PEUPLE SYRIEN, PEUPLE MARTYR!

Personne ne discute cette évidence accablante : des gaz de combat ont bien été employés en Syrie, dans une zone urbaine, avec les conséquences atroces dont le spectacle insoutenable tourne en boucle sur nos écrans. Pourtant ces cadavres de femmes et d’enfants alignés sur le sol d’une morgue improvisée, ces malheureux convulsés de douleurs qui font la Une des médias ne sont en rien un de ces « scoops » obscènes dont notre époque a le secret : car tout cela était parfaitement prévisible, tout cela était annoncé, et finalement : attendu.

Depuis des mois, tout le monde savait que ces armements chimiques qui sont le "nucléaire du pauvre" comme le répètent depuis des années les experts militaires, seraient tôt ou tard utilisés..

Peu importe pour notre propos, la question de savoir qui les a employés, puisqu’il est avéré que des armes chimiques se trouvent stockées en grandes quantités sur tout le territoire syrien, et y compris dans les zones aux mains des opposants : les enquêteurs nous le dirons. Ou pas.

Mais la question que nous posons ici est de savoir ce qui a été fait par les pays occidentaux en général et par la France en particulier, pour protéger les populations.

Puisqu’on savait qu’elles allaient être employées, qu’a-t-on fait pour tenter de réduire le plus possible les conséquences épouvantables de ces armes sur le peuple syrien ?

Ici même dans cette édition, le 4 juin dernier, la question était posée clairement et illustrée par les étranges conditions d’approvisionnement en antidote, en France le CONTRATHION,  objet à l’époque de rumeurs qui prennent aujourd’hui une résonance sinistre.

Notre article se concluait ainsi :

 « On peut comprendre les inquiétudes et les lenteurs des pouvoirs publics s'agissant de fournir des armes que l'on craindrait de voir tomber en de mauvaises mains. On comprend déjà beaucoup moins ce qui interdit à la France d'envoyer médicaments et subsides vers les zones de combat et non pas seulement vers les centres de réfugiés. Et certainement pas ce qui empêcherait de fournir les premiers secours face à l'emploi d'une arme chimique abominable […] » 

 

Dans son article du 27 août à la Une de Médiapart, Caroline Donati écrit ceci :

« « Faute de masques suffisants et de tenues de protection, la plupart des soignants ont été contaminés en procédant à l’évacuation et en apportant assistance », rapporte l’ONG. Dans le point médical de Khawlaani, les médecins ont dû utiliser comme traitement de l’atropine pour animaux, fournie par un vétérinaire, leur stock d’atropine étant épuisé depuis deux mois. Ailleurs, comme à Hamourieh, il n’y avait tout simplement plus aucun antidote à administrer. »

De l’atropine pour animaux !  

Voilà jusqu'où en sont réduits les secouristes, voilà comment on a tenté de secourir les victimes, ce peuple syrien peuple martyr, peuple sacrifié, non pas seulement par les bourreaux mais tout autant par l’indifférence, par l’irresponsabilité, par les dénis diplomatiques et politiques accumulés depuis des mois par les gouvernements occidentaux y compris le gouvernement français.

Derrière le spectacle de ce crime horrible si complaisamment étalé  se dissimule un autre crime auquel notre pays ne semble hélas pas étranger, mais qui ne semble guère interpeller les médias occidentaux : celui de non-assistance à peuple en danger.

 

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