Venez rencontrer et écouter Lydie Salvayre!

Vendredi 17 novembre, l’association de lecteurs et lectrices Les Filles du loir reçoit Lydie Salvayre pour son livre «Pas pleurer», prix Goncourt 2014. Entrée libre à la librairie L'ImagiGraphe, Paris (19 heures).

Pas pleurer Pas pleurer
Quand Montse, enceinte du seul homme qu'elle ait aimé, décide de quitter «la grande ville catalane où les milices libertaires se sont emparées du pouvoir», ses rues où flottent «une euphorie, une allégresse et quelque chose d'heureux dans l'air» qu'elle n'a jamais connu et de rentrer chez ses parents, on voudrait crier non! Non, pas ça. Pas, après la découverte de la vie pendant ce court mois d'août 1936, l'automne précoce du retour au village où l'attend sa mère et la résignation au mariage comme issue raisonnable à sa situation délicate. Mais Montse a seize ans, elle porte l'enfant de celui que ses filles appelleront entre elles «André Malraux» parce qu'il était français, lui a dit se prénommer André et qu'elle n'a pas eu le temps, cette nuit-là, de lui en demander plus. Elle n'est pas l'héroïne d'un de ces romans d'amour qu'elle n'a jamais lu, mais une jeune femme espagnole, pauvre, dans un pays en guerre civile, guerre dont on connaît l'issue. Montse est attirée par la vie et par ce qu'elle exige de révolte, à une époque où il n'était pas vraiment question de liberté pour les femmes, mais de convenances, de maternités légitimes en espérant un garçon, et de fermer sa gueule. Il lui faudra consentir à clore la parenthèse du bonheur et de l'enthousiasme libertaire, renoncer à l'espoir de l'impossible retrouvaille d'«André Malraux» et continuer d'exister aux côtés d'un mari communiste avec lequel elle n'a rien de commun, subir la guerre qui s'insinue partout, dans l'intimité des familles, jusqu'au drame, jusqu'à la défaite.

Lidia, l'écrivaine, la deuxième fille de Montse, écoute sa mère raconter son «été radieux» de 1936, bien des années plus tard, en France, la terre d'exil périlleusement gagnée pour fuir la dictature franquiste et ses purges. L'âge lui a fait oublier beaucoup, mais pas cela, «cet été de jeunesse totale» : «De tous ses souvenirs, ma mère aura donc conservé le plus beau, vif comme une blessure. Tous les autres (à quelques exceptions près, parmi lesquels je compte ma naissance), effacés. Tout le pesant fardeau des souvenirs, effacé. Soixante-dix années d'un hiver interminable dans un village du Languedoc, effacées et à jamais muettes, pour des raisons que j'ai du mal à cerner, médicales peut-être ou bien (et cette hypothèse reste pour moi des plus troublantes) parce qu'elles n'ont compté pour rien.»

Vivre, vivre pleinement, même un mois seulement, c'est avoir vécu. On ne peut pas toutes se prévaloir d'une telle intensité, fut-elle éphémère. Lydie Salvayre écoute sa mère raconter sa jeunesse dans cette «langue mixte et transpyrénéenne» qui est la sienne, et transmet son récit en conservant toute la saveur poétique de cette parlure si particulière. Ces «heures inolvidables (me dit ma mère) et dont le raccord, le souvenir ne pourra jamais m'être retiré, nunca nunca nunca», sont consignées par la fille pour en conserver la mémoire en même temps qu'elle détourne «pour un temps du néant auquel il était promis» le nom de la jeune femme «heureuse et paisible» qu'elle a été.

La guerre civile a tordu le cours du destin : la fille de paysan ne sera jamais la domestique à l'air «bien modeste» que la naissance lui promettait mais qu'elle avait en horreur. La guerre, pour Montse, «est tombée à pic nommé». Elle lui donnera tout, l'espace d'un été puis lui retirera tout sauf son enfant et ses souvenirs, lui prendra son frère tant aimé, être exalté qui lui a ouvert les yeux sur cette vie cachée dont elle n'aurait pu, sans lui, imaginer la réalité.

En contrepoint du récit maternel, Lydie Salvayre fait résonner le glas de cet autre récit : celui des crimes commis par les nationalistes avec la connivence de l’Église, des exécutions sommaires de Républicains dans le sang avec la bénédiction de l’Église, des meurtres de civils avec l'absolution de l’Église, que l'écrivain Bernanos, «monarchiste, catholique, héritier des vieilles traditions françaises» découvre, horrifié, lors de son séjour à Majorque. Infamies bénites qui seront à l'origine de la rédaction lucide des Grands Cimetières sous la lune. «Tandis que le récit de ma mère sur l'expérience libertaire de 36 lève en mon cœur je ne sais quel émerveillement, je ne sais quelle joie enfantine, le récit des atrocités décrites par Bernanos, confronté à la nuit des hommes, à leurs haines et à leurs fureurs, vient raviver mon appréhension de voir quelques salauds renouer aujourd'hui avec ces idées infectes que je pensais, depuis longtemps, dormantes.»

Non, pas ça! Pas le pire à nouveau, sous des formes à peine changées. Ils ne passeront pas : on répète aujourd'hui le slogan comme un mantra, mais le beau livre de Lydie Salvayre rappelle que la mort fut, dans l'Espagne de 36 et 37, pendant la dictature de Franco, le maître.

Mais Montse se souvient, et le confie à sa fille : «Que j'aime vivre, je me disais, me dit ma mère.»

Les filles du loir. Rencontre avec la romancière Lydie Salvayre pour nous parler de son livre Pas Pleurer, Prix Goncourt 2014 le vendredi 17 novembre à 19h à la librairie l'ImagiGraphe 84 rue Oberkampf 75011 Paris.

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