"Démocratie", "orwellienne"?"... des mots à l'ombre d'une forteresse inquiétante.

- "Une démocratie, c'est un espace de liberté protégé par de grandes murailles (...)"

(extrait de: 10/01/2014, 00:11 | Par Turgot en réponse au commentaire de peneloppe le 09/01/2014 à 19:42)

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"un juge du tribunal de district à Washington lundi dernier a qualifié de «presque orwelliennes» les opérations massives d'espionnages dans lesquelles l'Agence de sécurité nationale (NSA) collecte et emmagasine les données de pratiquement tous les appels téléphoniques aux États-Unis, locaux ou internationaux"( Bill Van Auken, wws.org)

Ces deux énoncés, glanés dans l’espace numérique,l’un sur Médiapart, l’autre via « Le Grand Soir » ont en commun de proposer des définitions inédites des réalités que nous vivons. Ils ont aussi en commun d’évoquer l’intervention de la justice sur des problèmes de communication.

 

« Démocratie presque orwellienne », est-ce cela notre agenda ?

 

Le médiaparticipant qui définit la « démocratie » comme « un espace de liberté protégé par de grandes murailles », évoque tragiquement notre espace de vie sous l’apparence d’une cour de prison. Une oasis de liberté, un terrain de récréation, cerné dans un contexte de violence et de totalitarisme. Sa définition justifierait, si on la retenait, « pragmatiquement », le mur de séparation en Palestine, la frontière barbelée entre les USA et le Mexique, les cloisonnements plus ou moins étanches des espaces urbains selon les types de dangerosités attribuées à diverses classes sociales. L'image lui est-elle venue, paradoxalement,  du titre même du spectacle dont il soutient l'interdiction?


Ecrite dans une saison où les digues et les dunes n’en finissent pas de crouler sous les assauts de la montée des eaux marines et fluviales, cette vision, plus que conforter les gesticulations du Ministre de l’Intérieur, nous fait entrevoir, par les meurtrières de notre forteresse, un avenir tragique. Nos murailles s’effondreront probablement comme celles de Babel ou de Jericho…


Mais en attendant elle définit sans grandeur et sans ambition cet « Intérieur » qui ne tardera pas à valser.

 

Le juge américain évalue lui l’une de ces murailles : l’épaisse enveloppe de surveillance dont les services américains de renseignement étouffent la communication d’abord en Amérique du Nord et ensuite dans le monde entier. Curieusement, son appréciation est ancrée non pas dans une référence juridique, mais dans une référence littéraire, de science-fiction. Le juge prend pour fiable la prédiction de la fiction, qui annonce que les filets de protection dans lesquels les services de police de la communication, plus ou moins secrète, plus ou moins républicaine, enserrent la démocratie tendent à l’étouffer et n’auront bientôt plus qu’un fossile à conserver. La dynamique de sa proposition – « presque orwellienne – évoque un processus en cours d’achèvement.

 

Tout cela crée, pour nous qui sommes les habitants de cet « intérieur », dont Valls est le ministre et la NSA le maton, pour nous, protégés par ces murailles et dont la correspondance est systématiquement ouverte et archivée par nos protecteurs, un pénible sentiment de claustrophobie…

  

 

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