OTAGES : LES FAMILLES INTERPELLENT HOLLANDE

Nous dénoncions ici même il y a quelques jours (OTAGES : LOIN DES YEUX…) le lourd silence officiel qui s’appesantissait sur le sort des quatre otages du Sahel depuis aujourd’hui 1010 jours. Et nous annoncions que les familles organisaient dans plusieurs grandes villes de France dont Paris un rassemblement appelant à leur libération.

Ce matin à 11 heures ils étaient environ deux cents qui se pressaient face au perron de l’Hôtel de Ville de Paris, pour écouter les familles des otages. Sur le perron, derrière un micro, quelques personnalités, Anne Hidalgo en tête ont pris brièvement la parole avant de laisser place aux interventions des familles des victimes.

Au-dessus d’eux, déployée et tenue à bout de bras par des amis, une banderole arborant les photos et les noms des quatre otages, à l’identique de celles que nous entrevoyons une fois par semaine sur quelques chaînes de télévision dont le service public.

Cette banderole crevait les yeux par sa petite taille, à côté de l’immense panneau dédié à Mandela, prisonnier puis président, et « A TOUS NOS OTAGES » accompagné d’un texte de soutien de la Ville de Paris…à tous nos otages, point.

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec les immenses photos des otages de l’époque, celle de Bettencourt par exemple, qui ornaient la façade de l’Hôtel de Ville, avec le décompte des jours de détention et qui restèrent en place jusqu’à leur libération effective.

Autres temps autres mœurs ? Pas si sûr. Disons plutôt : autres otages ! D’un côté des personnalités médiatiques, de l’autre des citoyens lambda, des pékins, des quidams, des nobody en somme : vous, moi, personne…

Et ce n’est pas le discours convenu et débité sans grande conviction par une Anne Hidalgo terne et peu émue, qui arrangera les choses, se contentant d’évoquer les discussions « avec les familles » portant sur…un emplacement à Paris où seront affichées les photos des otages.

De quels otages au fait ? Mais, comme indiqué sur le grand panneau : de TOUS les otages. C’est qu’il n’y en a pas seulement quatre : et déjà, sur le perron de l’hôtel de ville, ce n’étaient plus les familles des quatre otages du sahel, mais d’autres parents, d’autres otages, tenant des pancartes où s’affichaient les photos les noms et les jours de détention des autres otages français: Jules Berto Rodriguez Léal enlevé au Mali en novembre 2012, Francis COLLOMP pris en otage en décembre 2012 au Nigeria, Serge Lazarevic enlevé au Mali en novembre 2011 en même temps que Philippe Verdon décédé en captivité, mais aussi le maestro franco-mexicain Rodolfo CASAREZ enlevé par un cartel de la drogue en juillet 2011…

Des quatre otages salariés d’Areva enlevés voilà 1010 jours autour desquels ce rassemblement avait été organisé à Paris et en province par les familles de ces otages, on était dès lors passé sans transition à la situation de tous les otages enlevés dans des circonstances et pour des motifs différents, tous relevant à l’évidence de la solidarité nationale : pour un peu ce rassemblement se serait achevé sur cette note apparemment consensuelle et avec la bénédiction de la Mairie de Paris.

C’était sans compter avec la dernière intervention, celle d’Aurélien Pigeat, neveu de Daniel Larribe.

Prononcée avec force et conviction, cette intervention change radicalement la donne.

Les accusations portées dans ce texte sont lourdes. Elles mettent en cause les gouvernements successifs depuis la prise d’otage, et une série de dysfonctionnements (pour dire les choses pudiquement) qui, à lire entre les lignes, ont fait échouer plusieurs possibilités d’obtenir leur libération.

Afin que chacun puisse en juger, nous en reproduisons ci-dessous le texte intégral.

Il est à présent indispensable que François Hollande à qui ce texte s’adresse explicitement réponde aux familles des otages, avec le souci de la vérité des faits  dû aux familles d’otages dont il semble bien que jusqu’à ce jour, les gouvernements successifs ne se soient guère préoccupé de les traiter avec la considération et le respect qu’elles méritent.

