Démocratie : le champ de bataille de la subjectivité

Dans le cadre de notre débat sur la démocratie, Michel-Lyon nous propose un chantier collectif pour examiner comment la gouvernance et le management font reculer la démocratie, notamment dans les mentalités.

Par le moyen de la gouvernance*, la finance néolibérale contraint la démocratie à reculer pas à pas. L’action de la gouvernance néolibérale est économique, institutionnelle, idéologique, mais surtout elle modèle insidieusement nos mentalités. C’est cet aspect mal connu que ce billet propose d’explorer en débusquant les procédés actuels.

Sur les lieux de travail la gouvernance se révèle sous sa forme la plus crue : le management, qui ne s'encombre pas de démocratie ni de valeurs, et ne tolère pas d'entrave.

Chacun de nous a une expérience particulière du management et de la gouvernance. Le début de ce texte et les exemples qui suivent, résultent de ce que j’ai pu observer dans mon passé professionnel, et par mes contacts syndicaux multiples**.

C’est un chantier collectif qui est proposé ici, appelant des témoignages, à inscrire en commentaires.

Pour commencer, je propose quatre rubriques à l'examen :

M. Management

G. Gouvernance, engin de guerre contre la démocratie.

P. Action différenciée sur notre imaginaire par les partis de gouvernement (tous, ont remplacé leurs programmes politiques par la com., et par la drague de publics cibles).

R. Résistance et émancipation : des combats pour une démocratie renouvelée. ***

Pour plus de lisibilité, chaque témoignage sera composé de deux polices :

 - en police d’écriture normale, les moyens mis en œuvre selon cette logique néolibérale

 - en italiques, ce que ces moyens induisent dans notre subjectivité

On le fera précéder du repère M, ou G, ou P, ou R, et on le numérotera pour faciliter le travail de synthèse.

Exemple pour la catégorie Gouvernance :

 G 1. "Vous êtes l'élite !" Cette proclamation adressée aux nouveaux cadres des administrations et aux élèves d'Ecoles Supérieures n'est pas simple autosatisfaction de l'institution, c'est aussi une astuce extrêmement perverse : pendant toute sa carrière, le nouveau cadre sup. devra donner ses preuves qu'il fait toujours partie de cette « élite », il est condamné à abdiquer tout esprit critique, à renoncer à ses idéaux personnels. C’est une entreprise de conformisation générale.

 Autre exemple, qui illustre le thème Management :

 M 1. La gestion administrative se fonde sur des évaluations chiffrées de l’activité des exécutants. Elle a fait proliférer un nouveau métier « Faire illusion », qui remplace le savoir-faire de l’identité ouvrière, et assure une bonne promotion.

 Chacun est donc invité à exprimer ce qu’il a pu observer.

 L’ensemble des apports devrait permettre ensuite d’en faire l’étude et de dégager des pistes d’action. Chacun sera invité à y contribuer.

 Ultérieurement, d’autres chantiers « Subjectivité et démocratie » pourront être proposés sur d’autres champs de l'action néolibérale, car depuis les années 80 la finance néolibérale a pris la main sur TOUTES nos activités, a TOUT réduit à l’état de marchandise, et ne valorise que l'hyper- consommation et le gaspillage. Il s’agira encore d’en explorer l’action sur notre subjectivité individuelle et collective.

 La situation est compliquée, souvent illisible mais rien n'est fatal : courage, esprit de lutte et imagination sont à l'ordre du jour !

 

* Ce mot vient de l'anglais, il apparaît clairement en 1989 dans le vocabulaire de la Banque mondiale, d'abord comme pratique de « conseil » auprès des gouvernements subsahariens endettés par la chute des prix des matières premières (conseils contraignants, concernant par exemple la privatisation dee services publics pour « assainir » les finances….). Il poursuit sa carrière : son utilisation devient régulière dans le cadre de la Commission européenne. A noter qu'il s'accompagne de l'avènement de l'emploi régulier du terme « société civile »….

** J’ai développé mon expérience directe et indirecte (mes contacts syndicaux variés) de la Gouvernance et du Management dans l’Edition Médiapart « Mots piégés du néolibéralisme ». blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-pieges-du-neoliberalisme/article/080814/19-gouvernance-qui-ecrase-la-politique et blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-pieges-du-neoliberalisme/article/060114/1-management

*** En contre-point des rengaines médiatiques sur l’opinion en France, écouter l’interview de Vincent Tiberj www.mediapart.fr/journal/france/060116/vincent-tiberj-l-opinion-sur-la-decheance-de-nationalite-n-est-pas-figee

Edition « Mots piégés du néolibéralisme » ; blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-pieges-du-neoliberalisme/article/030114/index-alphabetique-0-des-mots-pieges-et-liste-resister-creer

 

Article de Michel-Lyon

 

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