Migrations pendulaires et effets collatéraux

De l'effet de la croissance d'une métropole sur la vie quotidienne de la campagne environnante.

Bordeaux croît, les grues font tournoyer leurs bras au-dessus des blocs géométriques rapidement érigés autour des quartiers historiques. Les abords de la métropole ressemblent de plus en plus à ceux de Rennes ou de Nantes, alignant les austères façades vitrées, plaquées de matières composites, empilant cubes et carrés dans une morne similarité en dépit de la variété des couleurs.

Tous ces immeubles sont appelés à être remplis. Les entreprises s'installent autour, des écoles se créent, des restaurants ouvrent, un nouveau pont est en chantier, la ville se densifie et a besoin d'artisans et de travailleurs pour la mettre sur pied. Les employés les moins fortunés louent ou achètent des logements loin de Bordeaux mais doivent y travailler chaque jour. Du sud de la Gironde, jusqu'à 50 km, quotidiennement un flux du sud-est vers le nord-ouest converge sur la métropole. Les axes secondaires sont tous pris d'assaut entre 6h et 8h du matin puis le soir dans un mouvement inverse entre 17h et 19h. Les routes tranquilles il y a seulement 15 ans ont vu leur fréquentation augmenter régulièrement au grès des constructions de zones pavillonnaires dans des hameaux n'abritant jusque là que quelques maisons autour de fermes, de chais ou de bergeries.

Tous les matins, les camionnettes des artisans, les voitures à un seul occupant forment une grande rame en quête de voies roulantes pour éviter les embouteillages sur l'autoroute A62 qui est systématiquement bouchée à partir de Martillac. La vie tranquille des campagnes connait ainsi deux périodes de troubles quotidiens où les "rurbains" en route pour leur travail réveillent ceux qui auraient pu avoir la chance de dormir un peu plus, n'ayant pas de trajet à faire. Ils ne sont certes plus nombreux les bûcherons, les apiculteurs, les maraîchers et les vignerons mais ceux qui sont encore là, voient passer sans qu'aucune rencontre ne puisse se produire la cohorte des gens pressés.

Le soir, la fatigue aidant, l'envie de rentrer vite chez soi étant irrépressible, les mêmes camionnettes passent en trombe et jettent au passage leurs cannettes de bière bien méritée le long des fossés, que le broyeur à marteaux de la DDE transformera en compression de César. Les voitures à un seul occupant roulent aussi en ordre dispersé pour profiter d'un repos non moins mérité.

Au delà du déplorable bilan carbone de tous ces trajets cumulés, que les transports soi-disant multimodaux du conseil général n'ont jamais réussi à remplacer loin des voies ferrées, il y a cette conséquence de la croissance d'une ville aux dépend de la tranquillité des indiens qui vivent autour. 

La ville croît et la campagne en est affectée. La seule parade que les maires ont inventée jusqu'à présent consiste à recouvrir les chaussées de dos d'ânes pour limiter la vitesse à l'entrée des quartiers ou des villages. Pour résoudre cette problématique, les solutions habituelles ne sont pas adaptées. Le co-voiturage ne fonctionne qu'à l'entrée des autoroutes, les TER ne circulent que vers le centre ville de Bordeaux. Les migrations de la campagne vers la banlieue bordelaise sont absents des politiques de circulation. Les flux sont sûrement trop désordonnés pour pouvoir être pris en compte. Des solutions pourraient être envisagées notamment en stoppant cette absurde concentration de population dans un seul et même lieu comme si les villes intermédiaires n'avaient plus aucune place dans l'aménagement du territoire. Et voilà que je termine sur un gros mot.

 

 

 

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