Grammaire républicaine

La justice, saisie en référé, n'a pas voulu empêcher l'ex UMP de se parer du nom "Les Républicains"...

"Les Républicains" est donc dorénavant le nom du parti d'un célèbre visiteur du salon de l'agriculture, amateur de Rolex, sponsorisé par le club du Fouquet's, responsable par sa guerre en Lybie de l'aggravation considérable de la situation sociale et humanitaire dans toute une région du monde.

Il n'y pas "trouble à l'ordre public", donc la justice a laissé faire. Et tout compte fait c'est assez drôle pour qu'on s'en accommode.

Ce n'est pas une raison pour offenser chaque jour la grammaire française par un usage fautif de l'adjectif "républicain".

En effet, nous entendons quotidiennement parler, pour désigner des sectateurs de l'ancienne UMP, de "députés républicains", "maires républicains" ou "sympathisants républicains".

Comme si la création d'un nom propre ridicule, "Les Républicains" (qu'on entend aussitôt comme une antiphrase caricaturale), était venue changer la signification d'un adjectif tout ce qu'il y de plus commun...

"Républicain", adjectif, suppose, s'il est employé par un journaliste que ce journaliste juge celui qu'il qualifie ainsi comme étant un "républicain".

Quelqu'un qui fait passer l'intérêt public avant les intérêts privés et ses propres intérêts. Quelqu'un qui ne reçoit pas clandestinement une seconde rémunération sans justification sur les fonds du Sénat. Quelqu'un qui n'achète pas, ou n'essaie pas d'acheter les voix de ses concitoyens. Quelqu'un qui n'instrumentalise pas les valeurs de la laïcité à des fins discrimantoires et racistes. Quelqu'un qui ne confond pas l'école publique avec un supermarché. Quelqu'un qui ne fait pas de grosses blagues discriminatoires sur ses concitoyens selon leur orientation sexuelle. Quelqu'un qui ne cherche pas dans la Bible, le Coran ou l'horoscope les règles de la vie publique, du droit de la famille et de la filiation. Quelqu'un qui ne cumule pas tant de mandats qu'on voit bien que ce n'est que pour les indemnités. Quelqu'un qui ne confond pas un déplacement massif de personnes humaines, dû notamment aux guerres dont on est l'auteur, avec une fuite de robinet. Quelqu'un qui ne dilapide pas l'argent public dans des dépenses somptuaires de réception et de communication.

Un adjectif, ça n'est pas autorisé par un juge... mais simplement par la rencontre entre la qualité désignée par cet adjectif et les réalités dont on parle.

On peut créer un nom propre, une marque, un titre, puis se les approprier, par exemple en les déposant à l'INPI. C'est légal. Ca fait tache, mais c'est légal.

Mais les adjectifs sont à tout le monde, c'est un bien public, qu'il faut utiliser en les respectant et en les laissant propres à leur usage, dans le respect dû à la langue. D'autant qu'un bon usage de la langue française est de plus en plus considérée, notamment par le parti des contempteurs de Madame de La Fayette,  comme un pré-requis de la citoyenneté...

On suggérera donc aux commentateurs de parler d'un député "Les républicains" (rires... mouvements divers...) et non d'un "député républicain".

A moins que ce ne soit le cas...

Mais c'est fort improbable, puisque comme le dit le proverbe "A bon vin, point d'enseigne".

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