« Les Sahraouis réfugiés à Bordeaux... Évacuez les lieux ! »

La LDH Bordeaux a relayé cette information inquiétante pour les Sahraouis réfugiés Quai de la Souys, qui vont être évacués demain matin (lundi 5 octobre), peu avant la trêve hivernale, à la demande d'Alain Juppé.

La LDH Bordeaux a relayé cette information inquiétante pour les Sahraouis réfugiés Quai de la Souys, qui vont être évacués demain matin (lundi 5 octobre), peu avant la trêve hivernale, à la demande d'Alain Juppé.

Je publie ci-dessous leur communiqué de détresse, à une époque où l'accueil des réfugiés et demandeurs d'asile s'impose à chaque pays européen comme une urgence et afin de respecter la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Convention de Genève et la Convention Européenne des Droits de l'Homme, que rappelle par Danièle Lochak, professeure émérite de droit public à l’université Paris Ouest — Nanterre La Défense :

« La Déclaration universelle des droits de l’Homme déclare que « devant la persécution » toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile dans un autre pays, mais sans créer une obligation corrélative pour les états d’accueillir les réfugiés.

La convention de Genève se borne à énoncer une obligation de non-refoulement vers le pays de persécution, sans non plus obliger les états signataires à accueillir les réfugiés sur leur territoire. »

« Mais il y a aussi l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme qui interdit la torture et les traitements inhumains ou dégradants et qui inclut ce que l’on appelle dans un langage peu juridique, mais imagé « la protection par ricochet ».

On viole cet article si l’on renvoie des gens dans des pays où ils seront exposés à subir de tels traitements. »

« Un autre principe fondamental est que toute personne a le droit de quitter un pays y compris le sien ; or, sous la pression de l’Union européenne, plusieurs pays pénalisent aujourd’hui l’émigration illégale.

Par conséquent, oui : tous ces droits fondamentaux sont aujourd’hui violés. »

http://bondyblog.liberation.fr/201506100001/daniele-lochak-il-faut-supprimer-le-dispositif-dublin-mais-il-faut-surtout-supprimer-frontex/

Je mentionne, à la suite du GISTI, les recommandations de l'Europe relatives à la situation globale à laquelle les pays européens doivent faire face :

« l’UE pourrait aussi mettre en œuvre le mécanisme prévu par la Directive 2001/55/CE du 20 juillet 2001 relative à l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées, précisément conçue pour offrir, « en cas d’afflux massif ou d’afflux massif imminent de personnes déplacées en provenance de pays tiers qui ne peuvent rentrer dans leur pays d’origine », une protection immédiate à ces personnes.»

http://blogs.mediapart.fr/blog/association-gisti/140915/sur-l-accueil-des-refugies-et-des-migrants-en-france-et-en-europe

N'oublions pas non plus les récentes recommandations de l'ONU à l'Union Européenne :

« 4 septembre 2015 – Alors que le nombre de migrants fuyant la violence dans leurs pays d'origine à destination de l'Europe ne cesse d'augmenter, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a exhorté les pays de l'Union européenne à changer les fondements de sa politique migratoire.

A l'heure où l'Union européenne (UE) prépare une série de réunions d'urgence visant à prendre des mesures pour faire face à la crise actuelle des réfugiés et des migrants, M. Guterres a déclaré dans un communiqué de presse que la situation exige « un gigantesque effort commun impossible à réaliser avec l'approche fragmentée actuelle ». »

https://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35499

                                                                                                  * * *

Afin de décrire plus précisément la situation des Sahraouis, je vous propose de lire ces pages officielles de la Délégation de l'Union Européenne en Algérie

 (du 28 septembre 2015) :

«Une crise humanitaire de longue durée.

Lorsque l'Espagne s'est retirée de sa colonie du Sahara Occidental en 1975, elle a cédé le contrôle des deux-tiers du territoire au Maroc et un tiers à la Mauritanie. Le Front Polisario, fondée en 1973 par les opposants à la colonisation espagnole, a proclamé la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) en 1976 et a établi un gouvernement en exil.

Lorsque la Mauritanie a décidé de céder son territoire en 1979, le Maroc et la RASD se sont retrouvés face-à-face. Bien que les deux parties aient accepté la médiation de l'ONU en 1991, le conflit n'a pas été résolu jusqu'à présent et aucune solution pour le peuple Sahraoui n'est pour le moment en vue.

Pris entre deux feux, des réfugiés Sahraouis se sont installés dans la région de Tindouf en 1975, tout en espérant rentrer chez eux. Aujourd'hui, une population estimée à 90.000 personnes est installée dans quatre camps de réfugiés: Dakhla, Smara, Laayoune et Aousserd.

Le climat de cette région est extrêmement rude. L'accès aux services de base - alimentation, eau, santé, logement et éducation - est très limité. Pour leur survie, les réfugiés sahraouis dépendent largement de l'aide internationale.»

http://eeas.europa.eu/delegations/algeria/eu_algeria/humanitarian_aid/index_fr.htm

                                                                                                  * * *

Revenons donc, dans ce contexte de crise humanitaire aiguë, sur la situation particulière des Saharaouis réfugiés jusqu'ici à Bordeaux,

qui ne vont donc pas être accueillis mais évacués demain matin, avec leur communiqué alarmant :

 

COMMUNIQUÉ


" Comme le 29 juin 2015, pour la seconde fois, Alain Juppé, Président de Bordeaux Métropole, a demandé l'évacuation de notre camp, Quai de la Souys, Rive droite où nous nous étions réfugiés depuis lors.

Il nous a été expressément demandé de quitter les lieux dimanche 4 octobre avant minuit par ordre d'évacuation.

Cette décision intervient fort " opportunément " une dizaine de jours avant le début de la trêve hivernale du 15 octobre.

Aucune solution d'accueil ne nous a été proposée à ce jour, hormis un accueil de nuit sur Pessac, pour quelques-uns d'entre nous.

En agissant ainsi, la Préfecture de Gironde bafoue nos droits, garantis à tout demandeur d'asile par la réglementation.

Ces mesures incessantes à notre encontre témoignent, d'un acharnement qui s'ajoute à la non-reconnaissance internationale de nos droits et qui aggravent le caractère inhumain et dégradant de notre situation.

Subissant depuis 40 ans, les conséquences d'une impasse politique et diplomatique, avec les associations, les citoyennes et citoyens solidaires de notre Collectif, nous en appelons à l'Etat Français et aux Elu-E-s de la République, pour appliquer à notre égard les mesures de protection en matière d'accueil des Réfugiés."

 

Pour le Collectif 

"Les Sahraouis de Bordeaux", 

les associations, 

les citoyennes et citoyens solidaires 

 

 Contact Médias : Rosa Ould Ameziane dit Florent

                             06 82 25 33 55

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