La Constance du Citoyen

«Il arrive qu'en refermant un ouvrage on se sente jaloux de ses futurs lecteurs, pour la simple raison que cette expérience leur reste à découvrir.» John Le Carré

«Il arrive qu'en refermant un ouvrage on se sente jaloux de ses futurs lecteurs,

pour la simple raison que cette expérience leur reste à découvrir.» John Le Carré

Les chaînes de télévision sont toujours à l’heure Obama en tournant en boucle et commencent à buzzer sur la mi-temps du congrès du PS en attendant la fin de la partie à Reims. Sur tous les tons, politiques, journalistes, experts louangent ou flinguent à tout va. En ce dimanche soir, il faut éviter l’overdose (issue fatale à la dépendance) due à l'excès de consommation d'informations quelques fois poignantes ou coupées avec des informations toxiques voire mélangées à des tunnels publicitaires et/ou des séquences de substitution composées de trash reality.

Alors je coupe le son de ce prime time affligeant pour faire autre chose, car j’avais repéré pour les couche-tard dans la grille des programmes d’Arte, un documentaire sur John Le Carré. Un écrivain dont la manière de vivre interpelle : connaissons-nous bien toujours l'époque où nous vivons ? En effet dans ce monde qui change très vite, comment rester en résonnance avec lui si, croulant sous le poids des règles inculquées, des pensées réflexes, nous oublions de le questionner. Cet auteur qui écrit à partir de sa riche expérience mais néanmoins rare, incite à rester vigilants. Son livre « la Constance du Jardinier » en témoigne. L’intrigue se déroule dans une région reculée du nord du Kenya, où Tessa Quayle, une brillante avocate aussi militante que passionnée, est retrouvée sauvagement assassinée. Le médecin africain qui l'accompagnait est porté disparu, et tout porte à croire qu'il s'agit d'un crime passionnel. Contre toute attente, l'époux de Tessa, Justin Quayle, un diplomate discret, va mener l'enquête. Ses découvertes sur le monde opaque des labos pharmaceutiques le mettront en danger. Bien avant, dans un entretien avec Pierre Assouline (en Mai 1986), John Le Carré révélait que nous passions « tous un grand moment de notre vie sous l'eau, comme un iceberg. La plupart de nos pensées et de nos désirs ne sont pas exprimés. Nous vivons tous en permanence dans les conditions du secret ».

A l’heure où notre système de santé bat de l’aile et semble virer au rouge aux dires de ceux qui activent les manettes dans l’opacité la plus totale, il faut que nous restions tous vigilants : malades, futurs patients, professionnels de santé et de l’information...

Car en pratique des journalistes, appartenant à des rédactions privées ou publiques, mettent encore trop souvent leur métier au service de l’industrie pharmaceutique, « sans discernement, ni esprit critique » ; les soignants « ne soignent plus » et préfèrent une activité plus lucrative en postulant à la promotion de médicaments ; l’industrie pharmaceutique exerce son action de lobbying sur des politiques permissifs (aux Etats-Unis, elle délègue 2 lobbyistes par élu) et tant d’autres mélanges des genres… jusqu’aux réseaux associatifs qui, sous couvert de formation médicale, se mettent à son service. Oui, il faut comme dit Formindep « garder les yeux ouverts » et de rapporter cette journée de choix des stages des internes à la Faculté de Médecine de Saint-Étienne : « Dans le hall beaucoup de monde circule. Trois entreprises, Sanofi-Aventis, Sigvaris, et La Médicale, nous accueillent à leur stand avec leurs sourires, leurs prospectus, leur publicité, leurs stylos, leurs mallettes, leurs échantillons, leur buffet... Tout le monde se sert et mange, sans s’étonner que des firmes pharmaceutiques, des assurances viennent faire leur publicité dans une université publique. Sont-elles autorisées ? Par qui ? Comment sont-elles invitées et à quel titre ? Qui gère cette situation de conflit d’intérêt, alors qu’on attendrait d’une faculté de médecine qu’elle garantisse l’indépendance et la rigueur de son enseignement ? »

Si santé était contée

Ce collectif créé en 2004 pour « une formation médicale indépendante au service des seuls professionnels de santé et des patients » propose sur son site un exercice amusant et instructif : faire une lecture critique d’extraits de radio (à peine dix minutes) et répondre ensuite à la question : « la publicité au public pour les médicaments de prescription est elle vraiment interdite en France ? »

Tout comme Google est un puissant moteur de recherche mais nous laissant avec notre seule conscience trier le bon grain de l’ivraie, le Formindep nous propose un accompagnement dans notre réflexion tel celui de faire cesser tous types d’influence dans le domaine de la santé par la signature de sa charte.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.