343: le "label" de l'audace et la justice? Contre la banalisation d'un combat encore d'actualité!

Drôle de mot(s): "343 + adjectif substantivé", le passeport de l'audace? Une date peut devenir le nom de quelque chose, on parle alors de "chrononyme": la nuit du 4 août, par exemple où "les" privilèges ont été abolis… "Mai 68", qui signifie ce que chacun veut bien… Ça peut s'élargir à une saison caractérisée par une aire culturelle : "Les printemps arabes"…

Drôle de mot(s): "343 + adjectif substantivé", le passeport de l'audace? Une date peut devenir le nom de quelque chose, on parle alors de "chrononyme": la nuit du 4 août, par exemple où "les" privilèges ont été abolis… "Mai 68", qui signifie ce que chacun veut bien… Ça peut s'élargir à une saison caractérisée par une aire culturelle : "Les printemps arabes"…

 

De même les noms de lieux, toponymes, peuvent se charger de l'aura des événements dont ils ont été le théâtre: "la place Tian-an-Men", "Sétif", "Maïdan". Le nom écrase alors souvent toute tentative de compréhension de l'événement complexe auquel il fait référence. On le prononce comme un nom propre et ça a l'air de vouloir dire quelque chose… ce qui évite de trop expliciter (d'autant que le plus souvent on n'y comprend pas grand-chose et n'a reçu que des images stéréotypées, floues, biaisées…)

 

Il peut en aller de même d'un chifffre.

 

Ainsi 343 femmes ont , en 1971, brisé le mur du silence, de l'opprobre, du déni et de la violence contre les femmes en publiant qu'elles avaient dû recourir à l'avortement. Elles ont ainsi accompli un geste majeur de civilisation, et contribué puissamment à l'abandon d'une répression barbare et la lutte contre un fléau humain nourri par l'obscurantisme, le cléricalisme et le patriarcat, au service de l'oppression et l'exploitation du corps des femmes, coûte que coûte…

 

"343" est resté, marque d'énonciation du courage, d'un geste bravant les tabous et une loi illégitime, prenant le risque d'une violence symbolique et pratique qui ne manqua pas le rendez-vous…

 

Depuis, à la manière d'un gadget de communication publique, chaque fois qu'un groupe relativement important de personnes veut proclamer une cause qu'elles jugent juste et lui donner les prestiges de l'audace, du panache (devenu dans l'air du temps puisque les 343 ont connu une victoire politique et juridique) elles arborent ce chiffre magique.

 

Ça peut être vicelard et bourgeois, à la manière des 343 "salopards"… Promus récemment par la presse bourgeoise pour s'offrir une visibilité narcissique au détour d'un débat "sociétal".

 

Ça peut être aussi une astuce malvenue de communication, dérive à la limite de la captation publicitaire et de l'usurpation de signature.

 

Ce genre de tour de passe-passe ravale la lutte idéologique au niveau de la communication commerciale.

 

Il banalise injustement le geste original des " 343 "sans contribuer aucunement à l'argumentation de la cause déguisée artificiellement.

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