Élections sénatoriales dimanche 27 septembre: pourquoi personne n'en parle?

Certes ce scrutin est un scrutin indirect. Donc ce n’est pas vous qui votez mais les conseillers municipaux qui ont été élus dans votre municipalité (qui forment 95% des grands électeurs). Les 5% restants sont constitués des conseillers généraux, régionaux et des parlementaires du département. Est-ce pour cette raison que la population est soigneusement tenue à l'écart de ces élections?

Voici une courte présentation de ce scrutin sur Sud-Ouest: "Vidéo. Élections sénatoriales du 27 septembre: ouverture des candidatures, voici le mode d'emploi"

Et une autre sur Public-Sénat: "Sénatoriales : qui sont les 160 000 grands électeurs qui élisent les sénateurs ?"

On trouve davantage d’informations sur le site du Sénat, avec notamment les candidats en lice pour cette élection par département. Pour la Gironde, 6 sièges sont à pourvoir.

Cette année la moitié du Sénat est renouvelée, ce qui n’est pas rien. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que, entre les Amish de notre Président, la fermeture des bars à 22H, la façon "républicaine" de s'habiller et l’annonce du déploiement des bracelets anti-rapprochements qui sont en fait annoncés depuis des années, les centres d’intérêts des médias ne semblent pas vraiment tourner autour de cette élection, pourtant fondamentale.

Pourquoi? Je ne cesse de me poser la question. Quel est l’intérêt de présenter cette institution législative comme une entité sans temporalité, comme si les sénateurs n’étaient pas issus du suffrage populaire, même indirect, mais occupaient une place à vie, un peu comme les académiciens, sans que la question de comment ils sont arrivés là ne se posait jamais? Est-ce parce que certains s’opposent désormais au bicamérisme et qu’il vaut mieux faire comme si le Sénat n’existait pas pour favoriser sa disparition?

Quand j’ai appris que les grands électeurs des sénatoriales étaient surtout les conseillers municipaux, j’ai compris que les élections municipales étaient aussi des élections avec une portée nationale. J’avais fait un billet sur ce thème. Mais, maintenant, je me perds en conjecture sur le silence absolu qui entoure cette élection. Or, informés, nous aurions pu faire pression sur nos conseillers municipaux pour tenter de changer la couleur du Sénat. Pourquoi l’opposition, et en particulier l’opposition de gauche, n’a-t-elle pas voulu avancer ses pions et tenter de peser sur ce scrutin? En ce qui concerne les républicains, on comprend qu’ils souhaitent garder leur position dominante et n’aient pas envie de remuer la branche confortable sur laquelle ils sont assis. Mais les autres? Ceux qui prétendent s’opposer à la politique du gouvernement? D’où vient leur silence?

Je ne connais rien à ces élections, à part ce que l’on trouve sur Wikipedia ou sur le site du Sénat lui-même, lequel était très pauvre en informations il y a quelques semaines. Mais je me pose, entre autre, une question: qu’est-ce qui est raconté aux conseillers municipaux? Surtout à ceux qui sont nouvellement élus. Est-ce qu’on leur présente, à eux aussi, le jeu comme étant déjà joué? Les pousse-t-on à respecter les équilibres déjà présents? Ou bien ces nouveaux grands électeurs vont-ils apporter un air nouveau et allons-nous avoir la divine surprise d’assister à l’arrivée de nombreux sénateurs écologistes, insoumis, socialistes, communistes, etc. susceptibles d'infléchir le calendrier législatif présidentiel (on se souvient qu' E.Macron voulait une réforme constitutionnelle qui nécessite l'accord du Sénat pour un vote au Congrès)? Malheureusement, vu le silence ambiant, je n’y crois pas trop. Pourtant, quelle responsabilité est celle du conseiller municipal qui va se retrouver dimanche devant son bulletin! C’est notre voix qu’il va porter. C’est de son vote que va dépendre la couleur politique du Sénat, et donc la capacité de celui-ci à peser sur le processus législatif, et par là même à assurer la séparation des pouvoirs.

Veut-on une chambre d’enregistrement de plus de la politique néolibérale de notre pays, ou souhaite-t-on favoriser un Sénat actif se posant en éventuel contre-pouvoir d’une Assemblée qui est encore, malgré quelques défections récentes, la chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif?

Si vous connaissez un conseiller municipal qui va voter dimanche, contactez-le pour lui demander pour qui il va voter (ils seront 87000 et leur vote est obligatoire).

Et, si vous êtes conseiller municipal vous-même, réfléchissez bien, informez-vous, et votez bien pour nous, les citoyens. D'avance, merci!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.