Frioul 2014: Jean-Claude Pierre, Des sources à la mer

Des sources à la mer
L’EAU, BIEN COMMUN !

À l’inverse de ce qui se passe sur l’ensemble du territoire français où 80% de l’alimentation en eau est assurée à partir des nappes phréatiques, la Bretagne présente la particularité de dépendre quasi totalement de ses « eaux de surface », c’est-à-dire des ses rivières.

Des sources à la mer, les petits fleuves côtiers qui irriguent son territoire nécessitent de ce fait des mesures de préservation et de gestion particulières.

À la fin des années soixante, il est apparu que ce patrimoine était mis à mal par l’évolution de nos modes de vie et des nouvelles pratiques agro-industrielles qui provoquaient le gaspillage et la pollution des ressources. Une association « Eau et rivières de Bretagne », initialement fondée pour préserver les saumons menacés de disparition, a réagi avec vigueur engageant de multiplies actions pour préserver l’intégrité de ses ressources en eau.

C’est ainsi qu’elle a été amenée à organiser d’importants chantiers afin de pallier à l’absence d’entretien des rives et du lit des rivières. Ces démarches, pratiques et concrètes, ont mobilisé certains weekends jusqu’à un millier de bénévoles ! Ils ont fortement interpellé l’opinion, joué un rôle pédagogique considérable et suscité une réelle prise de conscience…

Dans une société où l’homme se trouve de plus en plus coupé de la nature, ils ont contribué à bien faire comprendre, aux citadins comme aux ruraux, que « des sources à la mer » le bassin versant constitue une entité écologique devant être gérée de manière globale et cohérente. Ce qui est encore loin d’être le cas dans notre pays où les cours d’eau sont souvent des « frontières » territoriales.

Sur le Scorff, l’un de ces petits fleuves côtiers qui structurent le massif armoricain et qui alimente la région de Lorient en eau potable, la mobilisation citoyenne a été particulièrement forte. L’association en a fait un véritable « laboratoire », complétant ces chantiers de nettoyage de réunions et de débats, en y organisant des « classes de rivière » et en y mobilisant des chercheurs de l’INRA et de l’université de Rennes. Elle y a aussi engagé des procédures juridiques à l’encontre d’établissements polluants.

L’association s’est vite rendu-compte que l’engagement concret des citoyens contribuait fortement à la prise de conscience qui s’avérait nécessaire. Sans le savoir – tout au moins à ses débuts – elle avait fait sienne le précepte :

« J’entends, j’oublie ;

je vois, je retiens ;

je fais, je comprends ».

Interpellés par cette mobilisation citoyenne qui suscitait de multiples articles de presse et de reportages audio-visuels, les élus ont aussi mieux pris conscience des enjeux et un « Syndicat intercommunal de la vallée du Scorff » a vu le jour en 1979 !

Ruraux et citadins de la région ont pris la mesure de leurs obligations et de leurs devoirs vis-à-vis du « Bien commun » que constitue l’eau et l’État lui-même a tenu à manifester son intérêt pour cette démarche partie du terrain, en signant en 1991 le premier « Contrat de vallée » mis en œuvre dans notre pays !

Une preuve, s’il en était besoin, de l’importance du rôle des citoyens dans la vie de la cité et en particulier, dans les démarches visant à préserver le patrimoine et les richesses collectives.

Jean-Claude PIERRE
Institut de Silfiac

P.S 1 : Parmi les actions les plus significatives menées dans la vallée du Scorff, il convient de citer les démarches engagées par la ville de Lorient pour économiser l’eau et lutter contre son gaspillage. Mieux qu’un texte, cette courbe illustre la réussite de l’action engagée.

Consommation d'eau ville de Lorient © Ville de Lorient DGST service environnement Consommation d'eau ville de Lorient © Ville de Lorient DGST service environnement

P.S 2 : Les personnes et associations soucieuses de pousser plus avant leur réflexion sur « L’EAU, bien commun » peuvent se référer aux démarches engagées par l’IERPE (Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau – www.ierpe.eu) fondée par Riccardo Petrella auquel on doit aussi l’excellent ouvrage « Le Bien Commun, éloge de la solidarité » (Éditions Labor – 1996).

 

 

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