Il suffit de demander...

Bonjour bonsoir. J'ai l'autorisation de vous retranscrire ici une petite conversation à trois par e-mail, au sujet du lancement d'un recueil de poésie... Et voici que l'ami Paul Laurendeau, que vous devez maintenant connaître un peu grâce à ses jaragouinages forestiers, se jette dans la mêlée, relève un défi et nous pond en direct un poème.

¤¤¤¤

PAUL « Je crois que Richard est en train de nous mitonner un lancement très particulier et qui fera date dans sa spécificité. N'allons pas lui brouiller les choses en accrochant un wagon de la KaNoRa à tout cela pour l'encombrer. On se reprendra plus tard pour mon roman.

DANIEL — Je seconde. En fait, c'est le réseau de Richard qui sera là, pas le nôtre. Il invitera ses copains, ses collègues, etc. Un peu comme Josianne, quoi. Pour Paul, quand il sortira sa trilogie, on fera un lancement du tonnerre avec tous les ebooks publiés jusqu'à présent. Mais Paul n'a pas beaucoup de réseau ici : il faudra donc s'y prendre plusieurs mois à l'avance. Pour Richard, je recherche un bar en ville. Dès qu'on l'aura trouvé, on va créer une page Facebook et débuter la pub. Personnellement, je ne m'attends pas à plus de 20 personnes. À Montréal, avec la circulation, c'est difficile de faire sortir les banlieusards...

PAUL — Et l'idée de Saint-Jean sur le Richelieu ?

DANIEL — Non, Richard a fait un sondage auprès de sa "clientèle", et il a choisi Montréal.

PAUL — Ah ça reste une ville qui gagne à la comparaison sur plusieurs points, notamment pour le lancement d'un recueil de poésie.

CAROLLE — Montréal est en ruine les plafonds nous tombent sur la tête... Les chantiers prennent toute la place. Un maudit bordel. Faut souffrir pour être belle paraît-il... Mais en ce moment c'est comme se promener dans un gros parc d'attractions pas organisé. Vive la banlieue !

PAUL — Le Carré Saint Louis reste libre de tous gravats. La Poésie vaincra...

CAROLLE — Bon je voulais pas cracher sur la terre de Nelligan...

PAUL — Tiens, c'est bon ça Carolle. On pourrait faire un remake de Vian, intitulé : J'irai cracher sur votre Pont Mercier... (pour le faire encore plus oxyder)

DANIEL — Excellent ! Paul, quand tu auras le temps, fais-nous un poème intitulé J'irai cracher sur vos ponts... De mon côté, j'en ferai une micro fiction.

PAUL, 45mn PLUS TARD — Il suffit de demander. J'adore les commandes. C'est plutôt une chanson. Pogne ta guitare... »

 

 

J'irai cracher sur vos ponts
Par Laurendeau

 

Accablé de lassitude,
Perclus de vicissitudes
Arrogant, modeste, prude,
Concupiscent, pudibond,
Retors, ni mauvais, ni bon,
J’irai cracher sur vos ponts.

Ma courte compréhension
De l’hirsute conception
Des voies de circulation
Du Montréal... résumons :
C’est un franc foutoir, donc... bon...
J’irai cracher sur vos ponts.

Morver sur le Pont Mercier,
C’est finir de l’oxyder
Et amplement défouler
L’urbaine population
Par sa pulvérisation.
J’irai cracher sur vos ponts.

Pont Jacques Cartier, Pont Champlain,
Craignez le buccal venin
D’un courroucé citadin.
Le bec en forme de tromblon,
Je dicte un changement de ton :
Je vais cracher sur vos ponts.

Baver sur le Pont Victoria,
Ce vieux fief qui ne bouge pas,
Qui mal y pense, honni soit,
Cela m’est jubilation.
Cambronne, joue-moi du clairon,
J’irai cracher sur leurs ponts.

Échangeur Turcot caduc
Bretelles, raccords, viaducs,
Les plumes du panache d’un duc
Sont une configuration
Plus solide que vos crampons.
J’irai cracher sur vos ponts.

Et, si ces ouvrages s’effondrent,
On ira couler et fondre
Des rasoirs pour aller tondre
Du populo, la toison
D’or et de facturation.
J’irai cracher sur vos ponts.

Bof, notre mairie allègre,
Aux abris fiscaux intègres
Bien taraudés par la pègre,
Fera jouer mille connexions,
Obtiendra des injonctions
Contre le cracheur des ponts !

Ils me mettront sous tutelle
Pour ces glaviaux en pivelles.
Mais moi, du fond d’un tunnel,
Terroriste urbain fripon,
J’entonnerai la chanson :
J’IRAI CRACHER SUR VOS PONTS.

Dans ce corridor écho
Bien embourbé sous les eaux
Ma cantate pétera si haut
Que la longue construction
Tout en pétales de béton,
Oh scandale, Oh collusions...
Se déchirera comme l’aile
D’un papillon. Ce tunnel
Croulera, ministériel.
Et, ne pouvant faire trois bonds
Ni rentrer à la maison,
J’irai coucher sous les ponts.

 

 

Et tout ça avant midi heure locale !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.