PS : une autre épine dans le talon !

AvertissementAprès la lecture, passer son chemin si l’on ne sent pas concerné ou à l’inverse, argumenter dans la sérénité.

Avertissement

Après la lecture, passer son chemin si l’on ne sent pas concerné ou à l’inverse, argumenter dans la sérénité.

L’élection de la première secrétaire du parti Socialiste est cette fois particulièrement difficile et quel que soit le résultat de la commission de récolement, il faut savoir que depuis des milliers d’années, les méthodes de désignation des dirigeants reposent sur divers paramètres. Mais un seul ne change pas et devient incontournable : la légitimité de la désignation. Sans cette légitimité, les blessures antérieures ne cicatriseront jamais.

 

Cet aparté fait, j’aimerais proposer aux Mediapartistes ce qui n’est pour l’instant qu’une épine dans le talon du PS et dont les protagonistes se passent la patate chaude d’interviews en interpellations diverses : le cas Georges Frêche. Au-delà même du cas citoyen, c’est le rôle des media, leur capacité à informer dans l’indépendance, ou leur capacité à nuire quand les intérêts en jeu sont importants et tellement intriqués et tout au bout des lecteurs : leur confiance s’amenuisant en fonction du sentiment d’avoir été plus ou moins floués, conduira inéxorablement à un nomadisme journalistique.

Ségolène Royal : « …c’est un homme cultivé, c’est un homme intelligent… certes, il a fait beaucoup de maladresses mais s’il fallait exclure du Parti socialiste tous ceux qui ont fait des maladresses… ».

La commission des conflits du PS (lors de l’exclusion, décidée à l’unanimité : « les propos incriminés n’étaient pas compatibles avec les valeurs d’égalité et de respect des Droits humains qui fondent depuis toujours l’engagement du PS… ».

 

Flasback

Verbatim de L’Accroche (journal indépendant qui a mis la clé sous la porte en septembre dernier faute de combattants) :

Voici ce qu’a dit Georges Frêche le 11 février lors de la cérémonie organisée à la mémoire de Jacques Roseau : « Vous, vous faites partie des harkis qui ont vocation à être cocus jusqu’à la fin des temps. Hein ? Ces gens-là vous ont laissé... mais taisez-vous une seconde et laissez-moi parler ! (Bon, vous la sortez s’il vous plaît) Allez, ça suffit ! Ça suffit ! J’ai à dire ce que j’ai à dire ! (Il s’avance...) Bon alors les harkis vous reculez. Bon taisez-vous, vous n’êtes pas harkis, vous êtes fils de harkis, vous n’avez rien à dire. Oui, oui mais moi aussi mes parents... (Une voix de femme : « [...] cocu vous-même ») Alors, vous êtes allés à Palavas avé les députés gaullistes, avé les gaullistes qui ont laissé les harkis se faire massacrer en Algérie. Faut-il vous rappeler que 90 000 harkis ont été égorgés comme des porcs parce que l’armée française les a laissés seuls là-bas ? Alors vous êtes vraiment d’une incurie incroyable (La même voix : « Cocu toi-même ! »). Vous ne connaissez pas l’histoire. Alors écoutez, moi je vous ai donné votre boulot de pompier, gardez-le et fermez votre gueule. Gardez-le et fermez votre gueule ! Hein ? Je vous ai trouvé un emploi et je suis bien remercié. (La voix : « On vous a aidé à passer aussi, ne nous oubliez pas ! »). Ah ! Vous m’avez aidé, oui, c’est ça. (La voix : « Bien sûr on vous a aidé ! ») Arrêtez-vous, arrêtez-vous. Allez avé les gaullistes. Allez avé les gaullistes vos frères à Palavas, vous y serez très bien. Ils ont massacré les vôtres en Algérie et encore vous allez leur lécher les bottes. Mais vous n’avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes ! (La voix : « C’est vous le sous-homme ! ») Vous n’avez rien du tout, vous n’avez aucun honneur, rien du tout. (La voix : « Vous le sous-homme ! ») Il faut que quelqu’un vous le dise, vous êtes sans honneur, vous n’êtes même pas capable de défendre les vôtres. Voilà. Voilà. Alors, dégagez. »

 

Observation du traitement médiatique par l’Accroche

[…] Les condamnations du mot « sous-hommes » ont été unanimes et une information judiciaire a été ouverte pour « injure raciale ».