Ces familles attendent votre réponse, Monsieur le Président, et tous les français attendent  avec elles, en solidarité et en fraternité avec les souffrances qu’elles endurent depuis 2010 aux mains de fonctionnaires dont quelques-uns semblent, fonction oblige, n’avoir ni cœur ni tripes.

 


                                               22 JUIN

Les otages sont des citoyens, des citoyens comme d’autres, des citoyens comme vous, comme nous. Sans vous les otages français pourraient définitivement tomber dans l’oubli.

Nous les familles, n’oublions pas que les premiers responsables de cette situation sont les ravisseurs qui maintiennent en captivité les plus anciens otages depuis plus de 1000 jours déjà.

Nous n’oublions pas que Daniel, Marc, Pierre et Thierry ont fait l’objet d’un enlèvement alors qu’ils travaillaient pour AREVA et VINCI.

Nous n’oublions pas qu’après de longs mois d’attente Jean Marc Gadoulet mandaté par les entreprises a ramené en France le 24 février 2011 Françoise Larribe ainsi que Jean-Claude et Alex.

Nous n’oublions pas l’espoir de plusieurs libérations proches anéanties par des manœuvres aussi malhabiles qu’incompréhensibles.

Nous n’oublions pas que notre devoir de réserve qui nous a été imposé jusqu’à ce que nous comprenions au bout de 2 années de silence que la discrétion cachait une profonde inaction.

Nous n’oublions pas que les rendez-vous occultés, les lettres sans réponses, les demandes reportées sans fin pour nous faire patienter encore et encore et encore et toujours.

Nous n’oublions pas les prétextes, les non-dits, les manquements et les faux-semblants, les tromperies et les mensonges. Tout ce à quoi nous avons bien voulu croire, pour espérer encore et toujours.

Enfin, nous n’oublions pas l’immense espoir que nous avons ressenti quand par le plus grand des bonheurs, une famille complète avec ses enfants a été libérée. Maintenant nous sommes là tous ensemble pour garder ces souvenirs dans nos mémoires, ces souvenirs qui porteront notre rancœur et notre colère contre l’oubli et les oublieux. Maintenant nous sommes là pour dire qu’il en est fini de la compassion et du silence.

Nous sommes là pour nous battre contre les dogmes et contre les hommes qui se drapent de principe qu’ils n’accepteraient pas de voir appliqués à leurs proches.

Les otages sont des citoyens, des citoyens comme d’autres, des citoyens comme vous, comme nous. Doit-on pour cela les oublier ? Doit-on pour cela les abandonner ? Qu’a-t-on fait pour les aider ? Que fait-on pour les aider ? Qu’on fait les gouvernements pour les aider. Au final, quels engagements pour les victimes de ces enlèvements

Une prise d’otages n’est jamais due au hasard pas plus que ne l’est une libération. Il est temps d’agir et non de faire semblant.

Aujourd’hui les familles savent que, malgré les embûches, les contacts avec les ravisseurs de nos proches a toujours été maintenue par la filière des sociétés qui les emploient. Que ce contact a été gêné par des actions de désinformation couvrant des intérêts privés et camouflant des compromissions inacceptables.

Aujourd’hui les familles disent clairement qu’elles font le choix de mandater cette filière des sociétés, de lui faire confiance et de demander le soutien de l’Etat pour qu’elle parvienne à un résultat.

Aujourd’hui les familles affirment qu’il est possible d’obtenir la libération des otages sans délais.

Cette conviction des familles ne se fondent pas sur des affabulations.

Elle ne va pas à l’encontre de la position officielle de la France que les familles ont entendue et qu’elles respectent.

Mais les familles savent aussi que tous les Etats, même les plus fermes, trouvent toujours, quand ils l’ont décidé, des voies de dialogue et de négociations avec leurs adversaires dans le respect des principes étatiques.

Mais pour cela il faut que le Président de la République le décide, vite .Il peut et doit le faire.

Aujourd’hui samedi 22 juin 2013, après 1010 jours de détention, les familles n’attendent qu’une seule vraie preuve de vie des otages :

Leur retour au plus vite.

Merci d’être avec nous les familles pour crier : LIBEREZ-LES

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