Lídia Jorge, La couverture du soldat

 Vendredi 10 avril, l'association de lecteurs Les Filles du loir a le grand plaisir d'inviter l'auteure portugaise Lídia Jorge pour une rencontre à la Maison de la poésie à Paris.

 

Vendredi 10 avril, l'association de lecteurs Les Filles du loir a le grand plaisir d'inviter l'auteure portugaise Lídia Jorge pour une rencontre à la Maison de la poésie à Paris.

Lídia Jorge © Jean-Luc Bertini Lídia Jorge © Jean-Luc Bertini
Jany, adhérente des Filles du loir, a lu et beaucoup aimé La Couverture du soldat, roman paru aux éditions Métailié en 1999 et traduit du portugais par Geneviève Leibrich. Voici ce qu'elle en dit :

Portugal, début du XXe siècle. La terre portugaise, sa texture, son odeur, sa valeur qu'il faut augmenter au prix du travail des hommes. Toujours plus, se dit le grand-père puisque « la richesse viendra de la terre ». Le patriarche veut enrichir la famille, et transmettre l'héritage à ses fils : « Les Dias unis, les Dias fourbus, parfaits, qui cultivaient les terres du père depuis leur enfance comme si elles leur appartenaient déjà, qui donnaient l'exemple aux autres familles, qui achetaient pour trois sous des lopins de terre qu'ils transformaient en un an en jardins de fèves, à la sueur de leur front. » 

Mais Walter Dias, le plus jeune, aime la liberté et dessiner des oiseaux : «... il les dessinait et vendait ses dessins. Puis, sans plus aucune retenue il allait chercher du papier à dessin, des couleurs et des crayons et toutes sortes d'instruments, et il dessinait et il encadrait ses dessins dans la cour, comme un misérable encadreur. Le benjamin de Francisco Dias, vendait des dessins d'oiseaux et refusait de travailler. » Il fuit le vieil autoritaire et la maison familiale. Il laisse Maria-Emma, sa fille qui devra considérer comme son père l'oncle boiteux auquel on marie sa mère pour réparer la faute de Walter. Maria-Emma raconte le passé de l'éternel envolé. Walter, ce soldat qui, dit-on, couche toutes les belles filles sur sa couverture ; la couverture du soldat, qu'il porte toujours avec lui dans ses voyages à travers le monde.

Maria-Emma lit l'Illiade et rêve de son père qu'elle verra si peu : «elle ne parlait pas, elle ne posait pas de question, elle écoutait. Elle prenait plaisir à imaginer l'autre face des choses.» Des pays lointains, il envoie des oiseaux dessinés et des lettres. A quinze ans la jeune fille se sent déjà vieille, elle dort le revolver de Walter glissé sous son oreiller. Et tandis que ses oncles quittent la maison pour aller chercher fortune dans l'émigration, Maria-Emma reste au milieu des terres immenses, qui ne valent plus rien. Elle se tient là, parce qu'il n'y a que dans cette maison qu'elle peut se livrer, en le disant, à son amour infini pour Walter.

Dans ce roman de Lídia Jorge, que j'ai lu d'une traite, j'aime avant tout l'écriture. Une écriture très poétique, fortement impliquée mais qui sait aussi rester à distance. La narratrice est une fillette qui vit dans un monde à part, comme si elle était spectatrice de ce qui se passe autour d'elle. Cet effet est produit par une grande attention portée aux détails. L'observation de la réalité concrète, sa minutieuse description, n'est pas qu'un enfermement : elle ouvre sur toutes les représentations que la fillette se fait de son père absent, sur tout ce qu'elle imagine à partir du w de son prénom, « deux v s'envolant à tire d'ailes ». Cette écriture à la fois intime et distancée, permet des allers-retours entre le monde intérieur de l'enfant (qui grandit), et le monde extérieur dans lequel elle semble n'avoir que peu d'importance. Ce qui la fait tenir debout, c'est son père ou plutôt les projections qu'elle se fait de ce père presque mythique. Il y a du vrai mêlé au faux, des rumeurs, des mensonges, de la dissimulation : difficile de se construire une identité dans cette ambiance familiale. Maria-Emma n'existe pas réellement, elle n'existe pas pour elle-même et ce problème d'identité, d'être au monde, se ressent fortement à travers le style très singulier de Lídia Jorge.

La structure du récit est complexe, et particulièrement la chronologie, le rapport aux différents moments de l'histoire de cette femme et de cette famille. Il y a des va-et-vient dans le temps, selon une chronologie intuitive, imprécise, qui s'organise autour de la figure du père. C'est l'image de Walter qui fait le lien entre toutes les époques, et à partir duquel la narratrice se construit un temps intime, son temps à elle. La couverture du soldat, évoque aussi, à travers la succession des générations, le Portugal et les bouleversements que la grande histoire a produit dans les familles au XXème siècle. Le personnage d'Emma-Maria est fascinant par sa densité. Quelle présence pour un être qui semble exister si peu !

Vendredi 10 avril 2014 à 19h30 Les Filles du loir reçoivent Lidia Jorge à la Maison de la poésie 157 rue Saint-Martin 75003 Paris

 Réservation obligatoire au 01 44 54 53 00 du mardi au samedi de 15 à 18h

https://www.facebook.com/lesfillesduloir

 


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