« Dans certains journaux, on parle des propos de Georges Frêche contre LES harkis et dans d’autres journaux, on parle des propos adressés à DES harkis. Ce qui n’a pas le même sens », affirme Jacques Monin (France Bleu, 3/3). On pourrait ajouter : ni les mêmes conséquences, notamment judiciaires. On va le voir, beaucoup de médias ne semblent pourtant pas avoir fait la différence. Le rédacteur en chef de France Bleu Hérault est d’ailleurs bien placé pour en parler puisque sur sa station, Florence Beaudet évoque « les propos de George Frêche sur les Harkis » (22/2) ou « ses propos visant les harkis » (1/3) avant de dire après les titres : « avait traité des harkis » (1/3). France Info n’est pas en reste : « avait traité les harkis » (28/2-23h, 1/3-9h30).

 

Le mobile du Monde
Côté presse écrite, ce n’est pas mieux. Les articles font parfois la différence mais dans leurs titres qui sont, faut-il le rappeler, souvent repris dans les revues de presse à la radio, c’est autre chose : pour Libération (13/2) ou Le Figaro (15/2), « Frêche insulte les Harkis ». Les agences de presse ne sont pas en reste puisque Reuters (13/2) et l’AFP (18/2) titrent aussi sur « les harkis ».

Il faut dire que les propos de Georges Frêche n’ont pas facilité le travail des journalistes. Lors de ses excuses, il déclare en effet (13/2) : « Mes propos ne s’adressaient aucunement à la communauté Harkie, mais à un homme » alors qu’il a clairement employé le pluriel le 11 février (« des sous-hommes »). Il n’assume donc pas s’être adressé à plusieurs personnes. En préparation de sa défense juridique ?

Midi Libre
et son propriétaire, Le Monde, sont à mettre à part puisqu’ils sont en conflit ouvert avec Georges Frêche. Et ce, depuis que celui-ci a décidé de couper publicités et annonces légales au quotidien régional suite à un article qui lui a déplu. Ce qui fait dire à Pierre Serre, le patron de La Gazette de Montpellier, qui ne cache pas ses sympathies frêchistes : « La direction de Midi Libre avait prévenu la frêchie. En substance : vous nous coupez la pub ? Eh bien ce sera la guerre, la guerre totale. Aussitôt dit, aussitôt fait. Après l’indignation, justifiée, des premiers jours, après la récup’ politique, voici donc l’heure des règlements... de comptes. » (3/3) Le groupe Le Monde aurait donc un mobile.

Ainsi, l’affaire Frêche se retrouve 11 fois à la Une de Midi Libre dont 7 fois en titre principal en 18 jours (14/2 au 3/3). Le quotidien régional titre même : « Frêche déchaîne les passions des lecteurs » (2/3). Le journal peut donc se rassurer : ses lecteurs le lisent et réagissent. Cette info valait bien la Une. Le quotidien régional prend aussi sa part dans l’approximation sur « les » ou « des ». En introduction du dossier sur son site Internet, on peut lire : « traite les harkis de "sous-hommes" ». Il faut quand même noter que certains journalistes du quotidien régional auront la prudence d’employer « des harkis » (25, 26, 28/2, 1/3) même si « les harkis » sont aussi bien représentés (22/2 et 24/2). Philippe Palat, un des rédacteurs en chef, excusez du peu, de Midi Libre et correspondant du Monde, évoque dans le quotidien du soir (3/3) : « Ses commentaires sur les harkis, qualifiés de "sous-hommes" ». À noter aussi que Le Monde consacrera au moins 10 articles au sujet et un dessin de Plantu en Une.

Côté approximation, il y a aussi la citation qui n’a jamais été reprise en entier. Plus grave, elle a été parfois déformée. La palme en revient sans doute à Montpellier plus (groupe Les journaux du midi) qui cite (14/2) : « Les harkis ont vocation à être les cocus jusqu’à la fin des temps. Vous n’avez rien du tout. Vous êtes des sous-hommes. Vous n’avez aucun honneur. » À sa décharge, le quotidien gratuit explique ensuite que « Georges Frêche visait Abdelkader Chebaïki », un des harkis présents. Mais qu’a retenu le lecteur ? La veille, une dépêche d’AP fournissait une citation quasiment identique. Montpellier plus aurait-il fait un copié/collé ?

