Cigale ou fourmi, les nouvelles pratiques du tourisme

2009, annus horribilis pour le tourisme. 2010 fait renaître quelques espoirs. Malgré des chiffres encore maussades, les Français recommencent à penser exotisme. Des envies et des pratiques qui ont légèrement évolué avec la conjoncture.

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2009, annus horribilis pour le tourisme. 2010 fait renaître quelques espoirs. Malgré des chiffres encore maussades, les Français recommencent à penser exotisme. Des envies et des pratiques qui ont légèrement évolué avec la conjoncture.
On se restreint, on raccourcit les séjours, on annule parfois. En pleine débandade des marchés, en 2009, les Français ont été 56% à partir en court ou long séjour, soit le chiffre le plus bas depuis 2003, selon le baromètre Opodo 2010. Il souligne néanmoins que les consommateurs continuent de considérer leur dose d'évasion comme essentielle. Quitte à ne «partir qu'un week-end», parfois «plus d'une semaine, mais très rarement quinze jours», comme le raconte une employée de l'agence Cap 5 Voyages.
Le tourisme de loisir n'est plus le même. Enterrée, la réservation six mois à l'avance, avec conservation méticuleuse des billets dans la commode conjugale. Les consommateurs réservent sur Internet, et, phénomène lié à la crise, à la dernière minute. «Il y a deux formes de réservation de dernière minute», explique Philippe Laloue de l'Organisation nationale des professionnels du voyage (Snav). «Le client attend car il n'est pas sûr de ce qui va se passer pour lui, par peur d'un plan social qui lui tombe dessus, poursuit-il. L'autre forme, c'est le client en quête de bas prix qui sait que les compagnies soldent, les derniers jours, les lots de sièges ou de chambres d'hôtels invendus». Une tendance qui s'étend même aux voyages de noces, d'après Cap 5 Voyages.

 

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Place à la débrouille. On rafle les séjours bradés, on s'échange les bons plans (comme sur Youvox.fr), on profite des pays en plein marasme et de la dégringolade des monnaies (lire par exemple ce «guide du crevard»). Les Etats-Unis sont devenus une destination de premier plan, dollar faible oblige, confirment les voyagistes interrogés. Et puis il y a l'immuable bassin méditerranéen, prisé par ceux qui ont un budget restreint et besoin de soleil, comme l'explique cette employée de Selectour.

Depuis quelques mois les billets d'avion se vendent de nouveau (selon la Snav), et le Conseil mondial du voyage et du tourisme prévoit une augmentation des déplacements d'environ 2,5% en 2010. Une amélioration progressive qui accompagne les désirs d'escapade des consommateurs prêts à investir cher, et à partir loin. Départ façon baroudeur au Canada, voire virée en famille vers des îles reculées, les gens semblent exprimer le besoin, d'après une autre employée de Selectour, «d'échapper à la morosité ambiante».

Cigale ou fourmi, le touriste s'adapte à la nouvelle donne économique, et profitera peut-être de la reprise de 2010 pour chanter... tout l'été.

 

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