La pulsation des bobines

Le film parfait? «Back to the futur», de Robert Zemeckis (1985). Parfait selon les rythmes quantiques qui nous gouvernent, et d'après les savants calculs d'une équipe de psychologues de l'université Cornell (Etat de New York).

Back To The Future Part I Original Theatrical Trailer © BillyGlenn
Le film parfait? «Back to the futur», de Robert Zemeckis (1985). Parfait selon les rythmes quantiques qui nous gouvernent, et d'après les savants calculs d'une équipe de psychologues de l'université Cornell (Etat de New York).


James E. Cutting s'est attelé, avec ses étudiants, à décortiquer 150 films choisis entre 1935 et 2005 –dix par période de cinq ans. Quels films? Action, aventure, dessins animés, drames et comédies: un seul critère, «Hollywood», c'est-à-dire dans l'esprit des auteurs des films où la narration prime sur la forme. Tous ont été découpés plan par plan, et la durée de ces plans mesurée. C'est ainsi qu'ils ont pu transformer chaque film en vagues de plans, et définir pour chacun une sorte de pulsation.


A quel moment se focalise l'attention du spectateur? Sur quel schéma? Les chercheurs ont appliqué au cinéma un concept venu de la théorie du chaos, et présent «naturellement» dans l'esprit humain. Un rythme de fluctuations naturelles, qui apparaît aussi bien en économie que dans la musique ou la croissance des arbres. Pour faire court, une constante universelle invisible sous la chaos apparent du monde qui nous entoure.


Les films ainsi découpés ont obtenu un score de «pulsation» situé entre 0 et 1,2, l'idéal se situant à 1 – le score réalisé par «Retour vers le futur». Cutting et son équipe a ainsi décelé dans les films «modernes», réalisés à partir des années 80, une structure souvent plus proche de cette constante universelle, un score plus proche de 1. Autrement dit, le montage s'est peu à rapproché, au fil des ans, du rythme naturel de l'attention et de l'inattention, de l'esprit qui vagabonde. Ce qui pourrait expliquer selon eux que les films d'aujourd'hui nous paraissent plus vrais que les vieilles pellicules, nous absorbent en épousant le rythme de nos neurones -de nos pensées?


Pour autant, les réalisateurs n'en sont pas particulièrement conscients, estiment les chercheurs qui doutent qu'à Hollywood on monte les films selon des indications quantiques. Au contraire: c'est selon eux une forme de sélection naturelle qui est à l'œuvre, de mimétisme, les films les plus prenants ayant été copiés et améliorés. Finalement, la «pulsation» d'un film reste un meilleur indicateur de sa date de réalisation que de son succès ou de sa qualité... Parmi les onze films les plus en phase avec les spectateurs, seuls trois datent d'avant 1980: «Cendrillon», «les Misérables» et les «39 Marches». A l'opposé, aucun des derniers du classement n'a été réalisé après 1955.


Palmarès des films ayant obtenu le score (inférieur ou supérieur) le plus proche de 1:
«Retour vers le futur» (Zemeckis, 1985): 1
«L'empire contre-attaque» (Kerhsner, 1980): 0,98
«Cendrillon» (Geromini, 1950): 0,94
«Die hard 2» (Harlin, 1990): 1,06
«Les 39 marches» (Hitchcock, 1935): 0,93
«Pretty woman» (Marshall, 1990): 0,92
«Charlie's angels» (2000): 1,08
«Les misérables» (Boleslawski, 1935): 0,91
«The hunt for red october» (McTiernan, 1990): 1,09
«Rocky 4» (Stallone, 1985): 0,9
«The perfect storm» (Peterson, 2000): 0,9.
Les dix les plus proche de zéro, les moins quantiques donc, les moins en phase...
«Mr Roberts» (Ford, 1955): 0,00
«In pursuit to Algiers» (Neal, 1945): 0,02
«Detour» (Ulmer, 1945): 0,03
«The Seven year itch» (Wilder, 1955): 0,03
«Le dictateur» (Chaplin, 1940): 0,05
«Mildred Pierce» (Curtiz, 1945): 0,07
«The trouble with harry» (Hitchcock, 1955): 0,11
«To catch a thief» (Hitchccock, 1955): 0,16
«Battle cry» (Walsh, 1955): 0,16
«The lost week-end» (Wilder, 1945): 0,19
«All about Eve» (Mankiewicz, 1950) : 0,19
«The informer» (Ford, 1935): 0,2

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