Billet de blog 19 mars 2012

Madame Lucienne . Les 100 mots sans lequels la langue serait sans sel ni saveur

Sur les cent, j'ai dû en oublier quelques-uns mais si le nombre n'y est pas, j'ai eu plaisir à les revisiter quoique, comme je l'ai déja dit, ils font encore, effet de l'âge, parti de mon vocabulaire coutumier. J'en ai ajouté d 'autres que Pivot ignora ( dont fric-frac, daron, ..)

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Sur les cent, j'ai dû en oublier quelques-uns mais si le nombre n'y est pas, j'ai eu plaisir à les revisiter quoique, comme je l'ai déja dit, ils font encore, effet de l'âge, parti de mon vocabulaire coutumier. J'en ai ajouté d 'autres que Pivot ignora ( dont fric-frac, daron, ..)

Madame Lucienne était plantureuse et dévote. Elle portait entre ses seins dévoilés et laiteux, prospères, vallées de larmes et de plaisirs, un crucifix d'ébène noir clouté d 'or.

Elle était veuve, Madame Lucienne, d'un daron discret qui avait fait dans le fric-frac et la carabistouille et était mort à la Santé. Il lui avait laissé,en héritage, généreux,le 43 de la rue du Grand Marché.

Maison au gros numéro comme on disait alors, lupanar élégant d'une ville normande qui en comptait alors plus de vingt. Mais le 43 faisait dans le chic et Madame Lucienne dans la distinction. Pas question de recevoir ici, dans les salons aux boiseries recouvertes de brocart, godelureaux, béjaunes et autres jouvenceaux qui ne passaient  que pour faire leurs armes, jeter leur gourme, leur acné  et quelques écus dans la bourse des demoiselles afin que les notaires et gros commerçants puissent épater  leurs reins d 'aise dans le velours cramoisi des fauteuils crapauds sans avoir à trop souffrir des  comparaisons et de non moins éventuelles jalousies.

Nuls gougnafiers ni faquins, ni clampins  ni manants de basse estrasse encore moins de purotins ne venaient ici turluter les gourgandines, pousser sa goualante sur le piano à queue, se la jouer belle, pétuner d'importance en crachant dans des mouchoirs de batiste, pas de grimauds ni de potaches des universités d'alentour,non, rien que du beau monde, haricotier comme le voulait la tradition du lieu, cauteleux de cautèles savantes, gras du bide, peut-être, bas du plafond, certainement,  mais riches à   ravir, vétilleux sur les dessous certes,  mais gros rieurs ,amateurs de coquecigrues, de calvados vieilli en chêne et de jeunes pensionnaires souriantes et polies à la cuisse longue, au ventre rebondi, aux seins généreux, et aux reins ardents aptes à allumer une mèche qui souvent , avec l'âge, tardait à flamber.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

La bonne fortune de Madame Lucienne avait certes attiré la convoitise de quelques parisiens qui étaient venus, mocassins bicolores, costume de nankin, bagouze d’évêque et présomption de pape voir d'un peu plus près leurs chances  de voir s'étendre leur pactole. Mais il leur avait fallu vite déchanter. La daronne avait à son service et solde  une poignée d'argousins qui ayant le doigt dans toutes les tirelires melliflues n'entendaient pas que des fesse-mathieux et de ruffians venus de la capitale leur ôtassent si je puis dire le nectar des canines. IL avait suffi que la Daronne s'en vienne débagouler comme la Nemours contre le Roi et tel que le raconte Brantôme, auprès de quelqu'esgourdes complaisantes pour qu'aussitôt ces quelques flambards s'esbignent sans barguigner ni demander leur reste ni même payer l’addition «  cadeau de la maison »,bref  un n'y revenez pas sans fla-fla ni trop de délicatesse que les rastaquouères comprirent derechef. Jamais ils ne revinrent traîner dans l'alentour avec l’œillade gourmande de futurs proprios.

Certes tout ne fut pas toujours si rose au 43 ! Pensez ! un ramassis de donzelles vivant tout au long du jour et de la nuit en close intimité cela ne peut donner que matière à potiner, jaboter, raconter et rire et de se fâcher pour un rien, un client trop mafflu qui porte un lorgnon d'or, une nasarde mal comprise qui se termine en soufflet, des riens vous dis -je,des momeries  souvent quelquefois des béguin de cœur pour des gommeux de passage, ou, une fois, pour une pensionnaire qui fit pleurer la petite Rose et l'interdit plusieurs jours de clients, qui s'en plaignirent. Ce fut une autre fois la venue d'une gueuse, belle comme l'enfer, brune aux longs cheveux et au nez droit, danseuse à l’œil noir, andalouse sans doute, qui dans ce monde tout blond, de suif, de bougies, de lait, de blanc, frappait l’œil et suscitait des priapées timides mais néanmoins présentes et réveillait au fond des bourses et des bedaines des rêves enfouis. Elle bramait sa gueusaille avec un aplomb qui vous mettez a quia et portait sur elle, à même la peau, qu'elle avait mat, des brimborions d 'argents et de cuirs destinés à éloigner le mal  dont elle lisait la venue et le pouvoir dans la fumée des quinquets, la nuit, tard, quand tout le monde était parti ou que les derniers clients ronflaient à l'étage d'un sommeil d 'enfant.

Effrayée Madame Lucienne y avait mis bon ordre et la priant de s'esbigner dés potron-minet non sans lui avoir , par générosité chrétienne et peur panique sans doute, très largement donné de quoi vivre et voyager jusqu'à la Capitale où la belle comptait aller rejoindre un compagnon de route, joueur de guitare.

Comme il sied à toute réussite il y eut maintes rumeurs, ont-dits, histoires , potins, ragots et médisances mais la carrière du 43, comme un brigantin voguant vers le septentrion,  peu à peu entra dans la légende malgré les capons, les couards, et les couilles molles. Je veux en porter ici témoignage et pourrai vous parler des heures de la jolie Rosette qui, rôdeuse des faubourgs, après moult aventures se vit échoir ici où elle resta douze ans et où je la connus.

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