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Le Club de Mediapart mar. 24 mai 2016 24/5/2016 Dernière édition

Tarnac, un acte préparatoire

Aujourd'hui, à 17 heures, on va lire des textes de Jean-Marie Gleize. Il pleuvra peut-être. Cela se passera à Peyrelevade, bourg voisin de Tarnac, plateau de Millevaches, où l'on arrive d'un peu partout, de France et bien sûr d'ailleurs. Là, pendant trois jours et trois nuits, en hommage à cette nuit du 4 août et à l'abolition des privilèges «que la Révolution proclama, et qu'il nous reste à réaliser», dit le texte du programme.
Aujourd'hui, à 17 heures, on va lire des textes de Jean-Marie Gleize. Il pleuvra peut-être. Cela se passera à Peyrelevade, bourg voisin de Tarnac, plateau de Millevaches, où l'on arrive d'un peu partout, de France et bien sûr d'ailleurs. Là, pendant trois jours et trois nuits, en hommage à cette nuit du 4 août et à l'abolition des privilèges «que la Révolution proclama, et qu'il nous reste à réaliser», dit le texte du programme.

 © DR © DR
Ainsi donc, sous tente ou abri, va-t-on lire Jean-Marie Gleize, son Tarnac,un acte préparatoire. Et ce sera, sans doute, très bien : « Un mouvementrévolutionnaire ne se répand pas par contamination

Mais par résonance ». C'est l'une des phrases qui vous reste en tête, parmi d'autres, dans les fougères.

Sans doute yaura-t'il résonances multiples, - « la pluie continuera plusieurs heures, plusieurs jours et plusieurs nuits. Elle continue après, longtemps après. Elle ne peut effacer la poussière ».

Ceux qui sont familiers de l'œuvre de Jean-Marie Gleize, poète, essayiste, sauront déjà que ce Tarnac là est forcément très loin des « réutilisations » de l'actualité, supports de promotion, avec vide intérieur. Le livre est dédié à Julien Coupat et sescamarades, mais il est à l'inverse inspiré,nourri de trois pôles, qui se succèdent, par strates et rapprochements, sans hiérarchie, parcours qui a la force d'une rêverie éveillée, phrases qui tendent vers le nécessaire, intime du politique, au plus près de la phrase finale, «ne rien mentir». Les fragments autobiographiques sont essentiels, mais pas lissés: «Je trace un mot à la craie sur gris ardoise de l'ardoise. Cette phrase est friable».

Tarnac, ici centre assombri-approfondidu monde, est d'abord un lieu d'enfance,et même lieu de naissance, un lieu de forêts « fermées » : « Ce que voit l'enfant, ce qui le pénètre sans qu'il le sache ». Jean-MarieGleize a grandi ici. Talus, frondaisons, eau, « par temps d'orage le vent soulève les charpentes comme les feuillets d'un livre, les précipite et les brise ».

Présent, aussi, H.A-G, patriarchemort en 1964 et reçu dans le tiers-ordre franciscain en 1908, dont les cahiers,quelques notes, ont été retrouvées dans une boîte de fer-blanc; un autre parcoursvers la non-propriété.

Et enfin, détonateur du texte, ouverture, source d'autres évocations, le 11 novembre 2008, avec, en ces lieux familiers, l'arrivée massive de la police venue perquisitionner et interpeller ceux qui vivent autrement, présentés immédiatement et avec fracas comme« terroristes »

 © Eric Pelletier, Anne Vidalie © Eric Pelletier, Anne Vidalie

Enumération des lois successives qui ont forgé l'arsenal antiterroriste « Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué defaçon moins large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l'est ».

Et ainsi le livre tout entier s'inscrit-il dans « l'acte préparatoire », si peu défini par le législateur.

A la trace franciscaine, à l'enfance, répond, comme motif , l'évocation politique. C'est même ce qui apparaît, progressivement, comme dans ces dessins-énigme pour enfants :sauras-tu retrouver la révolution dans ce tableau ?

« Je reprends à partir du mot « communiste ».

« Communiste est ce mot enfermé dans l'eau, ce corps enfermé dans l'eau. Ici à Tarnac le brouillard se couche à la surface de l'eau

Froisse les talus de fougères c'est la nuit »

Enfermé dans l'eau, GillesTautin, militant maoiste de 1968 poursuivi par la police à Flins, noyé dans la Seine. Le temps n'est pas aboli, il estdans une autre continuité. Dans un passionnant entretien avec la revue Poezibao, Jean-Marie Gleize évoque un « présent antérieur » et simultanément un « présent à venir ».

Aujourd'hui donc, non loin des forêts , à Peyrelevade,on lira Jean-Marie Gleize et c'est très bien ( même si son Tarnac est aussi ce genre de livre avec lequel on noue une relation de lecture intime,silencieuse, à laquelle on ajoute son propre désordre, ses prolongations, l'effet de résonance , oui, est puissant). L'affiche des Nuits du 4 août le dit : il faut des lieux,de la musique, les mots adéquats.

Comme , extrait du chapitre 15, en forme dejournal, ces mots très très adéquats :

Le 21 mars- On a

frappé sur un arbre.- Le sol a tremblé, oui. ( c'est

alors que le lac gris du

ciel devient presque noir

puis devient noir et c'est

la nuit, et maintenant la

musique commence ou

recommence, elle vient de

la forêt, la traverse et

c'est tout). Le2 avril.

N'entrez pas en guerre,

Vous y êtes.Vous n'entrez

pas, vous y êtes.

Rimbaud : « je suis

en grève ». Dans cette

Indistinction reconquise,

Alors se

(« je buvais, accroupi

dans quelque bruyère

entourée de bois de

noisetiers Par un

brouillard ») des zones

d'autonomie active zones

d'autonomie provisoires

Des couloirs de

repliement si besoin pour

reprendre ailleurs plus

loin à couvert, la pratique

de « je suis en grève »/

pour une politique

du présent de la présence

d'invention permanente

gestes-regards,

fabrication continue des

cabanes -

 

Tarnac, un acte préparatoire de Jean-Marie Gleize, 163 pages, éditions du Seuil, collection Fiction et cie,18 euros.

Lire aussi, blog de Corinne N.

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Tous les commentaires

Bonjour Dominique ! :o)

 

Impossible à mon (humble) niveau de trouver quelque info que ce soit sur ces "trois jours" à Peyrelevade... Avez-vous eu des nouvelles ?

 

Merci,

 

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