Culpabilité par associations

Notre pays et notre modèle démocratique  traversent une épreuve sans précédent. Citons en vrac quelques faits  qui parsèment notre  sombre quotidien: nous sommes les cibles des écoutes téléphoniques d’un pays étranger par son service, la NSA, sans finalement qu’aucun élu  ne s’en émeuve plus que ça.

Notre pays et notre modèle démocratique  traversent une épreuve sans précédent. Citons en vrac quelques faits  qui parsèment notre  sombre quotidien: nous sommes les cibles des écoutes téléphoniques d’un pays étranger par son service, la NSA, sans finalement qu’aucun élu  ne s’en émeuve plus que ça. Le sénat  composé par une majorité de gauche vient de consacrer l’immunité de l’un des siens dans le cadre d’une procédure judiciaire. L’antisémitisme et le racisme deviennent pour certains des spectacles d’amusement et corollaire on doit subir une régression  de la liberté d’expression du fait de l’activisme d’un ministre de l’intérieur qui reprend le modèle de comportement d’un prédécesseur. La crise économique gagne toujours en intensité sous la férule d’une doctrine monétariste et libérale  dictée par des institutions européennes incapables de respecter un vote démocratique exprimé en 2005 …

 Cette liste est non exhaustive évidemment.

 Et voilà qu’un magazine à la littérature cancanière devient le centre  de l’actualité politique !

Père la morale, retour du refoulé chacun s’y met pour commenter un non-évènement, et une information non vérifiée qui relève de toute évidence de la vie privée de tout un chacun, fut-il président de la République…

L’affaire enfle, tout le monde se rengorge, nouveau populisme qui divertit les spectateurs de ce cirque  médiatique.

 Mais il y a pire!  Quelle mouche les a piqué: la rédaction de Médiapart nous explique que  « l’appartement qui abrite les relations secrètes du président (est) lié au grand banditisme. »

 La mémoire défaille ou l’instrumentalisation est trop forte…

Croyant faire un bon coup de « Une » un dimanche après-midi, voilà une curieuse insinuation que l’on pourrait croire venue d’un tout autre horizon politique …

 Un effort de mémoire ?

 Le procès CHALABI en date du  23 janvier 1999  reste en mémoire de beaucoup de défenseurs des libertés. L’on y découvrait une bien curieuse manière d’instruire des dossiers  d’association de malfaiteurs ayant pour objet de préparer un acte terroriste. Le moindre propriétaire d’un appartement où l’un des locataires  avait hébergé un soir une personne soupçonnée par la police  de fréquenter des milieux proches de réseaux terroristes pouvait être considéré comme une recrue dotée d’intention criminelle… On assiste d’ailleurs à, cette époque à la notion "d’appartement terroriste"  qui semble vivace aujourd’hui encore.…

 Plus près de nous l’affaire de Tarnac  ( 4 avril 2008) pointe sur  le devant de l’actualité  des procédés mais surtout des raisonnements expéditifs en matière de preuve dès que l’on parle de terrorisme.

2001/2014 : toutes ces années de doctrine sécuritaire nous amènent souvent dans une confusion des concepts et des esprits. Lutter contre le terrorisme ou la délinquance organisée ce n‘est pas voir des terroristes partout,  et d’associations d’idées en conclusions hâtives expliquer que finalement le Président de la République aurait eu des contacts indirects avec le grand banditisme parce qu’il serait passé dans un appartement qui peut-être aurait été loué par une ex-compagne d’un potentiel criminel qui était d’ailleurs décédé  plusieurs mois plus tôt…

 Il y a là comme un abus de langage , une présomption de culpabilité par associations sémantiques et par capillarité immobilière !!!!

Brazil

Finalement compte tenu de caractère massif des écoutes en vigueur dans ce pays et les démocraties occidentales, tôt ou tard votre nom ou homonyme sera relevé dans une communication qui se rattachera à la surveillance d’un  réseau potentiellement criminel… et en plus la presse d’investigation étalera sur le net votre patronyme parce que c’est un scoop..

 Je me demande pourquoi beaucoup d’entre nous ont milité pour le respect de l’Etat de droit et de la présomption  d’innocence.

 Notre société ressemble à l’univers du film  Brazil, et pour le coup notre  Sam Lowry  ( bureaucrate d'un monde rétro-futuriste totalitaire qui essaye de corriger une erreur administrative et qui  va lui-même devenir un ennemi de l’État.http://fr.wikipedia.org/wiki/Brazil_(film,_1985) se nomme... François HOLLANDE.

 Gilles SAINATI

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