"Gauche » ? « Gauche de gauche » ???

C’est un mot dont on parle beaucoup… Et auquel chacun attache en fait le sens qu’il est prêt à lui donner…

"Gauche", moi j'ai dit "gauche", comme c'est "gauche", pourraient dire l'adroit Valls ou l'habile Macron.

Les blogs, fils et commentaires de Médiapart bruissent souvent de cette question : « être de gauche ».

X est-il de gauche ?

Les mauvais coups du gouvernement sont-ils pires parce qu’il « est de gauche », « devrait être de gauche », « se dit de gauche » …

En somme pires parce qu’on est soi-même « de gauche »… ou se fait une représentation positive de la gauche…

La gauche devrait avoir « du cœur… » Même Giscard ne le contestait pas, il lui en refusa seulement un jour « le monopole » ! Enfin à Miterrand (mais celui-ci était-il de gauche?)

Manière de dire le marché des mots… pas de concurrence déloyale! Le "coeur", la "gauche", libres et non faussés...

Donc on discute souvent fort inutilement de l’essence de la gauche…

Monsieur Stephane Alliès, lui, sait de quoi il parle (sinon serait-il en une sur Médiapart ?) et emploie souvent le mot « gauche » de manière floue. Il a raison : c’est de plus en plus flou.

Un bon point pour S. Alliès: quand il faut faire flou, il fait flou.

Deuxième bon point : quand il veut être plus précis, il dit : « gauche de gauche ».

Là, on comprend tout de suite. C’est méthodologiquement imparable : il y a la « gauche de gauche », donc il y a la « gauche de droite », à droite, et la "gauche de gauche", à gauche.

 

Tout s’éclaire.

La gauche de droite : gel du smic gel du point d’indice des fonctionnaires, austérité, gel du rendement du livret A, libéralisation des loyers, partenariats privé-public, universités financées et rentables selon les critères capitalistes, pénalisation des actions ouvrières, militarisation de la police, maintien de l’ordre par grenade offensive, mort de manifestant sans fautes des forces de l’ordre, règle d’or européenne, banque européenne indépendante, politique de l’offre, destruction du droit du travail, réduction du coût du travail, optimisation du rendement du capital, amour « de l’entreprise » (mais pas de ses salariés), financiarisation du droit de polluer, racket fiscal des salariés, allongement de l’âge de la retraite, expédition guerrière de maintien de l’ordre atlantique, servilité à l’égard de la commission européenne, ronds de jambe aux clergés, autoritarisme administratif, détricotage des collectivités locales, caporalisation des élus, compromissions avec les droites, corruption, népotisme, copinage, abus de pouvoir, définition de la jeunesse comme « problème », des quartiers comme « territoires à conquérir », cumul des mandats, patriarcat, « romophobie », rappel des « engagements internationaux de la Grèce »...

La gauche de gauche : combat pour l’égalité sans distinction, défense des salaires et du niveau de vie des travailleurs, féminisme, développement du droit du travail, défense de l’environnement, transition énergétique, débat démocratique, défense des créateurs culturels, universités pour la recherche, la culture et la formation de tous les citoyens, laïcité, défense des biens communs, liberté d’expression, pacifisme, refus de la monarchie élective, anticapitalisme, révocabilité des élus, école démocratique pour tous, droit  vote de tous les résidents, antiracisme, remise en cause de la dette publique, soutien à Syriza …

En somme, il faut oublier gauche/droite, complètement brouillé par le système de l’alternance sans changement, simple « compétition » pour les sinécures et prébendes …

Mais donc, pourquoi pas, conserver « gauche de gauche »… On peut dire aussi « écosocialisme » ou « révolution citoyenne », mais en tout cas, si on veut que ça donne quelque chose de nouveau, il faut que ce soit sans la gauche de droite, parfois encore appelée « sociale-démocratie », par antiphrase ou plaisanterie, ou pour finir d'assassiner Jaurès.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.