Penser la jeunesse de demain

Atelier b : La Jeunesse, Ligue de l’enseignement


Nos enfants ne sont plus uniquement nos enfants. Ils doivent se constituer en une personne qui se nourrit, certes, de sa filiation mais s’en détache aussi largement. Ainsi nos jeunes ont désormais bien d’autres horizons que la famille ou l’école. Constamment sollicités par des flux d’informations extérieurs, adeptes des réseaux sociaux, nos jeunes se cherchent et se construisent, en interaction permanente avec un monde de plus en plus divers et globalisé, en proie à des évolutions structurelles rapides et d’ampleur : culturelles, économiques, technologiques, sociologiques bien sûr. Entre immédiateté et réactivité, crise d’identité et soubresauts violents, la société influe sur les modes de construction individués de nos jeunesses, infusent leur environnement et induisent leurs comportements.


Au-delà de critiques faciles quant à leurs lacunes supposées ou réelles, nos jeunesses, dans leur richesse et leur diversité, constituent notre avenir, commun et partagé et sont autant d’espoirs de renouvellement d’une société en souffrance et sans devenir, qui a fondamentalement besoin d’eux pour se soigner et retrouver un avenir.


Le choix du pluriel pour désigner les « jeunesses » signifie notre volonté de penser la jeunesse dans son ensemble et sa pluralité. Il ne s’agit pas d’opposer ce qui serait une jeunesse idéalisée à une autre qui serait problématique. Nous voulons au contraire examiner les besoins des jeunes dans leur diversité afin de prendre en compte les différents publics concernés.


En tout premier lieu, quand commence cette phase complexe et traversée de mutations qu’on qualifie souvent un peu rapidement de jeunesse ? Quand s’achève-t-elle ? Quelle période recouvre-t--elle ? Généralement compris entre 13 et 25 ans, le concept de jeunesse peut s’étirer davantage si l’on admet la conception d’un état d’adulte reposant sur des constructions objectives, symboliques ou matérielles, socialement reconnues. Dans cette logique, l’émancipation et l’accès à l’autonomie des jeunes doivent être le fil rouge de nos travaux et réflexions.
Si l’on considère les problèmes de la jeunesse au plus près de l’action publique, à l’échelle d’un territoire, ils ressortissent à la quasi-totalité des compétences des collectivités territoriales.


Tous les secteurs majeurs -retenus par ailleurs parmi leurs compétences obligatoires- sont en effet concernés. Les transports tout d’abord, qui par leur fonction de désenclavement et d’irrigation des territoires, s’imposent comme essentiels. Comment en effet s’émanciper de son environnement si l’on reste enfermé dans son lieu de naissance, faute de pouvoir se déplacer ? Les conditions d’accès aux études des jeunes, collégiens et lycéens, sont quant à elles largement influencées par le bâti existant, la carte scolaire et la carte des formations inscrites dans le schéma régional. Les conditions de logement dans lesquelles les jeunes vivent et étudient, s’avèrent aussi décisives, d’où l’importance d’un cofinancement du logement social étudiant par les Conseils Régionaux. L’accès aux soins et la prise en charge de certaines prestations spécifiques de santé, comme la réflexion autour du remboursement de la pillule du lendemain dans le cadre d’une sexualité comportementale mieux maîtrisée, sont également fondamentaux. Quant à l’insertion professionnelle des apprentis, elle dépend largement de la qualité des relations nouées avec les entreprises d’un territoire donné.


Cette lecture au travers du prisme des politiques locales, notamment régionales, vise à mieux prendre en compte les capacités créatives des jeunes, afin de les valoriser, pour les considérer enfin, selon l’expression de la Communauté Européenne, comme des « ressources » incontournables, trop souvent inexploitées. Ainsi dans le domaine culturel, les collectivités territoriales sont majoritairement très impliquées dans le soutien de créations culturelles nouvelles. En matière de développement économique, les Régions favorisent aussi l’emploi des jeunes et soutiennent les jeunes entrepreneurs.


