Réfutations

Une crise mondiale qui laissera beaucoup de gens sur le carreau et vingt quatre mois de gouvernement plus tard, 53 % des Français qui ont plébiscité cette équipe gouvernementale commencent à entrevoir la réalité à savoir que leurs élus en sont complètement déconnectés.

Une crise mondiale qui laissera beaucoup de gens sur le carreau et vingt quatre mois de gouvernement plus tard, 53 % des Français qui ont plébiscité cette équipe gouvernementale commencent à entrevoir la réalité à savoir que leurs élus en sont complètement déconnectés.

Pour mieux comprendre a posteriori où nous en sommes rendus, il suffit de regarder le film « Réfutations » proposé, trop confidentiellement, entre les deux tours de la présidentielle et quasiment prémonitoire de la situation actuelle.

 

Pourtant nous avons entendu à cette époque, en provenance des deux candidats, des idées ou des propositions qui étaient certainement importantes. Mais l’urgence sociale n’était pas prise en compte. Ils se sont perdus dans des sujets certes prégnants : parité, mariage des homosexuels, etc. alors que d’autres problématiques menaçaient : le nombre croissant de mal logés ou sans domicile fixe, la pauvreté qui gagnait même les personnes avec un emploi.

Comment n’ont-ils pas été alertés par le fait qu’un ouvrier professionnel spécialisé puisse percevoir un salaire de 1300 euros après trente années d’ancienneté, quand l’un des leurs situait le salaire moyen à 4000 euros.

Ils voulaient « s’attaquer aux fondamentaux ». Que ne l’ont-ils fait en parlant du peuple de France plutôt que de la France ?

 

Déjà en Février de la même année, dans « Les Fossoyeurs », Christian Lehmann, médecin et écrivain, pour analyser par exemple ce que ce changement de gouvernance entraînerait dans les rapports entre patients, médecins et assurance-maladie, le comparaît à la gouvernance industrielle :

« Sortons un instant du milieu médical pour observer la manière dont, dans les entreprises, aujourd’hui, on s’y prend pour briser la résistance d’un secteur industriel, du personnel d’une usine, afin d’opérer une délocalisation la moins coûteuse possible pour les actionnaires. D’abord faire monter la pression en annonçant, même si l’usine semble fonctionner normalement, une rentabilité insuffisante. Ensuite, nommer un cost-cutter, un nettoyeur, chargé de donner un vigoureux coup de balai dans les effectifs, de modifier les modes de fonctionnement, de remettre en question les avantages acquis. Et pour gagner cette bataille, le nettoyeur devra d’abord identifier, au sein du corps social de l’entreprise, ceux qui portent la mémoire de l’usine, ceux qui se sont le plus investis dans sa bonne marche. Il conviendra de mettre la pression tout d’abord sur ceux-là, de les dérouter par des directives contradictoires, en évidence nuisibles à la bonne marche de l’entreprise, et qu’ils tenteront de refuser de suivre, se mettant par la même en péril face à leur hiérarchie.

Pour installer le projet néolibéral, pour faire basculer enfin la santé dans le domaine de l’économie de marché, pour privatiser sans avoir l’air d’y toucher, il fallait tout d’abord alerter l’opinion sur le gouffre insondable de l’assurance-maladie. Puis désigner des coupables, patients surconsommateurs abusant de la CMU ou fraudeurs à la Carte Vitale, médecins peu regardants sur les arrêts de travail et les prescriptions en affection longue durée. Mettre en place un système pénalisant, complexe, afin de déstabiliser médecins et patients. Rendre chacun des acteurs coupable aux yeux de tous les autres, afin de briser, petit à petit, la solidarité qui unit le patient et le soignant. Fragiliser les dispositifs de dispense d’avance de frais, en multipliant les incidents de paiement, et en les passant sous silence. Décourager, surtout, au sein du corps médical, les médecins les plus investis socialement, ceux pour qui le soin ne se concevait pas sans une réflexion sur la santé et la société ».

 

En Mars 2007, Edwy Plenel délivrait sa vision de journaliste qui rejoignait les précédentes.

Alors qu’un mois plus tard, ce peuple de France était prêt à retrouver le champ du dialogue qu’il avait abandonné au profit du tout mediatico-spectaculaire, parallèlement « Réfutations » dénonçait l’abdication devant la loi du profit, la lâcheté universelle à découper le champ social en tranches pour le traiter : certainement un rendez-vous manqué !

 

 

« 26 avril 2007 : Seize chercheurs et militants, seize regards acérés sur le monde que nous prépare Nicolas Sarkozy. Ni haine, ni diabolisation, mais la réalité d'une droite décomplexée au pouvoir. Une déconstruction implacable de la rhétorique sarkozyste, dont il y a fort à parier que la pertinence soit d'actualité pendant quelques années. A voir d'urgence »... même a posteriori !

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