Vietnam: Propriété ou propreté intellectuelle?

Dans un précédent article, nous évoquions le nouveau décret vietnamien sur l’internet (décret 72/2013/ND-CP) qui fait peser de lourdes menaces sur une liberté d’expression en ligne déjà mal en point. Entre-temps, la communauté internationale s’est fortement émue de ce texte en découvrant qu’il « interdit l’échange en ligne “des informations d’actualité” et [dispose] que Facebook et Twitter ne pourront être utilisés que “pour fournir et échanger des informations personnelles” »

Dans un précédent article, nous évoquions le nouveau décret vietnamien sur l’internet (décret 72/2013/ND-CP) qui fait peser de lourdes menaces sur une liberté d’expression en ligne déjà mal en point. Entre-temps, la communauté internationale s’est fortement émue de ce texte en découvrant qu’il « interdit l’échange en ligne “des informations d’actualité” et [dispose] que Facebook et Twitter ne pourront être utilisés que “pour fournir et échanger des informations personnelles” » (« Au Vietnam, prière de ne pas parler d'actualité sur Facebook », Libération 6 août 2013).

Face à la levée de bouclier des ONG, mais surtout sans doute des partenaires du Vietnam, en premier lieu des États-Unis d’Amérique (avec lesquels le Vietnam espère instaurer des relations de libre-échange), le gouvernement vietnamien s’est senti le devoir de clarifier les choses :

La directrice en charge de l’information en ligne au sein du Ministère vietnamien de l’Information et des Communications, Mme Nguyen Thanh Huyen, a ainsi dénoncé auprès de l’agence Reuters (voir « Vietnam rebuffs criticism of ‘misunderstood’ web decree », Reuters, 6 août 2013) la mauvaise interprétation du texte : « Nous n’avons jamais interdit aux gens de partager les informations ou de publier des liens vers les nouvelles [publiées] sur les sites web. [Ce texte] a été absolument mal compris ». Elle continue en affirmant que le décret n’est pas contre les droits de l’Homme et que l’article incriminé ne vise qu’à protéger la propriété intellectuelle et le copyright, et à lutter contre le plagiat !

On pourra dire que le Vietnam, souvent accusé de pirater les logiciels et de mal protéger le droit à la propriété intellectuelle, est habile. Il est surtout cynique et de mauvaise foi… ce qui semble être la marque du gouvernement vietnamien.

Une autre affaire secoue en effet actuellement les relations américano-vietnamiennes. Le Vietnam espère être admis dans le Partenariat Trans-Pacifique (TPP pour Trans-Pacific Partnership), sorte de zone de libre-échange qui doit concerner un tiers du commerce mondial, et accessoirement acheter des armes américaines pour faire face au renforcement militaire de la Chine. Mais les autorités américaines bloquent sur certaines questions, comme les droits de l’Homme.

Or ces derniers temps, à lire la presse officielle vietnamienne, c’est du passé. Elle rapporte en effet que pour l’ambassadeur américain à Hanoi, David Shear, le Vietnam a fait des progrès dans ce domaine et qu’il n’y a plus vraiment d’obstacles pour le TPP ! On savait que les États-Unis (et les pays occidentaux en général) pouvaient se montrer hypocrites quand les affaires étaient en jeu. Mais, avec le décret 72, les arrestations massives de blogueurs vietnamiens et les grèves de la faim de prisonniers politiques dans les camps vietnamiens, une telle déclaration est surprenante… et fausse.

L’ambassadeur américain, parlant de la levée éventuelle des restrictions sur la vente d’armes, a dit que l’Amérique allait considérer la demande vietnamienne très sérieusement, « mais nous pensons que pour qu’il y ait un soutien politique [aux USA] à la levée des restrictions… nous devons voir des progrès des droits de l’Homme au Vietnam » (voir « Vietnam Rights Record Cools U.S. Ties », The Wall Street Journal, 8 août 2013).

La presse officielle vietnamienne n’a cité que « progrès des droits de l’Homme au Vietnam ». Furieux, l’ambassadeur Shear a officiellement exigé la rectification des propos que le Vietnam lui avait prêtés. La presse officielle vietnamienne n’en a rien fait. Les articles n’ont pas été modifiés, ni retirés et il n’y a eu aucun erratum. Au moins, on ne pourra pas accuser les journalistes d’État vietnamien de plagier les propos de l’ambassadeur ou de porter atteinte à son droit à la propriété intellectuelle… Pour la propreté intellectuelle, c’est une autre histoire.

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