Mais au-delà d’une politique visant à combattre les inégalités sociales, et à améliorer le quotidien des jeunes, la question de leur citoyenneté et de leur reconnaissance sociale demeure fondamentale tant à l’échelle globale et nationale que territoriale.


Dans cette optique, le travail accompli par les services de l’Etat et les collectivités, dans le cadre de leurs compétences obligatoires, (mise en place des Conseils de jeunes, aides aux initiatives, soutien à la démocratie lycéenne) sont autant d’éléments positifs pour permettre aux jeunes de comprendre l’importance, et les enjeux, d’une construction sociale identitaire. Ils perçoivent ainsi davantage la richesse de leur contribution sociale, le rôle qu’ils ont à y jouer, et les responsabilités qu’ils seront amenés à assumer, dans une société de plus en plus fragmentée et massivement individualisée, où la solidarité intergénérationnelle se doit plus que jamais, de jouer son rôle fondateur de ciment social. Il est par conséquent indispensable de faire évoluer les regards et les discours sur une jeunesse certes malmenée, car première victime collatérale d’une crise de confiance profonde et sociétale, mais aussi active et engagée, légère et grave, en doute mais voulant y croire, pour peu qu’on lui en donne les moyens.


C’est en grande partie au travers d’une coopération resserrée associant l’Ecole, les différents services de l’Etat, les collectivités territoriales, les associations éducatives, les parents et les jeunes eux-mêmes, qu’une meilleure prise en compte des besoins exprimés par ces derniers doit pouvoir se faire jour, dans le respect des valeurs républicaines. Leur légitime revendication, d’être entendus, reconnus et intégrés à une société qu’ils irriguent de leurs énergies et contribuent à faire évoluer, passe aussi par une meilleure représentation de nos jeunes, dans toutes les instances de la vie publique et collective : conseils jeunesse, actions collégiens, maison des lycéens…


Tous les personnels d’éducation doivent être sensibilisés et formés à accompagner activement tous types d’initiatives positives pour la communauté dans son ensemble. Or ces derniers, ont encore trop souvent le sentiment de voir leur action éducative, de soutien ou d’accompagnement, s’ajouter à une multitude de projets juxtaposés, sans réelle articulation claire et définie entre eux, ce qui ne peut que contribuer à un sentiment d’impuissance généralisée à construire de la cohérence. Une succession de gouttes d’eau dans un gobelet percé…
Fort de ce constat partagé, l’objectif de l’atelier dédié à la jeunesse doit pouvoir aider à expliciter les enjeux d’une éducation partagée et à rendre transparent l’ensemble des actions existantes des partenaires, afin de permettre d’esquisser quelques pistes de progrès concrets pour l’avenir.


Quelques questions méritent notamment d’y être examinées :


-Comment former des éducateurs conscients de l’interdépendance de leurs rôles respectifs (enseignants, animateurs, parents) et favoriser des espaces de dialogues et d’échanges de pratiques?
-Comment s’appuyer sur les pratiques déjà existantes dans certains territoires, et qui donnent de bons résultats, pour impulser un nouveau souffle aux projets éducatifs territoriaux ?
-Comment faire émerger des modalités d’organisations plus représentatives, plus fortes de diversité, plus impliquées et mieux reconnues, afin de permettre une revalorisation, tant des métiers de l’éducation et de la jeunesse, que de la fonction parentale elle-même?
-Comment enfin remettre les jeunes au coeur de leurs projets et de leur parcours de réussite personnelle, et soutenir non seulement leur expression mais aussi accompagner leurs initiatives ?

 

Marie-Chantal Genemaux

Chargée de mission politiques éducatives à la Ligue de l'enseignement

Assises nationales de l’éducation – 5 juin 2010
Textes préparatoires aux ateliers

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