Le récit du dernier homme de Fukushima

Du dernier homme de Fukushima, les lecteurs de Mediapart connaissaient déjà le visage. Ils peuvent aujourd'hui l'entendre. Le photoreporter, auteur en juin 2012 des portfolios de Mediapart sur Fukushima, signe, en ce jour anniversaire de la catastrophe, un livre, Le Dernier Homme de Fukushima, publié aux éditions Don Quichotte.

Du dernier homme de Fukushima, les lecteurs de Mediapart connaissaient déjà le visage. Ils peuvent aujourd'hui l'entendre. Le photoreporter, auteur en juin 2012 des portfolios de Mediapart sur Fukushima, signe, en ce jour anniversaire de la catastrophe, un livre, Le Dernier Homme de Fukushima, publié aux éditions Don Quichotte.

Et il faut écouter Naoto Matsumura pour comprendre qu'il n'est ni un kamikaze de l'anti-nucléaire, ni un éco-warrior. Lui qui a même, un temps, travaillé à la construction des centrales sur le site Daii Ichi et Daii Ni, n'agit qu'animé par sa conscience. Et si, en mars 2011, il a refusé de quitter la zone interdite après l'accident nucléaire, s'il a accepté de vivre sans eau ni électricité sur une terre condamnée, s'il a tenu à continuer à nourrir les animaux, il fit ce choix pour l’humanité. Dans la plus grande tradition japonaise : « Dans le shinto, [la religion née il y a des millénaires au Japon], explique-t-il à Antonio Pagnotta, aucune espèce n'est supérieure à une autre. Toutes les choses, tous les êtres sont égaux parce que la nature contient une dimension sacrée qui mérite notre déférence et respect. Nous devrions tous posséder l’intuition, et comprendre que nous sommes une humble partie de ce délicat tissu de relations que l’on appelle la vie, et au grand jamais, son exploiteur, ni son destructeur. » «Pour Matsumura, explique Antonio Pagnotta, une chose est sûre : dans la zone rouge de Fukushima, les âmes des animaux morts hanteront ces terres maudites pour longtemps. »
C'est l'une des forces de ce récit que de montrer la persistance de la culture, le jour après l'apocalypse.

Naoto Matsumura vient de participer à une cérémonie shinto dans le temple Zenkouji de Nihonmatsu. © Antonio Pagnotta Naoto Matsumura vient de participer à une cérémonie shinto dans le temple Zenkouji de Nihonmatsu. © Antonio Pagnotta

L'autre force du récit est d'approcher, au travers la rencontre avec Naoto Matsumura, le destin des victimes de la catastrophe : des hommes et femmes laissés dans l'ignorance par l'incurie du gouvernement japonais et de Tepco, la compagnie d’électricité gestionnaire des centrales. Livrés à eux-mêmes lors de l'évacuation des lieux, suscitant la méfiance voire l'exclusion. Ainsi, le 21 mars, quand l'évacuation fut obligatoire, Matsumura et ses parents arrivèrent sans prévenir chez des parents. « Lorsque j’ai vu les visages de ma tante et sa famille, j’y ai lu la peur panique d’être contaminé, raconte Matsumura. Cette épouvante était incontrôlable ; à tel point que leur première réaction a été de nous laisser dehors. Nous y sommes restés un long moment. Une fois entrés, la conversation tournait autour d’un seul sujet : celui de notre départ immédiat vers un centre d’évacuation. » Des hommes et des femmes qui souffrent en silence et dont certains se vivent aujourd'hui comme des parias.

On devine Matsumura un peu taiseux, et c'est une chance. Pas de grands discours théoriques dans ce livre (par ailleurs très documenté par le journaliste), ni de leçon donnée à la terre entière. Mais le simple récit d'un homme, un agriculteur japonais, qui n'a pas voulu s'arracher à sa terre, ainsi que Tepco le lui ordonnait. Pour garder son honneur et son humanité.

Le Dernier Homme de Fukushima, Antonio Pagnotta, ed. Don Quichotte, 228 pages, 17,90 €

 

Voici comment Antonio Pagnotta nous racontait sa rencontre avec Naota Matsumura en juin dernier.

Le dernier homme de Fukushima. Entretien avec le photoreporter Antonio Pagnotta © Mediapart

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