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Billet de blog 12 sept. 2008

Mallarmé splendide et troublant

En 1992, dans Les Règles de l’art, Pierre Bourdieu proposait un modèle d’interprétation de l’activité littéraire qui révolutionnait les conceptions courantes et mettait en évidence l’inscription sociale de cette activité.

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En 1992, dans Les Règles de l’art, Pierre Bourdieu proposait un modèle d’interprétation de l’activité littéraire qui révolutionnait les conceptions courantes et mettait en évidence l’inscription sociale de cette activité. Une inscription à deux degrés, en fait, car, pour Bourdieu, les déterminations externes agissant sur la création se retraduisaient en facteurs spécifiques à l’intérieur d'un espace des pratiques littéraires clos sur lui-même. Ce qui signifiait qu’il existait un champ des lettres régi par ses lois propres et dans lequel écrivains, éditeurs et critiques s’affrontaient pour s’assurer une position depuis laquelle ils puissent se faire connaître, prendre la parole, s’imposer.

À première vue, ce modèleconvenait particulièrement à l’analyse de faits collectifs comme les écoles littéraires mais il n’excluait pas pour autant que certaines trajectoires individuelles soient prises en compte. Avec celles-ci cependant, les choses se compliquaient, car l’expérience singulière était, dans la perspective indiquée, trop facilement réduite à peu : c’est que l’analyse était encline à la penser en pur produit d’un contexte et des stratégies opportunistes utilisées pat l’écrivain pour se faire une place. Or, vient de paraître un Mallarmé qui évite l’écueil précité mais porte de surcroît la « méthode Bourdieu » à une incandescence telle qu’on pourrait dire qu’il la réinvente. Cet ouvrage est de Pascal Durand, qui donne avec ce livre un ouvrage magistral, chef-d’œuvre de science littéraire et sociologique.

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En fait, en choisissant Mallarmé, Durand se lançait un double défi. Tout d’abord faire entrer dans une histoire sociale le poète le plus magnifiquement éthéré qui soit. Ensuite, sous prétexte de socialiser Mallarmé, sauvegarder ce qui fait son génie « splendide et trouble » et qui s’exprime dans quelques-uns des plus beaux poèmes que l’on ait jamais écrits. C’est pourquoi le critique et historien a choisi d’analyser inséparablement les moments d’une carrière et ceux d’une production dans une réversibilité constante des uns vers les autres. Par-delà il s’agissait de mettre au jour de la façon la plus serrée les logiques dans lesquels le poète se trouvait engagé en fonction des possibilités offertes par le champ mais que, en raison de sa radicalité propre, il poussait à leur extrême limite, les adaptant à son génie.

Pour remplir ce programme avec la rigueur voulue et dégager en fin de compte le principe ultime qui a inspiré son poète, Durand ne nous épargne rien de la « trajectoire Mallarmé ». Il porte cependant un intérêt particulier aux écrits

Pascal Durand, Mallarmé. Du sens des formes au sens des formalités. Paris, Seuil, « Liber », 2008.

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