Psychiatrie: l'espoir contre tout espoir

Oui, la situation de la psychiatrie en France est en train de tourner à la catastrophe nationale. Ce n'est pas un scoop: le fait est que depuis des années, la psychiatrie en France vit un véritable naufrage, dont la presse se fait de loin en loin l'écho.

Oui, la situation de la psychiatrie en France est en train de tourner à la catastrophe nationale. Ce n'est pas un scoop: le fait est que depuis des années, la psychiatrie en France vit un véritable naufrage, dont la presse se fait de loin en loin l'écho.

Sans qu'il soit toujours bien compris, dans les rédactions comme dans le grand public, que les enjeux de ce qui se trame en ce moment  - et particulièrement depuis les cinq années scélérates du sarkozysme conduisant à une criminalisation de la folie - nous menacent toutes et tous dans ce que nous avons de plus précieux: nos libertés individuelles. 

En aout dernier, nous pensions pouvoir annoncer que les enjeux de 2013 seraient directement ceux des questions que l'on présente sous le curieux vocable de "sociétal".

Sans développer ici, nous y reviendrons dans le cadre de cette édition, ce que recouvre de manoeuvres politiques douteuses et honteuses le recours à cette expression qui semble faire passer au second plan ( derrière le primat du tout-économique ou plutôt du "tout-comptable" qui règne dans ce pays) des décisions pourtant d'une importance rien moins que symbolique, soulignons tout de même qu'en France, la souffrance est devenue en elle-même un sujet prétendument sociétal! 

Qu'il s'agisse de la souffrance des sans abris, des crève-la-faims, des vieux pauvres en EPHAD, des prisonniers maltraités par l'Etat, des chômeurs en fin de droit, des malades en fin de vie, et ici, des fous de leurs familles et de ceux qui tentent de les prendre en charge.

Depuis longtemps déjà, la cote d'alerte est franchie: la psychiatrie, désarmée et diminuée travaille comme elle le peut, avec des moyens misérables et des personnels débordés, les camisoles de force remplacées faute de véritable alternative par des camisoles médicamenteuses qui se portent désormais en ville, à domicile,  dans des solitudes chimiquées dont on n'a pas idée tant qu'on n'y est pas directement confronté. 

Le lettre ouverte adressée ce jour au Président de la République traduit cette urgence absolue, la détresse insupportable des malades en premier lieu, ainsi que celle d'une institution en perdition et des valeurs bafouées de la République.

Elle est suffisamment explicite pour que son texte sans concessions se passe presque de commentaires au moins pour les lecteurs de Médiapart. On peut compter sur eux pour la faire connaître et en faire circuler le texte partout, dans tous les réseaux!

Dans la situation désespérée que cette lettre révèle à nouveau sans complaisance, et qui est un véritable appel à l'aide,  l'espoir se réduit toujours davantage à cette formule terrible de Péguy.

"L'espoir contre tout espoir" s'applique hélas trop bien aux souffrances des malades et de leurs proches, et à une psychiatrie dont l'obstination déraisonnable à respecter sa vocation est devenue une nécessité au jour le jour, contre l'aveuglement ou la malveillance des politiques de ces dernières années.

Elle ne se passera pas d'une réponse publique, précise, engageant François Hollande sans ambiguïtés ni demi-mesures, à la hauteur des enjeux et dans l'urgence que cette "lettre ouverte" dénonce sans concessions.


Ces enjeux, cette urgence, sont directement au coeur de ce que nous tentons de faire, modestement mais sans timidité, dans cette édition précisément intitulée "avertissement d'incendie": ici comme ailleurs, on ne lâche rien, et surtout pas les plus vulnérables et les plus fragiles d'entre nous.

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