Cécile Oumhani, l'empathie au cœur de la création littéraire

Le samedi 23 novembre 2013, les Filles du loir recevront l'écrivain Cécile Oumhani, qui présentera sa « Bibliothèque idéale ». Cette rencontre, ouverte à tous, aura lieu à la Bibliothèque Couronnes dans le vingtième arrondissement de Paris. Ce sera l'occasion de mieux connaître Cécile Oumhani à travers les œuvres qui ont compté et comptent encore pour elle. Delphine Lizot, l'une des fondatrices de l'association de lecteurs Les Filles du loir, évoque un auteur qu'elle apprécie particulièrement.

Delphine Lizot Delphine Lizot
 Juliette Keating : Comment as-tu découvert l’œuvre de Cécile Oumhani?

 Delphine Lizot : J'ai d'abord découvert la maison d'édition Elyzad. Les Filles du loir sont très attentives aux petits éditeurs, qui ne disposent pas d'une grande couverture médiatique mais font un boulot formidable pour publier des textes de qualité. Je suis intéressée par les cultures arabes, et plus largement par la culture orientale, et j'ai donc été attirée par Elyzad : c'est une maison d'édition située à Tunis, qui publie depuis 2005 des auteurs francophones. Parmi les auteurs publiés par Elisabeth Daldoul, la fondatrice d'Elyzad, j'aime particulièrement les textes de Cécile Oumhani.

 JK: Qui est Cécile Oumhani?

 DL : Cécile Oumhani vient d'une famille multiculturelle, à la fois anglophone et francophone. Elle a découvert la Tunisie plus tard, grâce à son mari, mais elle est fortement attachée à ce pays. Elle voyage beaucoup, curieuse de connaître de l'intérieur des cultures très éloignées de son milieu d'origine. La confrontation des cultures, les dialogues entre les cultures sont des thèmes qui reviennent souvent dans ses textes. Mais il faut dire que Cécile Oumhani est d'abord un poète, qui a publié une dizaine de recueils poétiques. Dans ses six romans, on retrouve cette écriture poétique, une prose sensuelle et très sensible. Dernièrement, Cécile Oumhani vient de publier Tunisie, carnet d'incertitude (Elyzad), qui se présente comme un journal personnel, composé de courts textes dans lesquels elle témoigne de l'actualité de la Tunisie, de son enthousiasme au moment du « printemps arabe », mais aussi des difficultés qui ont suivi, des déceptions, des assassinats, de l'emprisonnement d'Amina, l'ex-Femen tunisienne. Ce qui me touche beaucoup dans les textes d'Oumhani, c'est son écriture sensible et l'empathie qu'elle réussit à transmettre au lecteur.

Cécile Oumhani © Jean-Luc Bertini Cécile Oumhani © Jean-Luc Bertini

 JK : Les Filles du loir l'avait déjà invitée pour une rencontre...

 DL : Oui, en mars 2013, avec un autre auteur de chez Elyzad, Yamen Manai. Nous avions rencontré Cécile Oumhani pour son roman Une odeur de henné, publié en 1999 et réédité par Elyzad en 2012. A travers le personnage de Kenza, une jeune médecin tunisienne qui vient à Paris pour son travail

de recherche, Cécile Oumhani s'interroge sur les bonheurs et les difficultés de l'héritage culturel et sur les obstacles qui peuvent surgir et freiner la volonté d'émancipation des femmes.

 JK : Et le 23 novembre, ce sera une nouvelle rencontre organisée par Les Filles du loir, cette fois dans le cadre de la « Bibliothèque idéale »?

 DL : Cécile Oumhani revient nous voir avec sa « bibliothèque idéale », qu'elle présentera à la Bibliothèque Couronnes qui est spécialisée dans les ouvrages sur la culture du monde arabe. Nous tenterons de tisser des liens entre les textes dont elle va parler et son œuvre.

 JK : Tu connais déjà les œuvres choisies par Cécile Oumhani...

 DL : Oui, bien sûr. Pour préparer la rencontre nous avons lu, vu ou écouté toutes les œuvres listées par Cécile Oumhani. Elle va nous parler de littérature mais aussi de cinéma et de musique! Sans tout dévoiler, je peux dire que les œuvres qui composent la bibliothèque idéale de Cécile Oumhani sont traversées par certaines thématiques ou problématiques communes. On retrouve, d'abord, son goût pour le roman psychologique à travers un intérêt marqué pour les auteurs femmes : Virginia Woolf ou Madame de Lafayette. Le thème de l'amour est aussi très présent avec celui de la confrontation des cultures : Cécile Oumhani va évoquer le Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durell. Dans sa bibliothèque idéale, on trouve aussi de nombreux portraits de femmes, des femmes prises dans des événements historiques dont elles subissent les conséquences : les guerres, par exemple ou encore des portraits de femmes qui s'émancipent, comme dans le beau film Charulata de Satyajit Ray dont nous projetterons un extrait.

 JK : Cette thématique, de la femme « ordinaire » prise dans les événements politiques ou historiques, on la retrouve dans les romans de Cécile Oumhani...

 DL : Dans Le café d'Ylka, paru en 2008, par exemple. Au départ de la création il y a, chez Cécile Oumhani, une rencontre sans parole, une impression sensible qui donne une clé d'entrée dans l'univers romanesque. Pour Le café d'Ylka, Oumhani raconte qu'elle a croisé par hasard une femme et ses enfants pendant la guerre en Bosnie. Elle ne leur a pas parlé. C'est le regard particulier de cette femme qui a déclenché le besoin d'écrire ce roman, qui fait le portrait d'un peuple en guerre raconté de l'intérieur. Là encore, il s'agit d'une femme « ordinaire » prise dans la grande Histoire. J'aime cette idée que des micro-événements de la vie quotidienne, qui pourraient passer inaperçus, font basculer l'auteur dans l'écriture.

 JK : Autres thèmes abordés dans la bibliothèque idéale de Cécile Oumhani?

 DL : Celui de l'engagement politique, notamment à travers la figure de Salman Rushdie. Et puis le thème de la prose poétique, liée au goût de Cécile Oumhani pour la poésie de Celan, de Jaccottet, ou encore celle du poète arabe, Irakien, Badr Chaker Es-Sayyab, ainsi que son goût pour la musique, de Bach au musicien tunisien Anouar Brahem, dont nous diffuserons samedi certaines compositions. Les adhérents de l'association les Filles du loir, comme toutes les personnes présentes à cette « Bibliothèque idéale », auront l'occasion d'interroger Cécile Oumhani et de mieux connaître un auteur dont l’œuvre est à la fois subtile et engagée.  

Cécile Oumhani © Jean-Luc Bertini Cécile Oumhani © Jean-Luc Bertini
Bibliothèque idéale de Cécile Oumhani, samedi 23 novembre 2013 à 15h30. Bibliothèque Couronnes, 66 rue des Couronnes, 75020 Paris.

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