PALMYRE par Paul Veyne

Le grand historien de l’Empire gréco-romain, Paul Veyne, ulcéré par la destruction de Palmyre, vient de publier une évocation de la cité antique. Jadis, à partir de cet oasis fastueux, porte de l’Orient ancien, la fameuse reine Zénobie tenta de conquérir l’Empire romain alors à son apogée.

Les temples et l'agora de Palmyre Les temples et l'agora de Palmyre

 

Ce petit livre de 142 pages a été rédigé après la récente destruction de Palmyre, cité millénaire classée au patrimoine de l’humanité par l’Unesco depuis 1980. L’organisation terroriste de sinistre réputation Daech a perpétré ce saccage incompréhensible qui fait penser aux autodafés de l’inquisition au Moyen-âge ainsi qu’à ceux des nazis au siècle dernier. Aussi l’ouvrage est-il dédié à l’archéologue syrien Khaled al-Assad, directeur général des antiquités de Palmyre de 1963 à 2003, torturé puis décapité le 18 août 2015 par les terroristes.

Paul Veyne esquisse un portrait de Palmyre, cet irremplaçable trésor. Ceux d’entre nous qui ont eu la chance de visiter ce site archéologique magique en plein désert en gardent la nostalgie à jamais. Les huit planches en couleur qui accompagnent le texte ne sauraient restituer la beauté sublime des vestiges antiques au lever du soleil, lorsque les rayons caressent et dorent ces pierres vénérables dressées dans le sable. Pour le grand historien, le site de Palmyre n’avait d’équivalent qu’avec les ruines de Pompéi et celles d’Ephèse. Hélas, les photos satellites montrent qu’il ne reste plus rien aujourd’hui du temple de Bêl, dynamité le 30 août 2015.

Cette florissante cité araméenne placée au carrefour des voies commerciales traversant le désert tirait sa richesse de toutes les marchandises de luxe qui affluaient vers Rome depuis la Perse, l’Inde et la Chine. Ce négoce somptuaire portant sur la soie, les cotonnades, les perles, l’ivoire, l’encens, la myrrhe et les épices dégageait un profit supérieur à dix pour un. L’historien montre que l’oasis caravanière fut aussi une république marchande qui armait des navires au long cours sur la mer Rouge. La ville était dominée par quelques familles de princes-marchands assimilés à des « capitalistes » d’aujourd’hui. Ainsi la cité hellénisée gardait une organisation oligarchique à demi tribale, donc une identité hybride dans l’Empire, une sorte de patchwork où l’on parlait principalement l’araméen et le grec.

Accédant au statut de colonie romaine vers l’an 200 de notre ère, Palmyre verra ensuite l’épopée conquérante de la reine Zénobie se taillant un empire oriental, depuis l’Egypte jusqu’à l’Anatolie, avant d’échouer dans la marche sur Rome (vers 270). Très vite comparée à Cléopâtre, Zénobie deviendra comme elle une figure de légende. Palmyre rasée par Aurélien se relèvera rapidement et reconstruira ce centre monumental incomparable, témoin de sa richesse, de son polythéisme vigoureux et de son art raffiné. Dans nos musées les portraits funéraires palmyréniens attestent encore, et espérons le pour longtemps, le souvenir de cette perle de l’Orient maintenant a jamais anéantie par les fanatiques qui veulent détruire l’histoire des hommes pour mieux les asservir.

« Palmyre. L’irremplaçable trésor »,  chez Albain Michel (2015). « Palmyre. L’irremplaçable trésor », chez Albain Michel (2015).

Paul Veyne (né en 1930), issu de l’Ecole Normale Supérieure, est un éminent historien de l’antiquité gréco-romaine, professeur au Collège de France de 1975 à 1998. De ses derniers ouvrages on retiendra surtout :

- « L’Empire gréco-romain » ((2005), aussi monumental qu’indispensable ;

- « Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) » (2007), comment le monothéisme choisi par Constantin a fusionné avec l’état et la société ;

- « Mon musée imaginaire » (2010) où il commente les chefs-d’œuvre de la peinture italienne ;

- enfin sa présentation et sa traduction nouvelle de « L’Enéide » de Virgile (2012).

 

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