« Pauvre comme Job » ou Un monde à réparer

Isabelle Cohen

UN MONDE À RÉPARER

Extrait

Le Livre de Job est peut-être le plus honnête des grands textes spirituels, car il se confronte directement à une question religieuse brûlante : si Dieu est bon et tout-puissant, pourquoi permet-il que les innocents souffrent ? Il s'attache à réfuter tous les discours somnifères qui cherchent à empêcher l'homme de penser sa souffrance. Il s'en prend violemment à la doctrine de la rétribution qui voudrait que tout malheur soit le résultat d'une faute, et met l'homme face à lui-même d'une manière beaucoup plus subtile. Il met aussi au jour les interactions entre l'homme et Dieu, pour aboutir à la paradoxale figure d'un homme agissant sur Dieu et médecin du monde.

Isabelle Cohen, élève de Mireille Hadas-Lebel, professeur émérite à Paris IV-Sorbonne, et du grand orientaliste du Collège de France André Caquot, nous livre l'oeuvre de sa vie. Mobilisant les ressources des commentaires antiques, médiévaux, modernes et contemporains de la tradition juive, mais aussi les apports de la philologie et de la critique biblique, elle nous offre une traduction élégante et précise ainsi qu'un commentaire exhaustif qui rend justice à ce texte intemporel.

Un monde à réparer - Cover image

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Figures libres. Est-on responsable de son malheur ?

Dix années de travail, de recherches méthodiques et de méditations personnelles ont été nécessaires à Isabelle Cohen pour aboutir à cette traduction du Livre de Job.

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« Un monde à réparer. Le livre de Job », traduit de l’hébreu par Isabelle Cohen, préface de Haïm Korsia. Albin Michel, « Grand Format », 656 p., 24 €.

 

« Pauvre comme Job », tout le monde connaît l’expression. Usuellement, on sait que la formule est liée à un récit biblique. Il est déjà plus rare d’avoir lu le texte. Et il n’y a plus grand monde quand il s’agit de prendre toute la mesure des questions philosophiques soulevées par les affres de Job, leur évolution, leur subtilité.

L’histoire commence bien. Un homme pieux, « simple et droit », se réjouit de son bonheur. Il a tout : grande famille (dix enfants, sept fils et trois filles), vaste fortune (notamment 7 000 ovins, 3 000 chameaux, 500 ânesses…), ample domesticité. Du jour au lendemain, il perd tout : ses enfants périssent dans divers accidents simultanés, ses biens sont détruits, les animaux tués ou brûlés. Il se retrouve nu comme au premier jour. Et, pour que son malheur soit complet, une grave maladie de peau le ronge.

Ramifications multiples

Pourquoi ? Qu’ai-je fait, que n’ai-je pas fait qui me vaut cette souffrance ? Ces questions taraudent Job, dont la figure incarne depuis des millénaires le malheur absolu, celui qui foudroie un homme juste sans raison apparente. S’interroger en sa compagnie conduit évidemment à mettre Dieu en examen. En effet, soit c’est bien Dieu qui inflige ce malheur extrême à un innocent, et en ce cas il est cruel. Soit ce n’est pas Dieu qui cause ces tourments et il se révèle impuissant, incapable de protéger le juste d’un sort injuste. Depuis des millénaires, d’innombrables commentaires ont creusé ces interrogations, exploré leurs ramifications multiples.

Dix années de travail, de recherches méthodiques et de méditations personnelles ont été nécessaires à Isabelle Cohen pour aboutir à ce livre, qui constituera désormais une référence. Sous le titre Un monde à réparer, elle propose une nouvelle traduction du Livre de Job à partir de l’hébreu, assortie de commentaires savants et éclairants, et d’un essai sur la portée, philosophique et spirituelle, de cette dramaturgie métaphysique.

Il...


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