Plein la bouche, dernière partie

Dernier opus de vocabulaire joualle des rivières et des boisés. Il faut savoir s'arrêter. Saviez-vous qu'une fumelle est une femme ?

 

Plein la bouche ! partie 4

 

 

 

Galvaude :
Errance, balade, baguenauderie, virée en ville.
Citation : « Ils vivent la trouille coupable de ceux qui courent et galvaudent la chasse-galerie, pour se payer une sarabande secrète de mœurs dissolues et perverses. »
Pour le mot chasse-galerie je renverrai, en fin de texte, à une interview de Laurendeau que je vous concocte dès que j'ai fini de poster ceci. Concernant la galvaude, figurez-vous que, selon Wikipedia, c'est une espèce de poutine. Bigre ! Au poulet. Diable !
En tout cas, l'étymologie est vague, et les sens sont très nombreux : pour le verbe, nous avons reprocher, (se) compromettre, humilier, faire mauvais usage de, traînailler à rien foutre... Bref, ce n'est pas héroïque.

 

Gesteux :
Précieux, obséquieux, guindé.
Citation : « Ça, mon loup, c’est du blablabla gesteux d’autojustification.... »

 

Magané :
Esquinté, estourbi, usé, mal en point, niqué.
Citation : « Ouais, vous avez l’air magané pas mal.
— Magané en aspique, mon Claude. J’ai mal partout. Chu au boutte de mon rouleau. Parle-moé d’une vraie grosse soirée, toé. » En somme, il y en a un qu'a mal au crâne, asteure. Je sais qu'en vieux françoué, mahaigner a le même sens. Et maganer veut dire, dans les vieux parlers plus ou moins gallos de Haute-Bretagne, emmerder, faire braire, tanner. Je n'ose imaginer l'étymologie du nom Méhaignerie.

 

Racotiller :
Diminuer, se ratatiner, rétrécir.
Citation : « La sarabande racotille aussitôt de deux Jack Mistigris. »
Plus trivialement, c'est très proche de se recoquiller qui est là encore du pur canadiou. « Je lui rend son stylo télescopique qu'il racotille nerveusement et rempoche ». C'est un mot tout neuf de là-bas, sans étymologie ancienne à brandir.

 

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Et voili. C'est fina. Mais, pour vous donner à déguster un peu de ce que Laurendeau peut faire lorsqu'il ne s'amuse pas avec les mots, voici un extrait du roman dont furent tirés ces termes de joualon. Vous verrez ainsi en quoi, aussi, cet individu peut exceller :

« Les mains toujours solidement crispées sur la racine des ailes de Sitis, l’homme se retire d’elle, pivote puissamment, colle le dos de cette majestueuse femme-oiseau au fond du lit, les ailes ouvertes solidement plaquées sur le susdit rectangle blanc et moelleux. Voici maintenant qu’il s’enfonce en elle de nouveau, se remettant à fournir, de plus en plus régulièrement, ces superbes coups de butoir si mystérieux, si onctueux, si agréables. Les fines jambes noires de Sitis s’ouvrent aussi grandement que le font ses longues ailes rouges. Elle souffle, elle râle d’aise. Des frissons, des bouillonnements, de plus en plus profonds et fulgurants traversent tout son être, depuis le fond le plus dense et le plus ancien de ses entrailles. Sa bouche devient molle et les yeux lui roulent dans les orbites, pendant que son amant ahane et se boute sauvagement en elle. Que faire ? Que lui donner ? Que lui rendre ? Que lui apporter ? Tiens, pour le coup, il aime peut-être cela lui aussi. Sitis repousse l’homme, qui visiblement est tout juste un peu moins aveuglé que tout à l’heure, le saisit par son cou musculeux, pivote brusquement en s’aidant conjointement de ses cuisses et de ses puissantes ailes. Elle le plaque à son tour sur le rectangle blanc et moelleux et l’enfonce de nouveau profondément en elle, en se blottissant solidement contre ce torse immense, ses yeux dans les yeux de l’homme, un sourire féroce aux lèvres, et en enveloppant leurs deux corps de ses grandes ailes soyeuses. L’effet est tonitruant. Les pulsations de l’inconnu deviennent tumultueuses, tempétueuses, immenses, démentielles. Il crie maintenant. Il hurle. Son membre viril, loin si loin en Sitis, devient aussi sereinement dur qu’un jeune arbre dans la tempête et soudain la liqueur en jaillit, brûlante, ardente et bouillonnante. Sitis la sent très tangiblement se propulser en elle comme les torrents du fleuve se ruent dans la vallée, un jour de grand vent. Son cœur battant intensément, la femme-frégate ferme ses yeux poissés de larmes et hulule un long cri d’amour qui se noue et se love dans l’air moite à celui de son merveilleux amant. Essoufflée, ahanante, elle a l’impression que tout son corps s’embrase et que l’amour est un incendie qui va l’étouffer. L’homme puissant devient graduellement plus mou, plus tendre, plus tranquille. Il s’étiole en elle et se retire finalement, en respirant plus normalement. Sitis ouvre les yeux et le contemple... »

 

Ça c'est du paragraphe !
Interview de l'auteur à l'occasion de la sortie numérique de son Pépiement des femmes-frégates : c'est par ici. Merci de votre visite.

 

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