Du Kenya au Gabon

Quand l’actualité provoque le télescopage de l’information. The Constant Gardener diffusé le 14 juin sur France 2 réveille les consciences. Adapté du livre de John Le Carré, l’action du film nous plonge dans le marigot de l’industrie pharmaceutique au Kenya qui teste un médicament contre la tuberculose sur la population.

Quand l’actualité provoque le télescopage de l’information. The Constant Gardener diffusé le 14 juin sur France 2 réveille les consciences. Adapté du livre de John Le Carré, l’action du film nous plonge dans le marigot de l’industrie pharmaceutique au Kenya qui teste un médicament contre la tuberculose sur la population. Pour optimiser ses budgets, cette molécule est distribuée alors qu’elle n’est pas au point.

Quand le mot « fin » s’affiche sur l’écran, une espèce de curiosité vient à l’esprit : au Gabon la situation des populations n’est guère plus reluisante. Aussi quel pourrait être l'état d'esprit de Nicolas Sarkozy lors des funérailles d’Omar Bongo ?

A défaut d'être dans la tête du chef de l'Etat, quels sont les autres gouvernants ou délégations qui viendront rendre hommage au « grand » homme. C’est en partant à la recherche de cette information que l’on ne retrouve nulle part, qu’une halte sur des sites africains et belges nous apprend qu’Omar Bongo serait réellement décédé depuis le 7 mai et que la nouvelle avait été tenue secrète par la France et la famille. Exactement entre le Maroc et l’Espagne dans l’avion médicalisé, affrété par la France et qui le conduisait en Espagne. L’Élysée en accord avec sa fille, directrice du cabinet de son père, maintient la destination de l’Espagne et impose le silence total.

 

Souvenons-nous que la presse rapportait que l'hospitalisation choisie en Espagne au lieu de la France le fut à cause des fameux « biens mal acquis ». Il n'y avait pas que cela.

 

Edwy Plenel sur un récent plateau vantait l’interactivité de la presse internet par le biais des hyperliens. Il a bien raison car d’hyperliens en hyperliens les intrigues et les marchandages politiques sont révélés par les personnes qui ont décidé de livrer des informations qui ne circulaient que dans un cercle restreint. On peut juste s'interroger pourquoi ce grand silence de la presse française ? Seul persiste un post sur le site de France 24 qui s’insurge sur le fait que l’annonce sur la date réelle du décès a été censurée.

 

C’est ainsi que l’on apprend que la raison pour surseoir à cette annonce vise la récupération de documents parmi lesquels un dossier sur le financement de la dernière campagne électorale en France. En échange les membres de la famille Bongo obtiendraient la levée des saisies de compte de la famille en France.

« […] on comprend mieux la supposée hospitalisation médiatisée du fils Ali Ben à Paris. Devant l’opposition de sa sœur et de ses partisans, il a fait appel aux deux Congo et a menacé de faire « sauter les légionnaires sur Libreville ». Nicolas Sarkozy et ses conseillers de la cellule africaine ont frappé du point sur la table et décidé d’exfiltrer Ali Ben du Gabon - officiellement alors on annonce qu'il est hospitalisé à Neuilly à l'hôpital américain – mais personne ne confirme sa présence dans cet hôpital. Après les discussions parisiennes, Ali Ben est retourné au Gabon pendant que Sarkozy dépêchait en Espagne Brice Hortefeux avec pour mission de convaincre la famille Bongo du soutien de la France ».

« Au moment où le Premier ministre français François Fillon arrive à Yaoundé, au Cameroun, nous sommes le 20 mai - il fait alors cette étrange déclaration « Je sais que le président est soigné. Je sais qu'hier soir encore et ce matin sa santé était satisfaisante. Je formule mes vœux de prompt rétablissement à M. Bongo en espérant naturellement qu'il sera remis sur pied le plus vite possible ».

 

Le 6 juin soit presque un mois après le décès de Bongo, l'Espagne somme la France de prendre ses responsabilités. Sous la pression des médecins qui ne comprennent pas qu'on garde dans une chapelle ardente un corps aussi longtemps, et qui en plus n'a pas trouvé la mort dans leur établissement, le premier ministre Zapatero demande à son ministre des affaires étrangères de rendre la nouvelle publique. Le Gabon dit n'être pas prêt pour des problèmes de sécurité intérieure, mais l'Espagne refuse de reculer. Quelques journalistes vont donc recevoir des instructions notamment Le Point qui lance un ballon d'essai au beau milieu des résultats des élections européennes.

 

« […] Une conseillère de l'Élysée est dépêchée au Gabon pour ramener en Espagne le premier ministre gabonais. Avant la conférence de presse, « les témoins, présents affirment que les membres de la famille Bongo l’auraient menacé de mort : « Salaud ! Si tu dis un mot de travers on te pend haut et court ». Le premier ministre Jean Eyeghe Ndong est contraint d’annoncer que Bongo est en vie alors que des dispositions sont prises pour rapatrier le corps au Gabon avant que le décès ne soit annoncé.Mais défaut de synchronisation et aussi lasse d’attendre, l'Espagne annonce le décès et le premier ministre gabonais est contraint de confirmer la nouvelle.

De son vivant Omar Bongo fut un obstacle à l’alternance au sein d’un système qui se sera usé jusqu’à la trame. Garant d’une supposée cohésion nationale qui passait par l’achat de l’opposition, il n’aura pas eu le temps d’orchestrer ses funérailles mais la France s’en est chargée pour lui de peur d’entendre sa voie venue d’outre-tombe pour lui rappeler : « si la France me lâche, je la lâche ».

 

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