« Un gars qui s’est débiné »
Il y a enfin l’affaire Jack Lang qui était présent le 11 février aux côtés de Georges Frêche. « Interrogé par Libération à la fin de la cérémonie sur la violence avec laquelle Frêche avait insulté les harkis, Jack Lang a assuré qu’il n’avait « rien entendu », avant de s’éclipser », écrit Libé (13/2). Pierre Serre révélera dans La Gazette (17/2) que ça ne s’est pas passé exactement comme ça. Le journaliste de Libération, Pierre Daum, reconnaît aujourd’hui que Jack Lang après avoir dit « ah bon ? Je n’ai pas entendu », a ensuite « esquivé la question » qui était de réagir sur l’insulte de « sous-hommes ». Il aurait dévié le débat en disant : « Il n’a pas insulté les harkis en général mais certaines personnes ». Il demeure que cette esquive n’apparaît pas dans le papier de Libé qui, pour Pierre Serre, donne « l’impression d’un gars qui s’est débiné et qui est parti en courant ». Problème, cette information va être reprise, entre autres, par Midi Libre (14/2 et 25/2) sans jamais faire état de celle de La Gazette ni avoir interrogé Jack Lang.

Post scriptum : pour la petite histoire : Pierre Daum s’était fait arracher son micro peu avant le début de la cérémonie du 11 février. Libération a donc déposé plainte. Selon le journaliste de Libé, qui collabore aussi parfois à La Gazette, Pierre Serre l’a assuré de son témoignage, immédiatement après l’incident. Le coupable présumé est l’époux d’une conseillère municipale PS.

 

Profil (extraits de Wikipedia et d’expressions libres et diverses)

Membre du Parti socialiste depuis sa création, Georges Frêche a souvent été en opposition avec les dirigeants de son parti. Il n'a jamais été ministre, selon lui parce qu'il était contre les financements du parti par Urba et les liens entre François Mitterrand et René Bousquet. Le différend est en réalité plus ancien puisque dès le Congrès d'Épinay en 1971, Mitterrand l'avait écarté. Sa démarche pouvait être taxée d'opportunisme car il avait été maoïste de 1962 à 1967 et fait un voyage en Chine durant cette période. Dans un livre publié lorsque Mitterrand était encore président, La France ligotée, Frêche avait dénoncé vigoureusement ce dernier. Il est resté membre du bureau national et du conseil national du PS jusqu'en 2006.

En 2002, il fut l'un des seuls à signaler pendant la campagne électorale présidentielle au candidat Lionel Jospin que son programme n'était pas compréhensible par les électeurs et qu'il aurait dû s'adresser aux ouvriers, mot que Jospin n'employait pas. L'année suivante, est sorti son livre Les éléphants se trompent énormément, critique acerbe des éléphants (dirigeants) du Parti socialiste. […]

 

Mis en examen en mars 2006 pour injures à caractère racial, il est relaxé le 13 septembre 2007 en appel; la Cour d'appel estimant que « les propos ne s'adressaient d'aucune manière à la communauté harki mais à deux individus ».Aucune poursuite n'a été engagée pour l'affaire des « blacks de l'équipe de France » qui avaient indigné les médias nationaux.

 

En novembre 2005, lors de l'inauguration d'une mosquée de Montpellier, il s'était demandé si ce n'était pas « les flics qui, comme en mai 1968, (mettaient) le feu aux bagnoles ». Le ministre de l'Intérieur d'alors Nicolas Sarkozy le poursuivit pour avoir émis cette supposition, et saisit le ministre de la justice afin qu'il engage les poursuites. Il fut relaxé en première instance par le tribunal correctionnel de Montpellier. Mais le parquet ayant fait appel, et requis en première instance une amende de 5000 euros, fut finalement condamné le 11 septembre 2007 par la Cour d'appel de Montpellier à une amende de 1500 euros, celle-ci ayant retenu une diffamation à l'encontre de la police. Son avocat, Me Gauer, a laissé entendre que son client pourrait se pourvoir en cassation et aller même jusque devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Il a déclaré: « vous verrez qu'il gagnera ». L'arrêt de la cour d'appel a été cassé le 17 juin 2008.

