Crise: les bonnes (ré)solutions

Publié en 2011, repris début 2012, Pour éviter le krach ultime, de Pierre Larrouturou, a fait quelque bruit. Un économiste de gauche n’y allait pas de main morte. Il osait dire que la croissance espérée ne viendrait pas et qu’en conséquence le chômage qui détruit lentement nos sociétés n’allait faire que croître ; il allait jusqu’à soutenir tout ensemble que la planète courait vers une crise de plus en plus grave –qui n’excluait pas un risque de guerre– mais qu’il y avait des solutions et que, si on avait le courage politique de prendre des mesures ad hoc, une nouvelle ère était possible.

Publié en 2011, repris début 2012, Pour éviter le krach ultime, de Pierre Larrouturou, a fait quelque bruit. Un économiste de gauche n’y allait pas de main morte. Il osait dire que la croissance espérée ne viendrait pas et qu’en conséquence le chômage qui détruit lentement nos sociétés n’allait faire que croître ; il allait jusqu’à soutenir tout ensemble que la planète courait vers une crise de plus en plus grave –qui n’excluait pas un risque de guerre– mais qu’il y avait des solutions et que, si on avait le courage politique de prendre des mesures ad hoc, une nouvelle ère était possible.

Il est bien qu’en pleine bataille électorale celui qui est aussi un des animateurs du collectif Roosevelt 2012 revienne sur le sujet et propose un digest de son ouvrage décapant sous une forme qui évoque «15 solutions contre la crise économique à appliquer d’urgence». Depuis 2007, nous entendons beaucoup s’exprimer les spécialistes de la science économique. La plupart nous snobent allègrement, prônant avec une assurance sentencieuse des politiques qui ne donnent aucun résultat. Alors pour quelle raison les présentes propositions seraient-elles plus avisées que d’autres et mériteraient-elles notre écoute ?

Ce qui, chez Larouturou, inspire curieusement confiance, c’est d’abord qu’il pointe une série de catastrophes en préparation, à commencer par l’effondrement possible et conjugué des économies des États-Unis et de la Chine. C’est ensuite qu’il donne à son plan de réformes une grande cohérence, l’articulant autour d’une triple crise : financière, énergétique et écologique. C’est enfin qu’il prend appui avec bonheur sur un exemple historique convaincant, qui renvoie à la manière dont Franklin Delano Roosevelt a redressé son pays après la crise de 29, en mettant en œuvre un plan mûrement pensé d’inspiration sociale-démocrate et en s’y employant avec une résolution extrême que peut lui envier aujourd’hui Obama.

Et puis, après d’autres mais avec plus de force, Larrouturou va au cœur des choses en dénonçant le caractère immoral de la présente situation : « Partout, dans tous les domaines et dans toutes les parties du globe, une part croissante de la richesse est captée par un très petit nombre de personnes. C’est une situation scandaleuse du point de vue moral. Et c’est un non-sens économique car au-dessus d’un certain niveau de revenu, cet argent n’est plus consommé et sort de l’économie réelle» (Pour éviter le krach ultime, p. 95). Et d’ajouter : « c’est en poussant les classes moyennes et les pauvres à s’endetter plus que de raison qu’on a maintenu en fonctionnement un système qui, sinon, se serait effondré de lui-même. »

On ne reprendra ici que quelques-unes des solutions défendues par l’auteur dans son sympathique petit volume, qui est une manière de vade-mecum. Ne revenons pas sur les airs connus de la taxe Tobin ou de la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. Mais retenons deux mesures à dimension européenne, soit l’imposition à la Banque centrale d’intervenir, fût-ce indirectement, pour traiter à taux zéro ou presque les « vieilles dettes » des pays en difficulté et soit la création d’un impôt européen sur les dividendes qui permette de combattre le dumping social et soulage le budget des pays de la Communauté. D’un point de vue plus national ou plus français, Larrouturou prône une politique massive du logement financé par les fonds de retraites ou encore d’aller vers une semaine de quatre jours qui permette de repenser de façon intelligente et souple la répartition du travail dans les entreprises.

Mais qui, en France comme ailleurs, sera politiquement porteur de la Nouvelle Donne, peut se demander le lecteur ? Dans le dernier demi-siècle, les partis socialistes ont si souvent déçu. Encore faudrait-il qu’ils se renforcent en Europe pour donner résolument à celle-ci une dimension sociale. Pierre Larrouturou veut néanmoins croire tant à une issue heureuse qu’à une voie nouvelle. Et ceci en raison de deux constats : d’un côté, que la situation est si grave –elle peut faire qu’un brave citoyen grec se suicide publiquement– qu’elle ne saurait ainsi durer ; de l’autre, que toute une ébullition réflexive a lieu qui entraîne de nombreux citoyens à vouloir en sortir. À s’indigner ou à s’insurger ?

Pierre Larrouturou, Pour éviter le krach ultime, préface de Stéphane Hessel, Nova éditions, 2011 et 2012. 15 €.

Pierre Larrouturou, C’est plus grave que ce qu’on vous dit…mais on peut s’en sortir. 15 solutions contre la crise économique à appliquer d’urgence, Nova éditions, 2012. 3 €.

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