Règlement de comptes à OK Egos !

C’est plus que la légende d’un dessinateur officiant à Charlie Hebdo. C’est une scène de descente en flammes qui buzz à toutes berzingues. Un face à face entre Siné et Philippe Val, pour désigner un combat quasi dantesque. Ce titre m’est venu à l’esprit en référence au film de John Sturges. Car désormais, le vrai quatrième pouvoir et la vraie vision de l’information n’appartiennent plus aux institutionnels des médias, mais bel et bien aux journalistes et commentateurs du net.
C’est plus que la légende d’un dessinateur officiant à Charlie Hebdo. C’est une scène de descente en flammes qui buzz à toutes berzingues. Un face à face entre Siné et Philippe Val, pour désigner un combat quasi dantesque. Ce titre m’est venu à l’esprit en référence au film de John Sturges. Car désormais, le vrai quatrième pouvoir et la vraie vision de l’information n’appartiennent plus aux institutionnels des médias, mais bel et bien aux journalistes et commentateurs du net. Justement, si l’on considérait les acteurs en présence afin de relativiser un peu ! En effet une mise au point d’Edwy Plenel sur ce que l’on pourrait appeler l’affaire Siné, déchaîne les ardeurs depuis deux jours sur Mediapart. J’ai dû lire jusqu’au 143ème commentaire pour ne pas perdre le fil de la discussion, et, par moment, je n’avais plus l‘impression d’être sur Mediapart mais plutôt sur 20 minutes ou Marianne2info. Sauf en ce qui concerne la tenue du langage et l’expression écrite qui, je dois le reconnaître, sont de qualité.Mais toute cette logorrhée aurait-elle lieu si nous cessions de faire des personnalités médiatisées, des penseurs ? A bientôt 64 ans, et en ma qualité de petite éditrice de province (médical et jazz), je m’étonne encore de voir des vénérations ainsi déplacées pour des journalistes, des éditorialistes, des icônes de la télé, etc...

 

Nous nous devons de revenir aux fondamentaux : du débat, même chaud et des idées même opposées sur tous les grands sujets de société, faisons jaillir la lumière ! Mais de grâce, pas sur le différend Siné-Val (j’apprécie généralement ses dessins ou son approche du jazz mais je le déteste quand il est injurieux sur un plateau de télé, et où son argumentation ressemblait à celle d’un vieux gamin de 80 ans pris en faute à qui on aurait eu envie de mettre une claque) ; sur Jean Sarkozy (qui n’a aucune « épaisseur » et les idées d’un gamin de 21 ans sauf qu’il a des armes politiques entre les mains avec lesquelles il pourrait blesser des gens) ; sur Philippe Val (à une période récente il était même la référence intellectuelle sur les plateaux de télé) ; sur Serge Moatti (bavard énervant quand il nous montre Le Pen en "type marrant, sympa et cultivé" en occultant l'autre face du personnage) ; sur Franz-Olivier Giesbert (qui se cherche toujours une légitimité journalistique) et on pourrait en citer tant d’autres… On n’est pas journaliste parce qu’on possède une carte de presse et qu’on relooke les dépêches d’agences. Je connais des pigistes avec de merveilleux talents qui n’ont rien à envier à certains diplômés d’écoles prestigieuses.

Généralement je me tiens loin des « bavasseries » de la presse généraliste et surtout de ses prises de position quelques fois étonnantes et virevoltantes. A part le Figaro et France Soir, je crois avoir acheté pendant des années tous les titres papier puisque j’avais fait une croix sur l’information télévisée. Mais au fur et à mesure, mon engouement a décliné. Le Nouvel Obs, Le Monde, Le Point, L’Express, Marianne, etc… ne font plus leur boulot : « apporter l’information pour en débattre ensuite » comme disait Pierre Desgraupes.

 

 

Je suis restée fidèle au Canard et maintenant à Mediapart pour sa démarche originale et qui fait la différence avec les autres médias en ligne : permettre à certains « journalistes » amateurs de s’exprimer aux travers d’éditions personnelles sur des sujets jamais évoqués ou trop souvent mal traités. Apprécieront ceux qui ont essayé de soumettre des articles de qualité, notamment scientifiques, à de grands journaux dans le but de vulgariser une information et qui ont été rejetés par des comités de lecture, droits dans leurs bottes, parce que ligotés par leurs annonceurs. Vu les nombreuses éditions créées et leur tenue c’est la preuve aussi qu’une équipe sait se donner les moyens de faire confiance aux gens, afin d’élargir le champ de l’information. Des porteurs de sujets, que même les plus grandes signatures ne sauraient traiter au fond, nous offrent ainsi des textes maîtrisés qui obligent à la réflexion.

Voltaire ne disait-il pas que « les hommes informés sont des hommes libres » alors que Stephen King nous encourage à écrire puisque pour lui cet art « peut ouvrir tant de portes comme si un stylo n’était pas vraiment une plume mais une étrange variété de passe-partout ».

Pour conclure et revenir au sujet, je qualifierais cette « affaire » de règlement d’egos entre gens de presse plutôt que d’une remise en cause de la liberté d’expression existant en France. Après avoir relu la mise au point d’EP et, en ma qualité de directrice d’une publication, je retiens cette phrase essentielle : « […] Il est en effet connu, et d'ailleurs inscrit dans notre jurisprudence, que le directeur d'un journal est le premier responsable de ce qui s'y publie, avant même ses rédacteurs. Il est donc peu courant, à tout le moins, de voir un directeur de journal se séparer brutalement d'un collaborateur sous la menace d'un éventuel procès visant un article qu'il a laissé paraître et qu'il est donc, juridiquement, censé assumer. C'est comme si une vieille protection conquise par la profession sautait sous nos yeux dans le lieu le plus impensable, le journal dont l'excès et l'outrance sont la marque de fabrique. »

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