Georges Frêche est invité dans l'émission de Laurent Ruquier, On n'est pas couché du 17 novembre 2007, afin de promouvoir son nouveau livre, Il faut saborder le PS. Les images concernant les harkis sont rediffusées, et les deux chroniqueurs de Ruquier, Éric Naulleau et Éric Zemmour, n'hésitent pas à parler de manipulation médiatique, les images montrant clairement que Frêche s'adressait, avec virulence, à deux hommes en particulier, et non à une communauté. Devant la ministre Rama Yade, Frêche s'explique sur la question des noirs en équipe de France, assurant qu'il voulait « attirer l'attention sur le fait qu'il y a d'autres moyens de s'en sortir », et insistant sur les formations que proposent ce qu'il appelle les lycées de la seconde chance. Selon lui, il a été victime d'un lynchage médiatique « des médias de gauche » qui ont isolé une phrase dans son discours.

 

 

Sa prise en compte du vote pied-noir serait l'un des éléments de ses victoires successives depuis 1973 et s'explique par un soutien aux associations liées aux pieds-noirs, la construction d'une Maison des rapatriés, le recrutement dans des emplois municipaux, un accès facilité aux logements, la création d'un musée de la France en Algérie, etc. […].

 

« L'Homme est juste, compétent, dévoué, sincère... et visionnaire ! Trop pour ceux qui n'ont que des moyens viles pour tenter de l'abattre !!! Et une campagne de manipulation médiatique est très facile pour les élites parisiennes !!! »
« Un jour, on vous rendra votre honneur, et on s'excusera pour ce qu'on vous a fait !!! Un jour, vous redeviendrez membre du Parti Socialiste, comme vous le rêvez tant, mais d'un PS qui aura retrouvé sa noblesse et son âme ! »

 

« qu'est-ce que vous détenez comme information que nous, qui connaissons Georges Frêche et qui avons assisté à son assassinat politique via le Monde, Libération et autres torchons comme le midi libre par DSK, Fabius et consorts qu'il gênait car supporter inconditionnel de Ségolène , ce que je ne suis pas du tout personnellement ».
« Posez vous une simple question : pourquoi est-il tellement soutenu dans son fief, par son peuple, par 95% des harkis ? »
« G.F. n'a JAMAIS fait de racisme, et n'a jamais traité le Harkis de sous hommes !!! Au retour d'Algérie, les politiques de droite ont parqué les Harkis dans des camps de concentration où ils devaient montrer patte blanche pour sortir ! C'était le cas à Montpellier, même sous Delmas, le Patron RPR de l'époque, et qui a perdu un jour sa mairie de Montpellier battu par un certain G.F ».
« Celui-ci a été choqué par le traitement subi par les Harkis, et a entamé une programme social sans équivalent et sans précédent dans le sud ! Relogement, travail, santé ... »
« Ce Monsieur qui a insulté et provoqué la colère de G.F. a été relogé avec sa famille comme un prince ; G.F. lui a lui-même trouvé un bon travail (pompier), l'a aidé dans toutes ses difficultés... Car comment appeler un mec qui a un tel comportement, comment appeler quelqu'un qui insulte son bienfaiteur pour servir (pour quelques euros) ceux qui ont asservi son propre peuple »

Le 16 janvier 2008, il crée à nouveau une polémique en déclarent vouloir racheter une statue de Lénine (actuellement à Seattle) et la faire ériger en plein cœur de Montpellier, sur la place de la Comédie, après les élections municipales. Il justifie sa position par la « dépolitisation de la société » et déclare que « l'installation d'une telle statue va-t-elle interpeller la jeunesse sur l'histoire politique. Et peut-être qu'un jour, nous aurons aussi à Montpellier une statue de Mao. Et puis celle du Général de Gaulle ».

 

On a entendu dire à propos de l’élection du premier secrétaire du PS qu’il fallait « faire taire les rancœurs », être « raisonnables », donc remettre docilement la poussière sous le tapis. D’autres parlent de « mauvais perdants ». Le vainqueur est toujours mauvais quand il n’a pas la légitimité, « seul cicatrisant des blessures des combats et seul garant de pacification », a fortiori quand les media arbitrent les dits-combats !

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