Sur le bout de la langue...

Il est la source où s’abreuvent nos désirs, s’ébrouent nos pensées, pataugent nos idées, se baignent nos langues.

Sensuel, il mouille nos baisers réjouissant nos palais de ses atours coruscants, effluves capiteux dans un fleuve velouté.

Drôle ou savoureux, il arrose l’esprit de ses éclats de rire, chatouille et pétille sur les papilles et dans les pupilles comme une pépite à la Audiard.

Nostalgique, il vagabonde sur les ondes de la mélancolie dans une noblesse littéraire.

Doux, il ondoie et caresse dans le creux de la vague et le bout des lèvres en tapissant l’oreille de son flot de tendresse.

Corrosif, il est une rivière en crue qui abrase le sens à fleur de peau.

Amoureux, il coule suavement dans les veines provoquant un volcan érectile dans les sangs déboussolés.

Blessant, il déborde sur les joues dans des larmes de douleur et lamine le cœur.

Poétique, quand il s’ancre sur la feuille, il effeuille ses nuances et éclabousse l’esprit de ses encres si sensibles. Son amarre est une plume dessinant l’infini de ses ailes sombres ou colorées.

Audacieux, il navigue entre les récifs du double-sens et défie l’horizon de ses mondes inconnus.

Mais qu’il soit libertin ou amoureux, mélancolique ou joyeux, crié ou susurré, monochrome ou irisé, austère ou fougueux, politique ou romantique, malotru ou élégant, maladroit ou funambule, gandin ou séducteur, profane ou sacré, classique ou déluré…, importe peu pourvu qu’il nage en toute liberté car s’il est entravé, mutilé, matraqué, massacré, il devient maux des âmes tyrannisées.

Et comme l’âme il s’écrit en trois lettres, se décline en dictionnaires et donne le vertige, c’est un puits sans fond où il fait bon puiser pour étancher sa soif du verbe.

Qu’il soit dit ou tu, il est une cascade que nul ne peut arrêter. D’une indépendance farouche, inconscient parfois, il s’échappe de la bouche dans laquelle il s’est formé et peut faire des ravages mais quand la langue fourche, il génère un lapsus révélant une identité trouble et insoupçonnée.

Sartre l’a mis au pluriel dans un roman majuscule où brillent ses multiples facettes, sa singularité et l’enivrant attrait de ses attributs mystérieux.

Si sa renommée est universelle, le doute persiste sur sa naissance, bien malin celui qui pourrait dire lequel fut le premier.

J’aime à le faire rimer, ramer en eaux troubles, le mettre en bouche ou sur le papier, qu’il me surprenne et me séduise, m’emporte dans un tourbillon de synonymes pour un voyage dans ses signes et m’enlace de ses tentacules étymologiques.

Il est :

Murmure à l’Oreille Tendre

Océan Tumultueux et Mélodique

Trame dans l’Ombre du Manuscrit

Fugace quand il est sur le bout de la langue, il est tout-puissant et bien qu’invincible, s’il endosse le « r », il n’est plus…

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