La crise, six pieds sous terre

   «Offre Spéciale : 500 € de remise immédiate sur tous les monuments. Devis gratuit.» On ne peut pas rater l'affiche, visible dans la vitrine des Pompes Funèbres Générales (PFG) de Lille.

 

vitrine pfg lille © Pascal Raiche-Nogue vitrine pfg lille © Pascal Raiche-Nogue

 

 

«Offre Spéciale : 500 € de remise immédiate sur tous les monuments. Devis gratuit.» On ne peut pas rater l'affiche, visible dans la vitrine des Pompes Funèbres Générales (PFG) de Lille. Pourtant, garantit le croque-mort, cette «offre spéciale» n'est pas liée à la crise économique. C'est là toute la difficulté: pour la plupart de celles et ceux qui travaillent dans ce secteur, les problèmes économiques ne datent pas d'il y a deux ans. Certes, les clients semblent plus attentifs à leurs deniers au moment d'enterrer leur proches, mais ce serait une tendance générale. Une tendance que la crise a renforcée.

«Les gens font le tour, ils demandent des devis, ils réfléchissent plus avant de choisir», explique la vendeuse d'une enseigne de pompes funèbres de Lille Sud. Pour elle, tout est affaire de choix : «Les choix matériels sont importants. Les plaques, les fleurs artificielles, les gens n'en veulent plus. Quant au cercueil, ils avaient le sentiment que les morts en méritaient un beau. Aujourd'hui, ils se disent que de toute façon il finira enterré.»

 

Chez les musulmans, le cercueil ne revêt pas la même importance. «Normalement, on utilise un linceul, mais en France, on est obligé d'avoir un cercueil. C'est pourquoi nous n'en proposons qu'un modèle», explique Hadid Abdellah, des pompes funèbres musulmanes El Ouadjib. Du coup, les familles font des économies ailleurs, surtout lorsque le défunt est enterré à l'étranger :



Dans le secteur, un constat fait l'unanimité : on ne loue plus son emplacement pour la même durée qu'avant. «Il y a cinq ou six ans, les gens prenaient la plus grande concession: cinquante ans. Maintenant, ils prennent le minimum, dix ou trente ans», explique Hadid Abdellah. A Lille, une concession pour 30 ans coûte 357 € ; 963 € pour 50 ans (avec caveau).

Autre phénomène qui prend de l'ampleur: les paiements différés ou en plusieurs fois. «Les gens demandent des délais ou veulent payer petit à petit, en trois ou quatre fois sans frais», explique-t-on aux PFG. Il en va de même aux pompes funèbres musulmanes:

Certains font preuve de prévoyance et choisissent de payer leurs arrangements funéraires de leur vivant. D'où la croissance des «contrats obsèques», relevée par l'ensemble des croque-morts:


A El Ouadjib, le prix moyen d'une inhumation, selon Hadid Abdellah, est de «2000, 2200 €». Aux PFG, cela peut aller «de 1513 € à 10 000 €». La crémation, elle, peut être «moins chère de 400 €». D'où une préférence accrue pour cette option, qui représente «près de 35% des prestations».


fleurs  © Pascal Raiche-Nogue fleurs © Pascal Raiche-Nogue


Selon une fleuriste de Lille Sud, «depuis sept ans, le budget fleurs pour un enterrement est de moins en moins important. Il a baissé de 20 à 30%. Les gens se cotisent pour acheter un gros bouquet, au lieu d'en acheter plusieurs de petite taille.»


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas forcément les pauvres qui investissent le moins dans les funérailles: «Parfois des familles modestes font de gros efforts, tandis que des riches n'investissent pas beaucoup», affirme-t-on aux PFG.


Mais pour ceux qui n'auraient vraiment pas les moyens, la ville de Lille proposera d'ici peu d'acheter des tombes d'occasion. Hamid Aït Ali, conservateur du cimetière de l'Est à Lille, détaille ce service : «C'est une démarche sociale. Les familles font leur demande, qui est acceptée sous condition de ressources. On récupère les tombes de concessions non-renouvelées depuis deux ans, on efface les inscriptions et on les nettoie. Un monument coûte de 50 à 400 €, contre 1400 € chez un marbrier.»

 

Pour le moment, quatre demandes ont été déposées.

 

cimetière du sud lille © Pascal Raiche-Nogue cimetière du sud lille © Pascal Raiche-Nogue

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.