I Have a Dream!

Il y a 54 ans, un abbé, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a lancé un appel à la radio. Cette courte prise de parole fut la preuve que « le talent, dans l’art de convaincre, pouvait être synonyme de modestie, d’effacement, de conviction intérieure, et être mis efficacement au service des autres ».
Site américain

Il y a 54 ans, un abbé, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a lancé un appel à la radio. Cette courte prise de parole fut la preuve que « le talent, dans l’art de convaincre, pouvait être synonyme de modestie, d’effacement, de conviction intérieure, et être mis efficacement au service des autres ».

Mais en 2008, à l’approche de l’hiver, nous devons faire le constat tragique que des milliers de gens seront mal ou pas logés du tout. Malgré cet appel de 1954 et la prise de conscience qui s’ensuivit, la vie des précaires reste entravée par la ségrégation et enchaînée par la discrimination. En 2008, quelques sept millions de personnes représentent un îlot de pauvreté au milieu d’un océan de prospérité matérielle. En 2008, les pauvres se languissent toujours dans les marges de la société française, des exilés sur leur propre terre.

 

Après l’Abbé Pierre, Monseigneur Gaillot, le Professeur Jacquard, Augustin Legrand et tant d’autres sont là aujourd’hui avec quelques organisations : le Mouvement Emmaüs, Médecins du monde, la Ligue des Droits de l'Homme, l'Union syndicale Solidaires (dont une majorité de structures utilisent l'acronyme SUD), ATD Quart Monde, la Confédération Générale du Logement, les Familles de France, la Fédération des Associations pour la Promotion et l'Insertion par le Logement (FAPIL), pour dramatiser leur condition effroyable. Ils manifestent pour demander en quelque sorte le paiement d’un chèque. Quand les architectes de la République écrivirent les textes magnifiques de la Constitution et de la Déclaration des Droits de l’Homme, ils signèrent un billet à l'ordre de chaque Français. C'était la promesse que chacun serait assuré de son droit inaliénable au droit au logement.

 

Il est aujourd'hui évident que la France a manqué à cet engagement quant à ses citoyens pauvres. Au lieu de faire honneur à cette obligation sacrée, la France a donné au peuple sans grade, un chèque « sans provisions ». Mais ils ne peuvent croire que la banque de la République a fait faillite…

 

Quelques lignes transposées du fameux « I have a dream » de Martin Luther King…. qui nous font passer de 1954 en France à 2008 aux Etats-Unis. Un nouveau président tout juste élu n’est qu’en période de transition, mais déjà son équipe a mis en place un système de prise en charge des Américains victimes des prêts hypothécaires pour prévenir la saisie de leur logement, « par le biais d'une modification vigoureuse des termes de leur emprunt ». Le plan «Hope Now» va ramener le taux d’endettement à 38 % maximum des revenus bruts mensuels aussi bien pour les ménages dits à risque que pour ceux ayant une situation financière plus solide. L’Agence Fédérale du Financement immobilier qui a sous sa tutelle, depuis le mois de Septembre, Fannie Mae et Freddie Mac, projette de faire travailler ensemble propriétaires, banques de dépôts, organismes de prêts hypothécaires et investisseurs. Le directeur de cette agence rappelle sur une chaîne d’information américaine que « s'il n'est pas possible de faire baisser le taux d'intérêt du prêt (le ramener à 3%), si l'hypothèque ne peut être prolongée (jusqu’à 40 ans) et si le taux d’endettement ne peut être maintenu à 38%, la possibilité de réduire le principal voire en supprimant les intérêts sera mis à l’étude ».

Même Wall Street a réagi positivement puisque les marchés ont réduit leurs pertes à la suite de cette annonce. Quand le politique joue son plein rôle, les positions bougent. Au contraire de la France, qui elle, se satisfait de la fameuse trêve hivernale empêchant les expulsions, laisse les crédits au taux de l’usure proliférer voire se développer (la nouvelle carte de paiement Double Action du Crédit Agricole avec un taux effectif global de 17,50 %).

 

J'ai un rêve aujourd'hui… de ne jamais plus entendre, comme quand j’avais dix ans, un autre « Mes amis ! Au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit, à trois heures du matin sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel avant-hier on l’avait expulsé. Chaque nuit, ils sont plus de 2000, recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu.
Écoutez-moi, deux centres de dépannage viennent de se créer. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière, dans la nuit, à la porte des mieux lotis, où il y ait couvertures, paille, soupe, et où on lise « centre fraternel de dépannage. Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprend espoir, ici on t’aime ».
La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent.
Devant leurs frères mourant de misère, une seule volonté doit exister entre hommes, rendre impossible que cela dure.
Pour venir en aide aux sans-abri, il nous faut pour ce soir, et au plus tard demain, 5000 couvertures, 300 grandes tentes, 200 poêles catalytiques.
Rendez-vous des volontaires, ce soir à 23 heures devant la montagne Sainte-Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte… »

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