De « déraper » à « dézinguer » … ? Mots de politique

De « déraper » à « dézinguer » … ?

 

Madame Morano déclare que « la France est un pays de race blanche »…

C’est, nous dit Valérie Pécresse, parmi de nombreux autres un « dérapage »…

Avant et après beaucoup d’autres, parmi les Républicains et les centristes, elle condamne ce « dérapage »… Et chacun sait qu’en raison de ce « dérapage », l’homme qui déclara naguère à Dakar que « l’homme africain » n’était « pas entré dans l’histoire" , saisit et agit les « instances » compétentes pour que Madame Morano perde la qualité de chef de file départementale des « Les Républicains » .

Pour quelle raison ?

- parce qu’il ne faut pas « déraper ».

 

Tel ou tel d’entre nous pourrait croire que le problème est que le propos est

-       faux :

un « pays » n’a pas de race … Et même si par « pays » on veut désigner le peuple qui vit là, un peuple n’a pas de race… Et même si on veut parler de la majorité des habitants de ce pays, il est impossible de les caractériser en termes de « race », parce que ce critère (la race) n’est pas pertinent en matière d’humains…

-       politiquement raciste et racialiste,

créant un lien entre une nation et un critère de couleur, ce qui revient à diviser la nation sur ce critère… Créant une majorité et une minorité

-       tendancieux

parce que le fait même d’affirmer ainsi cette « identité » sous-entend qu’elle a besoin d’être défendue. On est donc très proche de l’incitation à la haine raciale

-       irresponsable

de la part d’une dirigeante politique, ancienne ministre de la République, notamment dans le domaine de la formation, parce qu’elle stigmatise une partie des citoyens, ne leur reconnaissant qu’une identité française incomplète, moindre … Délibérément, elle marginalise une partie de nos concitoyens, qui sans doute auront reçu parfaitement son message de rejet.  

Mais non, ce n’est pas pour çà qu’on l’écarte…

Mais parce qu’elle a « dérapé ».

Peu importe qu’elle soit portée par ces idées inhumaines et antidémocratiques, il faudrait qu’elle ait l’intelligence de les garder pour elle, parce que ce n’est « pas le moment » ! Parce que ce n’est pas comme cela qu’on conduit une campagne. Alors, on la « débarque »… Tout en prenant soin de ne pas aller trop au fond des choses … Pour ne pas perdre, en même temps qu’une "chef de file départementale", toute une frange de racistes qu’on ne veut pas s’aliéner comme électeurs…

 

On ne la débarque donc pas pour la raison qu'elle est raciste, racialiste, antidémocrate et ignorante, on la débarque parce qu’elle parle trop, parce qu’elle ne sait pas se taire, parce qu’elle parle avec son cœur et ses convictions fascisantes, au lieu de baratiner les" éléments de langage" du moment.

 

Pour être plus exact, on peut reprendre ses propres mots  pour dire qu’on la « dézingue », mieux qu’on ne la « débarque ». (Qui confierait une barque à Nadine Morano… en ces temps d’hécatombe en Méditerranée…)

 

Une recherche au Trésor de la Langue Française ne nous éclaire pas sur le verbe « dézinguer »…

Nous pouvons néanmoins faire l’hypothèse qu’il est français et « blanc » ce verbe puisque Madame Morano en fait double usage :

 

« On veut me dézinguer parce que je suis candidate à la primaire”

et

 

"Quant à Nicolas Sarkozy , ce n'est même pas la peine qu'il songe à se présenter à la présidentielle, je le dézinguerai"

 

Elle parle aussi de “dégommer”, qui est plus conventionnel et bien documenté, quoiqu’étrange, puisqu’il peut s’agir d’une aide au démarrage tout autant que d’une mise hors course:

 

Dégommer, verbe c) AUTOMOB. Décoller les segments du piston (à l'aide de la manivelle) pour faciliter le démarrage. Dégommer le moteur (QUILLET 1965).
2. Au fig. et fam.
a) [Le compl. désigne une pers.] Destituer (quelqu'un) de ses fonctions. Dégommer un général. Synon. fam. limoger. Il n'est pas officiellement dégommé, mais il se regarde comme l'étant (GONCOURT, Journal, 1896, p. 954). C'est un coup qu'il a monté pour dégommer le député! (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 258). Vers cette époque y a eu la crise, j'ai bien failli être dégommé du dispensaire (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 34) :

... il y a des chances pour que ce soit de la politique, et de là à être dégommé, expulsé il n'y a qu'un dixième de millimètre.
VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1895, p. 233.

(Extrait de http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=2406516345;

 

 

Mais restons sur « dézinguer »,, contribution originale de Madame Morano au lexique politologue contemporain.

 

De quel « zinc » s’agit-il de faire chuter notre pauvre raciste ou son ancien mentor ?

 

D’un avion ?

- angoisse que louper les régionales, puis la primaire, puis la présidentielle vaille exclusion de la "Jet Society " ?

Finies les pleines pages de Closer ! Finie la starification sur twitter !

 

D’un comptoir de bistrot ?

- angoisse que la perte de maîtrise, la désinhibition par la chaude fraternité des réunions alcoolisées de campagne électorale, ne fasse dire le mot de trop qui vous jette à la rue…

 

Et comme en plus le bistrot d’en face, à l’enseigne de « La Marine », vient de faire savoir qu’il n’avait pas besoin de plus de « dérapages », que ceux que son patriarche assure avec maestria…

 

On finira par se dire que si la France n’est sans doute pas « un pays blanc où il y a des Noirs »… comme « le Gabon serait un pays noir où il y a des blancs » (Morano, 1 octobre) elle est peut-être, la France, encore,  un pays intelligent et démocratique où l’on peut rencontrer Madame Morano et Monsieur Sarkozy….

 

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