son expérience du ministère de l’Intérieur (sans guère de résultats) fut surtout un alibi. Il ne cherchait pas à défendre son bilan dont il se fichait totalement. Ses manœuvres actuelles, pour l’horizon 2012, le prouvent déjà, persuadé qu’il est qu’on ne gagne pas une élection sur un bilan mais sur un projet dont fera partie l’insécurité, uniquement déclinée sur le mode de la provocation. Il suffit de se référer à sa gestion des banlieues, au manque de dialogue avec les jeunes et dernièrement à la fouille des cartables.

 

Si cette approche étriquée a permis son élection en 2007, il faut espérer que, cette fois-ci, les Français viennent lui rappeler que le sentiment d’insécurité cohabite avec le manque de règles sociales. Que l’agression dans le métro est à mettre sur le même plan qu’un licenciement brusque après des années d’ancienneté. Dans les deux cas c’est la même rupture psychologique, la même crainte exacerbée par les règles sociales non respectées et donc les attentes fragilisées.

Ces règles sociales définissent nos manières d’agir, de penser et de sentir et forment un tout. Certes elles exercent leur contrainte, mais elles nous inspirent pour guider et orienter l’action sur les conduites individuelles et collectives.

Dans nos fondamentaux, le mot « sécurité » rime avec « dû ». Sorte de droit proclamé à titre public (Sécurité sociale) ou privé (assurances en tous genres contre tous types de risques).

Sauf comme dirait le philosophe Yves Michaud « qu’en rentrant du travail, vous crevez de trouille en croisant un pitbull et son propriétaire qui roule des mécaniques, et que vous n’osez pas traverser le hall de l’immeuble occupé par une bande de gamins qui, eux, pensent que vous les regardez de travers ».

Il ne suffit donc pas de mettre des caméras partout, d’accentuer les contrôles d’identité au faciès, de démultiplier les radars. Il faut, en fait, rétablir le respect des règles de la vie en société, normalement garanti par la sanction, tout en éduquant chaque individu à l’entretien de relations confiantes et civiles. Cela commence au jardin d’enfants avec l’Éducation nationale.

 

Si les règles formelles tirent leur légitimité des lois, elles doivent coexister avec celles dictées par la morale et soutenues par la culture. Quelques fois même les considérations culturelles l’emportent sur les considérations juridiques formelles. L’exemple de la Banque Grameen est parlant dans ce sens, puisqu’il a permis de créer un système bancaire rural efficace au Bangladesh où la méthode repose sur des garanties sociales et des liens socioculturels contrairement au système bancaire traditionnel établi, lui, uniquement sur des garanties tangibles.

 

Notre société moderne, quoique démocratique, s’est perdue dans un individualisme égoïste et, de ce fait, en annihilant les libertés corrélées à l’individualisme, elle a aussi perdu les règles qui assurent sa sécurité.

On retombe alors dans le schéma présidentiel qui surfe sur le sentiment d’insécurité pour pointer la communautarisation dans laquelle, faute de respect des règles de civilité, les gens se réfugient : les bandes d’un côté, les espaces résidentiels suréquipés de l’autre.

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