Contribution complémentaire sur la petite enfance

Assises nationales de l’éducation – 5 juin 2010 Textes préparatoires aux ateliers


Atelier a : petite enfance de 0 à 6 ans


QUELQUES CONTRIBUTIONS COMPLÉMENTAIRES AU TEXTE INTRODUCTIF DE L’ATELIER A
(PETITE ENFANCE DE 0 À 6 ANS), ADOPTÉ LE 29 JANVIER 2010 AUX ASSISES THÉMATIQUES DE STRASBOURG


1) Aujourd’hui, en France, et souvent en dépit du souhait de leurs parents, une majorité – environ les deux tiers – des enfants de moins de 3 ans n’accèdent, à temps plein ou partiel, à aucun mode d'accueil institutionnalisé, c’est-à-dire bénéficiant de procédures d’agréments et de cofinancements publics. C’est sans transitions ni aménagements appropriés que nombre de ces enfants font alors, à l’occasion de leur entrée à l’école pré-élémentaire, la découverte et l’expérience de la vie en collectivité d’enfants. De ce fait, pour certains d’entre eux, l’intégration s’avère difficile dans un univers aux caractéristiques normatives, institutionnelles voire culturelles et linguistiques, duquel ils ne sont pas ou guère préparés. Il importe donc de développer en leur faveur, au niveau communal ou inter-communal, avec le soutien de la CAF - et en complément des efforts quantitatifs et qualitatifs d'offre de modes d'accueil collectifs ou chez des assistant-e-s maternel-le-s - , une série d'initiatives locales, partenariales et/ou associatives leur permettant de faire des expériences de socialisation précoce avant leur première scolarisation. Ces initiatives peuvent prendre la forme de ludothèques, de lieux d'accueil et autres activités partagées enfants/parents, de haltes-garderies en centres sociaux, de structures passerelles entre la vie familiale et l’accueil en petite section et/ou en centres de loisirs, etc.


2) Pour cette raison, et pour de nombreuses autres (dont la reconnaissance du rôle précoce des familles dans l’éducation), il conviendrait de poser comme principe que les Projets éducatifs locaux intègrent la reconnaissance et la prise en compte systématique des besoins éducatifs spécifiques des enfants de moins de 6 ans et, mieux encore, des enfants de moins de 3 ans. Même si la tendance en ce sens s’avère croissante, elle est encore loin d’être généralisée, ce qui contribue à indiquer que les objectifs de respect de la continuité et de recherche de cohérence entre les temps, les espaces et les acteurs éducatifs restent centrés sur les seuls âges scolaires.


3) Pour encourager la participation des parents à la vie des services publics et associatifs d'accueil de la petite enfance (crèches collectives, haltes-garderies, crèches familiales), il conviendrait de promouvoir, sur la base d'un échange de pratiques évaluées au plan national, l'institutionnalisation des conseils d'établissements. La création de ceux-ci a été introduite et recommandée par une circulaire de juin 1983 relative à la participation des parents. Leur existence est également mentionnée par le décret d'août 2000 qui indique que, lorsque de tels conseils existent, ils sont consultés sur les deux volets (éducatif et social) du projet d’établissement et sur le règlement intérieur. Mais, à la différence des conseils d’école – qu’ils pourraient pourtant préfigurer, en suscitant en outre des vocations d’implication et de participation parentales - , ils ne disposent d’aucune base juridique solide voire contraignante.


4) Enfin, pour des raisons de fond et de forme, il serait souhaitable de cesser de qualifier de « maternelles » les écoles pré-élémentaires. Outre l’aspect sexiste de cette dénomination, l’enjeu est de se départir d’une représentation archaïque des structures dédiées aux jeunes enfants, laissant entendre qu’elles assurent par défaut une fonction de suppléance maternelle et déniant en partie les formations et les compétences éducatives et pédagogiques des professionnel-le-s qui y exercent. Dans différents pays, les dénominations de « petite école » ou d'« école enfantine » ont été, parmi d'autres, proposées.

 

Frédéric Jésu
Vice-président de DEI-France

 

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